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Naissance d’un syndicat : Sud Santé Sociaux 39

Publié le 03 mai 2026 à 20:26 | Écrit par
La Rédac'
| Temps de lecture : 04m31s

Disons-le sans détour : le syndicalisme tel qu'il existe aujourd'hui est en crise. Trop souvent institutionnalisé, trop souvent coupé du terrain, il accompagne plus qu'il ne combat. Pendant ce temps, dans la santé et le social, les attaques s'accélèrent, et les travailleur.euses paient le prix fort. 

A Dole et dans le Jura, nous refusons cette fatalité. La création de Sud Santé Sociaux 39 n'est pas un hasard : c'est une réponse. Une réponse de jeunes travailleur.euses, d'étudiant.es, de précaires et de professionnel.les plus expérimenté.es qui ont fait un constat simple : si nous ne organisons pas nous-mêmes, personne ne le fera à notre place. 

Partout, les exemples s'accumulent : au CHS St Ylie Jura, les conditions de travail se dégradent d'année en année : postes non pourvus, manque de personnel chronique, pressions hiérarchiques, services sous tension permanente. Les soignant.es tiennent à bout de bras un hôpital qui fonctionne au minimum, au détriment de leur santé et de celle des patient.es. Ce n'est pas une dérive locale, c'est le résultat d'une politique qui avait pourtant placé la santé mentale comme grande cause du quinquennat. 

A l'hôpital de Saint-Claude comme dans tous les autres du Jura, la situation illustre la même logique destructrice : fermetures de lits, restructurations imposées, éloignement des soins pour une partie de la population. Derrière les discours technocratiques sur « l'optimisation », la réalité est brutale : moins de moyens, plus de charge et une perte de sens massive pour celles et ceux qui exercent ces métiers. Il en va bien sûr de même dans le privé, avec par exemple des aides à domicile qui enchaînent des heures dans des conditions et pour un salaire indignes. 

Et dans le social, la situation est tout aussi alarmante, si ce n'est pire, parce qu'elle reste largement invisibilisée. Dans les structures d'accompagnement, les foyers, les services de protection de l'enfance ou du handicap, les équipes sont à bout. Toujours faire plus avec moins, turn-over permanent, contrats précaires, salaires insuffisants, manque de reconnaissance : les professionnel.les sont épuisé.es. 

Les conséquences sont désastreuses. Des éducateur.ices qui gèrent seul.es des situations de plus en plus lourdes. Des accompagnant.es qui n'ont plus le temps d'accompagner dignement. Des décisions prises à la chaîne, loin du terrain, qui déshumanisent l'accompagnement. Dans le secteur de l'enfance et de la petite enfance, le secteur public étant à bout de souffle, les familles sont contraintes de se tourner vers le privé, les employeur.euses forcé.es de recourir à des intérimaires non qualifié.es, quitte à mettre en danger les usager.es. Et au bout du compte, ce sont les personnes les plus vulnérables (enfants placé.es, personnes en situations de handicap, publics précarisés) qui en subissent directement les conséquences. 

Dans les territoires ruraux comme le nôtre, ces réalités sont encore aggravées par l'isolement. Moins de moyens, moins de relais, plus de distances : ici, quand un service ferme ou qu'une équipe craque, il n'y a souvent aucune alternative. Et pourtant, c'est aussi ici que le syndicalisme est le plus absent ou affaibli. 

C'est précisément contre cela que nous avons fondé notre jeune syndicat. Sud Santé Sociaux 39 fait le choix d'un syndicalisme de terrain. Un syndicalisme présent dans les services, dans les équipes, au plus près des collègues. Un syndicalisme qui ne délègue pas la lutte, mais qui la construit avec celles et ceux qui vivent ces réalités au quotidien. 

Nous refusons le syndicalisme de bureau, les négociations sans rapport de force, les discours déconnectés. Nous faisons le choix de l'organisation collective, de la conflictualité assumée, du refus des compromissions et de la solidarité concrète, avec les travailleur.euses mais aussi avec toutes les luttes antiracistes, anticapitalistes, antivalidistes, féministes, LGBTQIA+. 

Parce que ces attaques ne concernent pas seulement la santé ou le social. Elles touchent l'ensemble 

de la société, l'ensemble du monde du travail. C'est pourquoi nous construisons dès aujourd'hui des liens forts avec d'autres secteurs, notamment Sud Commerces et Services BFC et Sud Etudiants 39, que nous rejoignons dans leurs convictions et leur manière de faire vivre le syndicalisme de façon radicale. Précarité, exploitation, casse des droits : les logiques sont les mêmes, les luttes doivent l'être aussi. Nous revendiquons un syndicalisme qui dépasse les frontières professionnelles, qui organise la solidarité concrète et qui construit des rapports de force durables. 

Nous portons une vision claire : celle d'un syndicalisme offensif, qui ne se contente pas de limiter les dégâts, mais qui vise à gagner. Un syndicalisme qui redonne confiance, qui redonne la puissance collective, et qui assume que le conflit est outil légitime et nécessaire pour faire reculer les politiques antisociales. 

Le 1er mai sera une étape importante. A Dole, nous serons dans la rue à partir de 10h30, avenue de Lahr. Ce sera notre première prise de position publique, dans une manifestation que nous voulons à notre image : radicale, interprofessionnelle et festive. Nous ne défilerons pas gentiment, nous montrerons que nous sommes là, que nous refusons de plier, que nous sommes prêt.es à nous battre. Nous serons aux côtés de nos collègues du commerce et étudiant.es. La marche se terminera avec un concert, parce que lutter, ce n'est pas seulement résister : c'est aussi se retrouver, s'organiser, construire. Rendez-vous le 1er mai, donc. Puis on continue ensemble. 

Il n'y a plus de temps à perdre. Aujourd'hui tout particulièrement, face aux attaques de toutes parts contre notre système de soins et d'accompagnement, pour nos droits et le bien-être des personnes que nous accompagnons, il est temps de s'organiser. Nous invitons toutes celles et ceux qui ne veulent plus subir, qui veulent défendre leurs conditions de travail et redonner du sens à leurs métiers, à rejoindre Sud Santé Sociaux 39. Ensemble, construisons un rapport de force à la hauteur des enjeux. Ensemble, faisons vivre un syndicalisme de lutte, ancré dans nos territoires et tourné vers l'émancipation collective. 

Relevons la tête. Il n'y aura pas d'amélioration sans lutte. Il n'y aura pas de victoire sans organisation. Rejoignez-nous. 

Bérénice Lugand-Jacob, co-secrétaire de Sud Santé Sociaux 39 Contact : sudsantesociaux39@gmail.com.



À propos de l'auteur(e) :

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Donner la parole à ceux qui ne l'ont pas, voilà une noble cause ! Les articles de la Rédac' donnent le plus souvent la parole à des gens que l'on croise, des amis, des personnalités locales, des gens qui n'ont pas l'habitude d'écrire, mais que l'on veut entendre...

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