Cirque et fanfares : un autre regard
Origine : L’initiative de Cirque et Fanfares s’appuie sur les arts du cirque et les fanfares au niveau international. Aujourd’hui la dimension internationale de provenance et des esthétiques des fanfares n’est plus revendiquée, ce qui favorisait la rencontre des univers et des esthétiques, et les arts de la rue ont supplanté les arts du cirque, qui sont pourtant singuliers avec un renouveau remarqué et remarquable. Cela interroge le nom de l’événement, qui est de fait un festival d’arts de la rue. Arts et fanfares de rue serait plus juste.
L’espace public : L’enjeu de la présence artistique dans l’espace public est celui de la démocratisation culturelle, de la transformation des usages, d’une nouvelle approche de la ville. Aujourd’hui le festival est confiné dans l’hyper centre (une partie du centre) où vit dix pour cent de la population, dans un parcellaire médiéval contraint, voire dans des cours et des espaces fermés. A Tours, dans un premier temps, Au Nom de la Loire avait eu pour objectif de se réapproprier le fleuve, la Loire. Puis Rayons Frais fut interdisciplinaire, dans l’espace public ouvert, et dans aussi des lieux habituellement destinés à d’autres usages qu’à l’art. A Dole il n’y a pas de thème, pas de récit, pas de fil conducteur. C’est une liste d’offres de spectacles.
La présence artistique et le lien avec la population : Aucune proposition n’est contextualisée, la présence est limitée à la durée des spectacles, aucune répétition publique en amont de l’événement, aucune écriture interactive avec les habitants. La Scène Nationale pourrait s’emparer de certaines propositions et construire du récit avec les populations. Soulignons aussi qu’il ne se passe absolument rien dans les quartiers, y compris aux Mesnils Pasteur où les gens n’attendent plus rien et même votent très peu, ce qui est symptomatique d’une déshérence sociale ; le gite, le commerce et le transport ne suffisent pas à créer une dynamique de quartier. Tout l’hyper centre-ville n’est pas concerné. Aucun système n’est mis en place pour faire converger les habitants vers l’offre, ni outils, ni médiation.
La culture du chiffre : Les principaux éléments de communication sont ceux des chiffres, nombre de spectacles, nombre de lieux, nombre de spectateurs. Aucun thème, aucun récit, aucune trame, on dispose d’une liste d’offres. Cette année l’hebdomadaire local annonçait le succès avant l’édition et promettait 40 000 spectateurs, juste après l’édition le quotidien local confirmait le succès ainsi que le chiffre de 40 000 spectateurs. Le programme ne donne aucune esthétique, aucune histoire, juste des titres et des noms avec des lieux, on ignore ce qu’on va voir. Nous sommes clairement dans l’animation et la consommation. On peut s’en contenter, le succès quantitatif aidant, pourquoi faire autrement ?
Pas de lien avec les autres événements : le piquenique est situé lui aussi en hyper centre dans un lieu hyper minéral et sans ombre, on ne choisit aucun espace vert, qui sont rares, comme le cours saint Mauris ou le jardin Philippe, on ne crée aucun lien avec le weekend gourmand, les métiers de bouche, une découverte sensorielle, une offre pensée qui pourrait s’ouvrir à d’autres produits. Les commerces de bouche ne sont pas invités à proposer des pique-niques dans toute la ville, la rue de Besançon aurait son épingle du jeu à tirer. Le conservatoire a le mérite de proposer une fanfare amateure, mais le milieu musical n’est pas davantage sollicité. La Scène Nationale, qui, du fait de son statut, peut proposer des programmations en dehors des murs, n’intervient pas. Même les jeudis paysans de juillet août ne sont pas associés, le marché forain du samedi est délocalisé au cours saint Mauris, ce serait un piquenique valorisant les producteurs locaux en étoffant éventuellement l’offre.
La durée avant et après : L’événement est cantonné aux dates de programmation, l’après-midi du samedi et celui du dimanche. Il ne se passe rien avant pour associer la population à l’événement, une fois l’événement terminé on connaît déjà les dates de l’année suivante, mais chacun reste spectateur consommateur. La médiation, l’animation, la dimension participative sont absentes. Rien en amont, un temps rapide pendant, et rien après. Les fanfares pourraient avoir une visibilité toute l’année, les arts du cirque pourraient proposer des ateliers de pratique.
Aucun théâtre de verdure n’a été imaginé dans le nouveau parc urbain, aucun kiosque à musique n’existe au cours saint Mauris ni ailleurs. Ces lieux publics pourraient être investis régulièrement dans l’année et vivre aussi pendant l’événement.
Bilan : On peut rester avec l’événement tel qu’il est, le succès public est suffisant. On peut imaginer que la dynamique s’ouvre à d’autres ambitions. Associer dans un comité de programmation les structures locales, les commerçants, les acteurs sociaux, les comités de quartier, des volontaires. Cet événement municipal peut gagner à s’ouvrir à d’autres regards. C’est sans doute un autre projet qui relève de choix à faire, ou pas. La transversalité entre les différents acteurs, la médiation, l’animation, sont des enjeux qui apportent beaucoup dans un territoire. Cela suppose de mettre en œuvre un projet participatif.
Bruno Lonchampt – avocat du diable – je ne pense pas que ça change que quoi que ce soit.
Quelques articles publiés dans des ouvrages collectifs en lien avec le sujet :
- La résidence d’artiste, les enjeux d’une politique de la ville page 31 à 39 – in la résidence d’artiste Presses Universitaires François Rabelais 2016
https://books.openedition.org/pufr/18527
- Nouveaux territoires urbains – in Les nouvelles urgences de la culture en milieu urbain ADACGVAF 2013
http://fraap.org/IMG/pdf/urgences_de_la_culture_2013.pdf
- L’art et la ville, les enjeux de la présence artistique dans l’espace public page 123 à 137 – in les arts et la ville dans le projet urbain, débat public et médiation Presses Universitaires François Rabelais 2011
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