Bouffer la « démocratie » par la racine
Le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie vient de sortir un nouveau bouquin et rien que ça, c’est déjà une bonne nouvelle qui contrebalance en notre faveur l’interminable prolongation du maire sortant à la mairie de Dole. C’est d’autant plus réjouissant que Lagasnerie y interroge l’idée même de l’élection démocratique qui mandate à nouveau Jeanbaga et son orchestre dans le kiosque à musique pour au moins six ans de plus.
Accepterons-nous sans broncher qu’une bande de pipoteurs se partagent le pouvoir sur la ville parce qu’ils ont été portés aux sièges par 38% de la population, qui plus est, 38% dont une proportion non négligeable ne verra pas la fin du mandat, ne fait pas de vélo et mange trop gras ? Oui, il le faut, mes bien chers frères et soeurs, car telle est la voie de la sacro sainte démocratie.
Parmi les 6 292 électeurs jeanbagagistes, combien ont lu les innombrables mais vagues promesses et les voeux pieux de leur agent de voyage qui n’hésite pas à les remercier en ces termes pour sa réélection : « Cette confiance récompense aussi le travail effectué, la méthode, et l’absence de sectarisme pour offrir à notre ville le rassemblement, le plus large possible. »
Récompense ? La méthode ? Absence de sectarisme ? Large rassemblement ? Disparition mystérieuse de toute opposition venue d’extrême droite ? On me permettra de douter.
Cela dit, laissons la joyeuse bande pérenniser son dynamisme de pacotille et son rayonnement tape à l’oeil pour en revenir à Lagasnerie qui met à mal ce système d’élection qui place aux commandes pour de longues années ceux qui ont de l’entregent et qui s’agitent le mieux sous les projecteurs de campagne. On peut encore une fois douter du charisme et de la sincérité de la troupe municipale mais il faut croire que le jeu hargneux et offensif du candidat barbu a rassuré les spectateurs de France 3.
Avec 38% des inscrits, cette machine électorale bananière offre 32 sièges sur 35 aux Gagnouzards. Cherchez l’équité !
Cela dit, 3, 6 ou 9 sièges à l’opposition ne changeraient pas fondamentalement la donne. Ce qu’on veut, c’est l’accès aux dossiers, un peu de visibilité dans la tambouille de la gestion, même si ça ne pèsera guère dans la balance. L’opposition, c’est en fait notre Anticor locale. D’autant que si on a bien suivi, l’équipe de Dole Naturellement reste « en poste » pour étudier les données transmises et fouiller dans les affaires. À Libres Commères, on ne demande qu’à relayer…
Sur le devant de la scène, les jongleurs de la Collégiale vont encore se la péter, élection présidentielle oblige, pendant au moins six ans.
Ou pas car les temps vont être durs.
Tous ceux que Colruyt a mis au chômage se sont-ils laissés bercer par les sirènes de Cirque et Grandes Foires, le cinoche à 12 balles et le grand concert ringard et gratuit « que c’est quand même nous qu’on le paie »? J’en doute. Mais le temps démocratique a parlé, le clientélisme va reprendre son cours et nous le nôtre.
Comme je vous le disais, ce sont les interrogations et les propositions de Geoffroy de Lagasnerie qui nous intéressent car ce sont les fondements même de la démocratie dite représentative qu’il questionne (dans le prochain numéro de Libres commères, on émettra tout de même quelques grosses réserves). Le politologue va à l’encontre d’un Jean-Philippe Lefèvre qui, sur la liste « Fiers d’être Dolois » fait figure d’intellectuel et écrivait peu avant l’élection : « Désormais que vienne le vote et l’acte démocratique. » Comme si le premier était la seule manifestation du second. C’est un peu mince ! Mais très gaullien ! Il est donc temps de passer à autre chose.
Lagasnerie expose sa pensée de manière très claire dans quatre émissions assez brèves sur Blast où il résume son essai. On est vraiment dans la pensée radicale, qui va chercher le problème à la racine. Beaucoup de gens ne croient plus à l’élection selon la constitution actuelle. Ceux qui s’y accrochent sont les parasites qui en profitent. Les dirigeants de ce pays ont atteint un degré d’aveuglement et d’incompétence stratosphérique. Le Jura n’est pas en reste.
Il nous faut à notre niveau réfléchir à d’autres manières de prendre les décisions. Il ne s’agit pas simplement de changer le personnel de bord. Les mêmes assoiffés de pouvoir reviendront à la charge. Il faut tout simplement trouver des moyens pour les neutraliser durablement. Et il y en a.
Sortons du bourbier électoral.
Un peu d’imagination, que diable !
Libres Commères vous accompagne.
Article mis à disposition selon les termes de la Licence
Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0
International.
À propos de l'auteur(e) :
Christophe Martin
Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.