Après un été rouge flamboyant, il fallait bien s’y attendre. Même si l’industrie chimique essaie de le repeindre en rose pour faire oublier sa responsabilité dans la multiplication des cancers, et en particulier ceux qui touchent les femmes, cet automne est noir. Noir à la fois comme le désespoir né d’un pouvoir politique et économique à la dérive, et comme le drapeau noir qui flotte sur la révolte de lycéens qu’on n’attendait pas si revendicative et si clairvoyante.
Face aux « 8h/18h je connais mieux ma CPE que ma mère », « pas besoin de mec je me fais déjà baiser par le gouvernement », « lycée = formation à l’esclavage moderne », « on demande le bac, on nous envoie la BAC », « un voile dérange plus qu’un viol », toutes les meutes de chiens de garde sont lâchées et se lâchent.
L’arsenal répressif est de sortie, les médias €péens n’en peuvent plus de banalités réactionnaires et d’éructations inquisitoires, la droite s’enlise, le PS bafouille, le RN entre dans une agonie vampirique. Tout est permis, tout est vomi, interdire l’opposition, accuser ceux-là mêmes qui essaient de protéger, inventer des agressions imaginaires, créer de fausses associations de lycéens… Mais aucune des vieilles ficelles ne semblent plus fonctionner et les syndicats (enfin certains) ont retenu la leçon de la nécessaire convergence des luttes. Mais le ministre de l’Intérieur assume publiquement ne donner aucune limite à ses meutes caparaçonnées.
C’est à la fois terrible et fascinant d’assister à l’effondrement d’un régime qui n’arrive plus à faire croire à la démocratie et s’empêtre dans un totalitarisme qu’il ne sait même pas contrôler.
Octobre est noir comme l’assassinat de centaines de colons israéliens en 2023 et reste noir foncé depuis 3 ans d’une répression qui est devenue le nettoyage ethnique de Gaza. Octobre est noir comme le 17 octobre 1961 quand la police française a massacré des centaines d’Algériens à Paris. Octobre est noir.
Octobre restera noir pour ces gamins qui ont perdu un œil ou une main parce qu’ils croyaient qu’en France vouloir étudier dans de bonnes conditions était légitime. Et le noir de cet octobre marquera à jamais le gouvernement de Lecornu et Macron.
Et oui, Fleur Breteau, cet octobre ne sera jamais rose tant que la France sera gouvernée par une bande de nécrophiles qui préfèrent les milliards de l’industrie chimique à la vie de femmes, d’hommes et d’enfants qui ne demandaient rien d’autre que vivre dans ce pays qui sait quelquefois être si joli.
Article mis à disposition selon les termes de la Licence
Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0
International.
À propos de l'auteur(e) :
Jean-Luc Becquaert
Né dans une famille aimante et néanmoins de droite, j'étais destiné à une (brillante) carrière de DRH ou de responsable qualité dans la grande distribution. Ma rencontre à 18 ans avec l’éducation populaire dans une cave du XVIIIème (siècle) transformée en théâtre m’a définitivement détourné du libéralisme. Aujourd’hui, mon seul point commun avec Jacques Chirac, c’est le goût de la bière et de la tête de veau.