Société

Cachez cette cabane que je ne saurais voir

Publié le 08/01/2020 à 14:25 | Écrit par Baptiste Longet | Temps de lecture : 02m09s

Il n'en reste plus qu'une aux alentours de Dole, à Parcey. Les cabanes montées par les Gilets jaunes depuis Novembre 2018 ont marqué le paysage national, mais surtout les hommes et les femmes qui s'y sont arrêtés.

Il n'en reste plus qu'une et elle est à son tour menacée. Après Rochefort, Tavaux, Brevans, Ranchot, celle de Parcey devait être détruite ce Mardi 7. L'info ayant fuité, une cinquantaine de personnes (Gilets jaunes soutenus par quelques syndiqués) se sont rassemblées et ont fait renoncer les autorités à aller à l'affrontement. A l'heure où j'écris ces lignes, elle est donc encore debout. Nul ne sait pour combien de temps encore. Nul n'ignore que si la décision a été prise, ce n'est qu'une question de jours.

Je ne m'attarderai pas sur les événements de la journée, la belle ambiance qui régnait, le jambon à l'os partagé... Il y a beaucoup plus à dire. Une explication plus profonde à chercher. Des réponses aux « pourquoi ». Pourquoi ces cabanes se sont montées ? Pourquoi sont-elles insupportables aux yeux des politiques ?

 

J'ai une longue histoire avec les cabanes, commencée lorsque j'avais 7/8 ans. En ce temps-là, comme disent les anciens, nous n'arrêtions jamais de construire. Le moindre bosquet était l'occasion pour nous de créer notre lieu. Un lieu où l'autorité, parentale en l’occurrence, ne s'appliquait plus. Où nous décidions de ce qu'il était bon de faire, de dire, de penser, de partager. Un lieu qui n'appartenait à personne, ou plutôt à tout le monde. Un lieu d'apprentissage, de savoir-faire, d'ingéniosité parfois. Un lieu où une histoire collective s'inventait à coup de rires, de débats, d'engueulades, de réconciliations. Un lieu où j'apprenais la tolérance et la solidarité, la vrai, celle avec des gens profondément différents de moi, qui ne pensaient pas la même chose, qui ne venaient pas du même milieu, qui n'avaient pas les mêmes intérêts. Les premiers amours aussi. Un lieu beau, non pas par son architecture ou sa décoration, mais parce qu'il était remplit d'humains et d'humanité. Un lieu commun et un lieu en commun.

 

Il y avait un peu de tout cela dans les cabanes de mon enfance comme dans les cabanes jaunes de la résistance. Elles répondaient à un besoin. Elles comblaient un vide. Elles avaient une fonction primordiale de reconstituer du commun. Elles « retissaient le lien social » comme disent nos politiciens dans leur langage creux.

Ainsi, ils préfèrent les détruire. Cacher cette beauté qu'ils ne sauraient voir, qu'ils ne sauraient comprendre. Cacher ce qui pointe avec impertinence, avec des palettes, de la tôle et tout ce qui ne coûte rien, leur échec. Leur échec à faire de la politique, de la vrai, c'est-à-dire à créer les conditions d'un vivre ensemble désirable, joyeux.

 

Urbanisme stupide, individualisme profond, destruction du tissu social, appauvrissement galopant, mépris des campagnes, auto-organisation concrète, symbolique du rond-point... Autant de sujets qui se donnent à voir à travers cette introduction et que nous développerons ces prochains jours. Restez connectés !




À propos de l'auteur(e) :

Baptiste Longet

Issu du monde du Droit, destiné à rejoindre la masse des technocrates bruxellois "in", ma réflexion sur l'écologie, l'anthropologie et les institutions et les constats liés à mes 4 années de voyages me poussent vers un retour à la terre jurassienne et un activisme local.


Juriste en reconversion

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