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Le « Canon Français » à Dole : démasquer l'offensive identitaire sous couvert de folklore

Publié le 08 juil. 2026 à 23:04 | Écrit par
La Rédac'
| Temps de lecture : 05m00s

Le "Canon Français" s'apprête à poser ses tables dans notre ville de Dole pour une nouvelle édition de ses banquets. Derrière la promesse affichée d'une fête populaire, conviviale et axée sur le terroir, se cache en réalité une opération commerciale et idéologique bien rodée. Il est de notre devoir de décrypter ce que cet événement véhicule réellement et de dénoncer les dangers qu'il représente pour nos valeurs humanistes et la concorde locale.

Une start-up de la bataille culturelle : le vide érigé en concept

Le "Canon Français" n’est pas une association de défense du terroir, mais une véritable SAS (société par actions simplifiée). Fonctionnant sur le modèle d'une start-up opportuniste, l'entreprise vend un concept marketing creux : une "francité" fantasmée et stéréotypée, packagée pour le divertissement. En coulisses, la réalité est managériale et capitaliste : l'organisation concrète et le travail réel sont largement sous-traités, tandis que l'entreprise capitalise sur une communication agressive et la vente intensive de produits dérivés et de merchandising. Cette structure commerciale n'a qu'un but : monétiser et rentabiliser la propagation d'un discours nationaliste et réactionnaire, s'inscrivant délibérément dans la "bataille culturelle" théorisée par l'extrême droite. 

Les fondateurs : l'entrepreneuriat au service de l'idéologie

À l'origine de cette entreprise, on trouve des profils issus de la bourgeoisie conservatrice, à l'instar de Pierre-Alexandre de Boissé qui revendique un héritage Auvergnat "millénaire" . Son associé, Géraud du Fayet de la Tour vient d'une famille catholique intégriste, membre de "l'association d'entraide de la noblesse française" dont la plupart des membres se revendiquent aujourd'hui encore "aristocrates",  royalistes et anti républicains, et dont le président de 1934 à 1964 fut décoré de la Francisque par le régime de Vichy.

Élevés dans des milieux sociaux privilégiés, ces dirigeants lient intimement logique de profit et militantisme politique. Loin de la paysannerie ou des classes populaires qu'ils prétendent célébrer, ils utilisent des codes d'école de commerce pour diffuser un agenda politique profondément ancré à l'extrême droite. Le folklore n'est ici qu'un paravent corporatiste destiné à normaliser des idées d'exclusion et de repli identitaire.

L'ombre de Pierre-Édouard Stérin et du projet Périclès

L'évolution du "Canon Français" a franchi un cap décisif avec l'entrée à son capital du milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin. Connu pour ses velléités d'influence politique, ce dernier est le cerveau du projet "Périclès", un plan métapolitique stratégique doté de millions d'euros visant à promouvoir des valeurs libérales-conservatrices et à favoriser l'union des droites dures en France. 

Militant identitaire revendiqué, exilé fiscal en Belgique et grande voix du suprémacisme blanc en Europe, il déclare lui-même lors d'un portrait dressé par le New York Time en Mars dernier : "Sur l'immigration, je suis plus à droite que l'extrême droite." 

Dans cette stratégie globale, les banquets du "Canon Français" ne sont pas de simples dîners : ils servent de chevaux de Troie pour financer, populariser et faire infuser ces idées de haine au cœur des territoires, agissant comme des vecteurs de recrutement et de normalisation idéologique.

Un public ciblé, entre exclusion et dérapages

Le public attiré par ces événements reflète la nature profonde du concept. Avec des tarifs d'entrée particulièrement prohibitifs (atteignant plusieurs dizaines d'euros par personne), ces banquets excluent d'emblée une grande partie des classes populaires et des habitants locaux. Le menu lui-même — axé de manière obsessionnelle sur le porc et l'alcool — dépasse le cadre de la simple tradition culinaire pour devenir un marqueur politique lourd de sous-entendus islamophobes et d'exclusion. Ce climat identitaire surchauffé n'est pas sans conséquences : lors du banquet d'avril dernier à Caen, l'événement a suscité de vives tensions politiques, confirmant que ces rassemblements agissent comme des provocations et des catalyseurs de haine. Un reportage particulièrement édifiant de Libération relevait des propos ouvertement racistes et islamophobes, des saluts nazis et des débordements dans les rues après l'événement. Ce n'est pas le fait de quelques "brebis galeuses" : C'est précisément le type de public que Sterin et ses sbires cherche à attirer, pour fédérer autour d'un discours xénophobe et réactionnaire un public aisé pour lequel le racisme est d'ores et déjà fédérateur. Au delà de l'entreprise lucrative, le "Canon Francais" est aussi est surtout une immense plate forme de recrutement pour l'extrême droite radicale.

Dole 2026 : un changement d'échelle inquiétant

Pour cette édition 2026 à Dole, le "Canon Français" tente d'opérer un changement d'échelle flagrant par rapport aux éditions de 2024 et 2025. Surfant sur leur puissance médiatique acquise au niveau national, les organisateurs ont déplacé le banquet vers Dolexpo (le Parc des Expositions), augmentant drastiquement les jauges pour en faire une démonstration de force. Cette montée en puissance est particulièrement alarmante dans notre région : les éditions précédentes à Dole en 2024 et 2025 ont déjà été marquées en marge des festivités par des comportements et des débordements racistes intolérables dans les rues de notre ville. Permettre une extension de cet événement, c'est ouvrir la porte à la réitération aggravée de ces dérives.

Face à ce péril identitaire, nous appelons à une sursaut de responsabilité collective :

Nous interpellons la mairie de Dole et la préfecture du Jura. Les autorités ne peuvent se retrancher derrière une prétendue neutralité commerciale. Nous leur rappelons que le racisme, l'incitation à la haine ainsi que les troubles à l'ordre public tombent sous le coup de la loi (art. 24 de la loi du 29/07/1881 ;  art. 225-1 du code pénal ; art. R645-1 du code pénal )

Autoriser l'utilisation d'infrastructures publiques (comme Dolexpo) pour de telles manifestations revient à cautionner passivement leur message d'exclusion. Pire, cela participe à un climat global de banalisation des discours et des actes fascistes alors même que l'Etat fait preuve de la plus grande fermeté pour interdire la tenue d'événements pour la paix en Palestine, l'antifascisme, le soutien aux luttes écologistes ou même la répression institutionnalisée du mouvement free party. 

Compte tenu de ce contexte global de fascisation de l'espace public, encouragé et soutenu par l'état français jusqu'au plus haut niveau, nous appelons l'ensemble des forces vives de notre territoire — associations, syndicats, partis politiques, collectifs militants et citoyens, ou simples habitant.e.s révolté.e.s par le laisser faire ambiant— à s'unir fermement. Nous soutenons et encourageons toutes les initiatives déjà existantes ou à venir et visant à empêcher la tenue de cet événement.  Nous devons tou.te.s nous mobiliser par tous les moyens démocratiques et militants pour faire barrage à la tenue de cet événement et affirmer que Dole est, et restera, une ville ouverte, solidaire et résolument fraternelle.

Pas de banquets racistes dans nos villes ! Le jura est antifasciste !

AFA39 - Jura Antifasciste.



À propos de l'auteur(e) :

La Rédac'

Donner la parole à ceux qui ne l'ont pas, voilà une noble cause ! Les articles de la Rédac' donnent le plus souvent la parole à des gens que l'on croise, des amis, des personnalités locales, des gens qui n'ont pas l'habitude d'écrire, mais que l'on veut entendre...

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