Écologie Politique Éducation

Le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs n’est pas obéir.

Publié le 26 oct. 2026 à 19:24 | Écrit par
Robot Meyrat
| Temps de lecture : 08m51s

La stupidité sans fin de l’ordre. Enfin, de cette maladie qui consiste à accepter de prendre des messies pour des cavernes. La stupidité sans fin de l’ordre. Enfin, de cette maladie qui consiste à le laisser faire ses ravages. La stupidité sans fin de l’ordre. Enfin, de cette maladie qui consiste à prétendre être ce qu’on n’est pas. C’est bien connu : si on est quoi que ce soit, nul besoin de le prétendre. Merci de vérifier, avant de poursuivre ta lecture, que tu ne t’es pas collé un code-barres quelque part pour te mettre en rayon ou te ranger dans une case.

436 milliards pour l’armée en quatre ans, égal quoi ? Pourquoi ne pas mordre la main qui te frappe et qui frappe les tiens ? Car c’est la gorge qu’il faut viser ! Il y aura toujours des gens pour laisser les gueules ouvertes des colons déverser leurs bombes et reprocher à celleux qui nous défendent d’avoir un couteau entre les dents. J’abhorre autant le fait de nourrir un adversaire avec mon énergie que celui de soutenir les formes politiques dépassées du passé. Mettre à bas l’ordre, c’est comme renverser le pouvoir : ce n’est pas tendre un drap avec marqué dessus : « Ceci n’est pas le pouvoir. Circulez ! Y a rien à voir ! » Remplacer des ordures par d’autres ordures. Pas même lui offrir un linceul.

Le problème du pouvoir, c’est sa concentration. Il s’agit de le traverser avec notre joie façon rayon laser : Gum-Gum Rafale dans ta face, la démocratie représentative ! Mais pas une joie de bons élèves, de premiers de la classe, de cordée ou de liste municipale, qui, à l’image de leurs profs, ne savent pas que vivre ne s’apprend pas avec des maîtres. Il n’y a pas de joie sans être (vivant ?). Nous y reviendrons un jour.

15 août 2026. Je venais d’annuler la réservation de mon voyage sur un site de covoiturage et, par là même, la joie de devoir traverser un embouteillage monstre pour aller chercher ailleurs ce que je pouvais trouver ici.

Tiens, comme c’est le thème, je vais faire un plan en une ligne pour celleux qui n’ont pas le temps de lire :

Introduction du chaos + quelques exemples stupides + conclusion joyeuse.

Je ne peux passer sous silence le remake d’Idiocracy qui s’est déroulé au mont Roland. J’avais annoncé à des amiEs l’hypothèse que, dans une société protofasciste, les comportements grégaires étaient favorisés et, effectivement, la fourchette de mon estimation a presque été dépassée avec 5 000 personnes.

Je ne critique pas le fait de surkiffer les éclipses… C’est rare, ça a de la valeur, c’est instagrammable ? Mais de le faire parce que les autres le font…

Il fallait voir le nombre affolant de lemmings qui sont venus sans réfléchir en voiture, alors que, sur la petite route qui mène au… ciel, c’est déjà délicat de faire se croiser deux SUV (Stupid Useless Vehicle). Leur stupidité sans mesure transformait ce déplacement en un terrible calvaire. Au point qu’une fois encore, il a fallu l’intervention des forces de l’ordre pour interdire à la stupidité de se poursuivre.

De même qu’un monde aux ressources finies ne peut être exploité sans fin, on ne peut pas remplir un espace limité avec plus de voitures qu’il ne peut en contenir. Comment est-il possible d’être autocentré au point qu’il faille que les chiens du pouvoir interviennent ?

Si tu n’as pas débranché ton cerveau pour me lire, tu devrais te poser la question de savoir comment j’ai pu le constater. Non, je n’étais pas en reportage : j’avais pris mon vélo pour rejoindre des amiEs et en profiter pour filmer des caricatures de comportements humains (inhumains ?). Et, au dernier moment, je me suis éclipsé pour aller me sentir solidaire avec d’autres amiEs à Azans.

Revenons-en au courant principal, ou plutôt aux autres exemples.

Fin juin, un arrêté plus stupide que scientifique interdisait de se baigner aux bains de Dole. Ce qui est stupide, c’est surtout qu’au lieu de faire le prélèvement comme d’habitude à cet emplacement, ils l’avaient fait sur un autre site, au niveau du canal, là où il y a moins de courant, avec une mention indiquant que la présence de cyanobactéries sur ce site laissait supposer une contamination en amont et en aval. En rajoutant manuellement la phrase.

Ce qui était drôle, c’était l’écart entre l’incertitude de leur formulation et la certitude de l’interdiction. J’aurais bien aimé comparer avec l’année dernière pendant combien de temps la baignade avait été possible.

Depuis, heureusement, tout est rentré dans l’ordre : une analyse a été effectuée aux bains début août. Pour faire de belles vacances dans le Jura, il faut pouvoir profiter des cours d’eau. Seulement, en l’absence de politique intelligente, c’est de plus en plus compromis. Même le cancer quasi systématique comme cadeau de départ à la retraite, pour celleux qui l’atteignent, ne suffit pas à remettre en cause l’élevage et l’agriculture intensives. Alors, le préfet ne chôme pas en mesurettes pour montrer son efficacité en temps de crise. Il y a tout un paquet d’arrêtés, comme celui qui recommande d’éviter de trop laver les voitures dans les centres de lavage… Sauf que, quand on veut trouver l’information, bon courage ! Des médias comme La Voix du Jura ne sont pas capables de mettre le moindre lien vers les sources officielles. On pourrait presque croire que tout est fait pour que les agriculteurs, les industriels et les particuliers ne puissent pas avoir l’information. En attendant, les cours d’eau tirent la tronche.

Derniers exemples. J’ai donc décidé de rester passer mes vacances ici, en me baignant à Rochefort-sur-Nenon. La première fois que j’ai fait le trajet en passant par le chemin de halage, nous étions en pleine cinquième vague de chaleur. J’ai encore pu constater les exactions de l’ordre. Les bords de l’asphalte avaient été tondus, privant les promeneurs de la fraîcheur des végétaux et laissant de l’herbe sèche au sol pour favoriser les incendies. Pourquoi changer les habitudes ? Et surtout, comment faire fonctionner une société dans laquelle personne n’est responsable ? Où c’est l’agro-industrie qui est payée, en Bretagne, pour ramasser les algues dont elle est responsable. Pollueur payé, il fallait oser. Dernière blague pas drôle : le programme présidentiel d’un parti d’usurpateurs, « La prospérité écologique ». Et pourquoi pas la croissance écologique ? Les personnes qui essaient d’agir doivent faire face à toutes celles qui font semblant. Parce que tout le monde fonctionne comme ça… en l’absence de projet collectif.

On pourrait remplacer « ordre » par « stupidité ».

Une fois plongé dans l’eau, en faisant de mon mieux pour éviter la matière en suspension qui se désagrégeait, j’ai remonté la réserve de pêche au milieu des joyeux poissons, heureux de survivre malgré tout. Un martin-pêcheur est même venu me saluer, mais il n’a pas poussé la témérité jusqu’à se poser sur ma tignasse. Comme il ne pouvait pas savoir que ma race extermine sans pitié tant les animaux qui ont échappé aux incendies que ceux qu’elle déclare nuisibles, ou même ceux qui ne sont… que des animaux. Alors pourquoi voudrait-on épargner la vie des milliardaires ? Après tout, ce sont aussi des animaux, et bien plus nuisibles !

Je me suis imaginé qu’il ne devait pas être rassuré par le rostre rose d’une moitié d’énorme crevette, jetée avec quelques tranches de pain en offrande à la nature par l’une des péniches qui passaient plus haut. Ensuite, j’ai poursuivi ma progression jusqu’à une cascade, c’est-à-dire un jacuzzi naturel qui m’a soulagé de mes tensions dorsales. Nous empruntons à la nature, puis nous oublions que nous lui devons quasi tout. Et pendant ce temps-là, les fruits pourrissent au pied des arbres, tandis que, dans les rayons des supermarchés, les gens seraient prêts à se battre pour les acheter.

Sans retourner jusqu’aux années d’avant-guerre, il s’agit bel et bien de repenser la vie dans et hors des cités. Guérir du cancer qu’est le capitalisme est difficile, mais il n’y a pas d’autre option. Il est nécessaire que nos vies aient un sens, pour nous et pour le collectif. Nous devons en finir avec la bullshit life. Nous ne pouvons continuer plus longtemps à être aliénés. Réduits d’êtres vivants à consommateurs. Rouages inertes, décérébrés, éviscérés… sans cœur autre qu’un portefeuille.

À la façon des animaux sauvages qui tentent de survivre dans nos cimetières urbains, il nous faut rejoindre les marges et les aider à se développer. Qu’il pousse des barrages et des haies comme des petits pains ! Mais surtout, pas de culpabilité : laissons la pureté à celleux qui ont de la merde pas que dans les yeux. Il suffit d’aller dans une direction. De faire les choix qui nous orientent sur les chemins du nouveau monde décolonial. Celui qui est fête d’alternatives, où tout le monde peut trouver sa place et en changer chaque fois que besoin. Celui où on apprend de nos erreurs au grand jour, où nos faiblesses sont nos qualités, où être ensemble dessine un rêve de solidarité. Car la vie n’a pas de sens sans aimer et être aimé.

Quiconque a traversé ce pays cet été a pu voir des étendues de champs grillés, des forêts à l’agonie, quand elles n’étaient pas parties en fumée. L’ordre et sa rigidité stupide qui plante des arbres alignés pour les exploiter jusqu’à ce que vienne le nématode du pin. La démocratie décapitée par des bitos. Insensibles à autre chose que leur plaisir et leur profit. Il ne s’agit pas d’ajuster, de réformer. Il s’agit d’inventer une vie possible ensemble. Se débarrasser de l’agriculture intensive comme des gigantismes multinationaux. Penser la décroissance à l’échelle de l’Hexagone. Être local. Communalisme expérimental. Hors de tout dogme, de toute emprise, mais avec autant de nuances que de couleurs. Les partis politiques veulent jouer à faire des élections présidentielles ? Remplaçons-les par une refondation de la société… sans eux. Sans les profiteurs.

L’ordre ne connaît pas la nuance, il bourre dans des cases, tant pis pour ce qui dépasse. Si on lui reproche le gaspillage, cela terminera en nuggets. Ne pas se laisser leurrer par des clivages binaires : eux ou nous. Eux n’existent pas, ils ne sont que les forces mortifères quand elles s’emparent de nous. Quand nous nous laissons nous trahir. Ne pas agir de façon frontale — mais fluide, comme l’eau ; laisser l’obstacle disparaître de lui-même —, c’est dépasser ce contre quoi on lutte et, flexible, passer de lutter à être envie. Cesser de reproduire les méthodes qui nous conditionnent. Ne rien cacher de la volonté d’être juste.

Alors, même si je critique ce qui semble être une habitude aussi stupide que de passer une sorte de tondeuse, par souci d’honorer la rectitude de l’ordre, ce qu’on appelle le « beau », la compétition du fayotage, quand j’en parle et que quelqu’un me fait part d’un autre point de vue, je te le partage, même si ça nique complètement ma conclusion.

Exemple : un cycliste m’a expliqué qu’en ne taillant point les bords du chemin de halage, cela pouvait servir de refuge à la vie sauvage et qu’un jour, quand la nature avait repris ses droits, il avait failli se prendre un ragondin ! D’un autre côté, le problème n’est-il pas de vouloir rouler trop vite ? Ou de rouler sans prendre en compte cette vie, celle de ce si grand jardin qu’était la nature avant qu’on ne l’assassine, qu’on ne la sacrifie à l’ordre économique ? Au chaos que celleux qui ne sont pas vivantEs osent appeler l’ordre.

Robot Meyrat, Dole, 23 août 2023.



À propos de l'auteur(e) :

Robot Meyrat

Éternel débutant, Chercheur de singularités, Créateur de chimères, Expérimentateur d’inédits. Inscrit dès la naissance à l’école de la Vie. Il m’arrive d’être drôle à mon insu. Je suis mon chemin. Résister au courant principal jusqu’à la Mort et au-delà.

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