Autopsie d'un souvenir.

Publié le 08/05/2020 à 20:08 | Écrit par Robot Meyrat | Temps de lecture : 17m56s

Cela sent la naphtaline, pis le formol ? Nan... pas vraiment, plutôt l’odeur de la poudre ! En effet le titre a failli être "Il vaut mieux prendre les armes que s'autolyser". Tellement ces jours-ci le moindre contact avec les marionnettes de l’actualité et leurs déclarations délirantes me mine. Je n'ai pas l'intention de dégommer seul un de ces sinistres corrompus, lobbyistes ou banksters qui ricanent de nos misères derrière leur faux sourire Colgate. Ma seule arme c'est mon stylo, même si en réalité ça fait longtemps, qu'il n'a plus l'impact écologique du bois et du carbone. J’aimerais qu’il soit explosif, façon enquiller à la chaîne une idée pour chaque phrase. Qu’il puisse atomiser tout ce qui est à proximité, à commencer par la main qui le tient, tout en écrivant la bible du fortune cookie. Dealer PEZ de ta dose de bonbons au parfum délicieusement hors-norme, que quand tu la lis cela te plonge dans un tel état de sidération, qu’ avant de commencer la lecture, il vaut mieux t’asseoir bien calé au fond de ton siège, telles ces commères de la place aux fleurs, car ça va secouer sec du roseau... Sauf qu’il y a peu de différences entre la bonne parole et les belles paroles et j’ai tendance à allumer des chaînes de pétards mouillés. Pourtant tout comme ce ministre de l'économie grecque qui avait toujours sa lettre de démission sur lui, j'ai une éthique. Le pauvre s'il avait su qu'il fallait juste que la Grèce soit une entreprise - du genre glorieux de cette end down nation française, qui voudrait cacher derrière un cheap lifting de com que son cœur de nation en fin de vie c’est l’armement et le nucléaire - pour que sa dette puisse être réorganisée à son aise. Quel dommage ! C’était si simple d’éviter le racket organisé par les technocrates européens. Vendre son âme… Je n'ai aucune intention de produire des articles pour nourrir le dieu Morloch 2.0, écrire pour pisser dans l’océan d’information en me faisant reluquer le sguègue, comme dit le professeur Choron « on s'instruit pendant qu'on danse, caca chocolat... » Apprendre à connaître ses démons pour les affamer ou les assoiffer ? Et en faire des pantins dociles comme la bande de macrons qui se tapent des queues pour aller au Mac Do ? Que nenni, très peu pour moi, je préfère les apprivoiser en les nourrissant de ce qu'ils n'attendent pas. La seule nourriture qui fond dans la bouche, pas dans la main : l'amour. J’aurais aussi pu caler des cliffhangers de la mort qui tue après chaque point. Alors cette lettre il va la poser ? J’aurais pu te bombarder de stimuli. Découper mon propos en tranches plus faciles à mâcher, 50 épisodes de 340 signes, à la façon de cette énième séquelle de Résident Evil, quintessence de la nullité du divertissement de notre époque, même si lui sentait déjà la chaire faisandée quand il est né, où pas une minute ne passait sans tirs, cris, coups, sans lumière qui clignotent et.. explosions. Comme si on avait peur que le client enfant roi spectateur zappe à chaque instant. D’ailleurs si on se fie à la moyenne d’attention sur Youtube, pourquoi faire des longs métrages ? Sur ce modèle on pourrait écrire avec le glaive des dix minutes au-dessus de la tête. Je ne suis pas ce chevalier de l'économie, mais je n'ai aucune envie d'être un journaliste… même si, quand ils sont de la trempe de certains qui écrivent dans Libres Commères, cela serait plutôt flatteur. Ah oui ! D'ailleurs il ne faut pas que j'oublie de fournir des gilets par balles à mes amiEs de la rédaction. Car - même si je n'ai pas l'intention de faire des blessés et qu’en plus, si je ne le souligne pas, sans doute quasiment personne ne remarquerait que j’essaie de tirer aussi dans nos cages - je veux être certain qu'il n’y ait pas de dommages collatéraux. Franchement, qui soupçonnerait qu'une simple tentative d'écrire une entrevue différente, puisse en même temps être un sorte d'attentat critique ? Et il se trouve que le scandale éclabousse même le bout de mes crocs de jardin. Devenir un rouage de la machine à moins de garder ses distances c'est très facile. Garder ses distances comme ces artistes qui ne se risquent pas à se mêler de politique, c’est aussi très facile. Mais c’est comme le confinement des seniors : si c’est pour vivre comme des morts quel est l’intérêt de survivre ? Ainsi désolé de briser le tableau de rêve que j'avais fait du libre comme si c'était un idéal, hélas la vulgarisation est le plus sûr moyen d'obtenir des moutons, qui suivent et lèchent tout ce qu'on leur présente, ce n'est pas la traduction exacte de « liker », mais c'est la véritable signification de ce terme. Le libre n’en est pas moins soumis à la problématique de la diffusion, avec tout ce qu’elle entraîne de corruption, même sans vouloir vendre son âme, on peut rapidement se faire tailler un masque dedans. La majorité des médias et du public veut des artistes à idolâtrer et surtout pas que l’on lui dise :
- Pourquoi tu n’écrirais pas des articles, brosserais des peintures, immortaliserais des photographies, créerais des musiques, voire des films ? Ce que tu peux créer est sans doute aussi intéressant que ce que peuvent faire ces experts de la posture, de l’imposture. Pas dur quant on voit que la plupart des réalisateurs sont avant tout des managers, parfois également chefs d’entreprise. Les plasticiens dans les écoles apprennent plus à vendre de l’art, à développer des réseaux ou encore obtenir des subventions, qu’à créer. Les musiciens sont formés à construire la statue au pied de laquelle les groupies viendront vider leur bourse. Ceci dit, comme disait mon père, les digressions les plus courtes sont les meilleures.

Donc on commence à être une bonne petite communauté de libristes, au point qu’avec bientôt plus d’un mois de publications d’avance, la queue de mon blog radio libre épouse de plus en plus la forme de la courbe ascendante de la dette de ceux qui ne profitent pas de la pandémie.

Christophe Martin :
- Robot ! Si j’ai bien compris c’est une sorte d’interview, OK. Mais tu peux pas noyer ton sujet comme ça, même moi je décroche, franchement c’est pas dénué de poésie, sauf qu’à la longue on dirait l’espèce de langue de bois avec laquelle les politiques nous roulent des pelles pour nous embobiner.

Lucien Puget :
- x) avoues que ça brasse un peu du vent, si c’est de la poésie alors où est ton Rossinante ?

Robot Meyrat :
- OK, soit, j’abuse un poil avec l’auto-promo mais ne vous inquiétez pas, c’est juste que passer la quarantaine on devient mou du ventre… L’entrevue on y arrive tranquillement.


Justement à l’opposé des honnêtes gens, des corvéables à merci comme disent les autres canards, il y a les premiers de cordée, ceux qui ont offert leur âme à Morloch en s’imaginant connaître le bonheur,
mais baiser n’est pas aimer. Et c’est une des choses dont nous avons parlé dans l’entrevue, tout en étant fermement opposé aux lynchages publics mon côté pyromane me pousse à mettre de l’huile sur le feu. Ah si seulement j’avais su que je faisais une entrevue à mon insu, je me serais contenté de poser des questions. Sauf que j’avais encore en tête la mascarade écœurante d’adults in the room, alors après avoir précisé que la vidéo de l’argent dette (2010) est tout de même sujet à polémique j’ ai sorti de mon chapeau de magicien miteux que ce qu'on devrait juste avoir en tête, c’est que la dette cumulée de tous les pays est supérieure au total de tous leurs Produits Intérieurs Bruts. On devrait ne jamais oublier que nous sommes des esclaves et nos enfants le seront... éternellement. En conséquence de quoi, il serait on ne peut plus légitime de prendre les armes et par exemple de brûler les banques. Les esclaves devraient renverser les tyrans à condition de ne pas devenir des tyrans. Et justement il y a ces macrons en train de fêter le dé-confinement progressif du Mac Do, un collaborateur va toujours plus loin que le prédateur, il ne mange même pas pour sa faim de pouvoir, imagine des moutons pas garous pour deux sous dans le troupeau qui dévorent des moutons juste parce qu'ils ont vu des loups le faire ! Qu'est-ce que l’on devrait faire de ces dangereuses créatures ? Eux s’ils brûlent les banques, tu peux être sûr que ce ne sera pas pour mettre en place l’autogestion et le partage des ressources. Je ne suis pas marxiste, je ne suis pas intéressé par la gérance de la production et ce, même s’il y avait une solution idéale exemple un essaim de SCOP qui battait le système à son propre jeu, libérant les travailleurs du joug des actionnaires. Désolé, si tu es obligé de pécher à la petite cuillère dans tout ce vomi un semblant de plan cohérent. J’essaye de soigner ma logorrhée, mais je n’ai quand même pas envie de m’auto-discipliner jusqu’au dernier degré.

Donc du coté libristes il y a tellement de musiques créées que je peine désormais à toutes les écouter ! Et surtout, il y en beaucoup qui sont au moins autant originales que mes musiques, au point que je me questionne sur l'intérêt de continuer de créer de la musique. Si d'autres le font aussi bien que moi, quelle différence que ce soit moi qui le fasse ? En réalité le libre n'a rien d'un idéal, il y a certes moins de machines répliquantes dedans, mais... au contact du mécanisme spectaculaire, c'est facile de devenir un rouage. Cette petite communauté de libristes, n'en est pas une, ce seraient plutôt des chercheurs dont la seule recherche est une évidence absolue, immédiate, implacable, qui a tué pour toujours en eux toute autre pré-occupation. Qui n'ont rien à prouver et rien n'à attendre. Unis de fait dans cet objectif mystérieux. Et voila mon éclipse de Libres Commères en partie expliquée, même si personne ne l’avait remarquée, je n'ai pas l'intention de produire des articles, de réaliser un quota, comme on met du carburant dans une machine à captation d'attention. Si je veux lire du journalisme éco-social je vais lire Reporterre. Surtout qu'eux aussi ils n'hésitent pas à s'éclabousser façon apprentis sorciers qui explosent tout le labo, pour preuve cet article sur la remise en cause des énergies renouvelables dans un documentaire libre de Michael Moore. Ce qui m'intéresse ici comme ailleurs, c'est l'expérimentation - traduire : remettre en cause les certitudes et façons de faire pour inventer de nouvelles formes de vie - c'est mon trait d'union avec mes pairs. Le moyen conditionne le résultat. L’état d’esprit se transcrit. Pour faire mon entrevue je n'ai pas utilisé d'enregistreur numérique, en fait tout comme toi quand tu as commencé à lire cet article, je ne savais même pas qu’il s’agissait d’une entrevue. Et nul besoin d’avoir étudié la psychologie sociale et de connaître le « bystander effect » pour comprendre que ça change tout. Cela donne aussitôt un relief singulier, qui fait ressortir l’essentiel. Par exemple, s'il ne devait en rester qu'une chose, ce serait l'inquiétude concernant la disparition programmée du travail au noir... L'évasion fiscale on ne touche pas ou peu et sans punition, par contre que des esclaves se permettent de désobéir c’est intolérable pour l’état. Donc celui sur qui j’ai jeté mon dévolu n’est pas quelqu'un qui pallie aux défaillances de l'état, ni quelqu'un qui fournit des contenus de qualité à Youtube sous couvert de propager la bonne parole, en faite c'est juste une connaissance, que je considère comme un ami, c'est le beau-père d'une copine de ma belle-fille. Comme sa copine est un peu sorcière, dans le sens positif du terme, hérétique qui refuse le dogme et au premier degré aussi, on appellera son beau-père V : Vitriol ou Volontaire c'est toi qui choisis.

 

Ainsi il y a quelques jours ma belle-fille vient se poser dans ma bulle, me faire son petit numéro de séduction pour attirer mon attention, me décoller de mon écran d'ordi et obtenir mon adhésion.

- Dis, tu voudrais bien m'accompagner voir ma copine ?

Qui pourrait résister à une demande si bien formulée, alors on se fixe une heure, je remplis le formulaire d’autorisation de délirer, elle prend son vélo, je prend mes rollers et nous voila partis à travers le patelin. Rendus là-bas, posées à bonne distance l’une de l’autre, elles commencent à discuter. Il suffit d'avoir été en rendez-vous chez le psychologue avec un masque cousu maison pour mesurer à quel point la volubilité est un exercice physique intense. Cela fait donc parti du délire. Pour ne pas faire que leur tenir la chandelle je place un spot de pub culturelle dans leur conversation. Innocemment je demande :
- Au fait tu lui a parlé de The Midnight Gospel ? C'est un space cast, une sorte de Rick et Morty encore plus métaphysique, dans le 8ème épisode on apprend à ne plus avoir peur de la mort !
C'est à ce moment que V rentre de son travail de forestier. Après un check de palmaire on se prend dans les bras pour partager un big hugg amical et puis on se claque une grosse bise baveuse … Na, ça même avant on faisait pas. En faite on discute un peu de l’impact de Chicken Run sur la psychologie des poules, qui même les ailes mutilées ne peuvent s'empêcher de se faire la belle. Et rapidos on vide ce que l'on a sur le cœur. On en vient à se morfondre sur feue la liberté de ne pas idolâtrer des incapables, aussi appelée le droit au blasphème, qui n'est plus qu'un lointain souvenir. Déjà que décrocher les portraits des monarques de droits divins était réprimandé, v'là-t'y pas qu’une concitoyenne confinée c'est fait embarquer en garde à vue, pour avoir dit tout haut, écrit sur un banderole, ce que tout le monde pense... Tout le monde ? Pas besoin d'être un psychopathenarque pour savoir que les macrons du Mac Do ne pensent pas, ils sont télé-guidés. Donc tout le monde pense que son nom est une insulte. Symbolisant le virus qui détruit notre planète. Déjà avant le confinement dans les cours d'école, quand un élève arriviste faisait du lèche-botte, façon j'ai les dents si longues qu'elles rayent le plancher, si vous voulez je vous fais des chaussures à l'italienne en même temps ? On le traitait d'espèce de Macron. Ceci dit, notez bien que je n'ai rien de personnel contre cet ignoble personnage. D’ailleurs si un jour à Libres Commères on recevait de Google l'information que le website est trouvé principalement avec les mots-clefs « macron psychopathe » je ricanerais avec mes comparses, mais nous aurions plutôt intérêt à en tirer une leçon, sous peine que je pose ma fameuse lettre. Pas que mon absence changera quoi que ce soit, mais juste que je n'écris pas sur ces murs que tu lis, pour nourrir ton démon.

 

Ensuite on finit par arriver au cœur de l’entrevue avec la question que tout le monde se pose… Tout le monde ? S’ils se posaient des questions ils ne mangeraient pas là-bas. Donc :

Est-ce que l'on va laisser les macrons du Mac Do relancer la machine de destruction massive de notre chère planète, ou est-ce qu'on va rejoindre les copines du rond point d'en face ?

C’est vraiment étrange, une des rares choses fertiles qui soient arrivées de toutes ces dernières années, c'est le rapprochement social. Quand malgré les aimants à cerveau dans nos tôles, on a réussi à sortir rejoindre d'autres qui ne sont que nous en fait. Et essaimer sur toute la planète... Jusqu’à ce qu’un grand plan médiatique providentiel tente de nous ancrer la distanciation sociale comme un mal nécessaire. Même le moins complotiste des moutons doit se gratter le menton...


A la suite de cette remarque, V dit à sa belle-fille de bien rentrer de ce côté de la clôture pour éviter des ennuis avec les spécialistes de l’arbitraire. Dans la foulée pour me faire frissonner, il me raconte les débuts du confinement, quand ils allaient en forêt traquer les pauvres particuliers qui avaient le malheur d’essayer de préparer leur bois de chauffe.

Ensuite je lui présente ma trouvaille du moment : la roulette russe. J’ai remarqué que chaque mouvement s’imagine pouvoir tirer profit de la disruption, tout en croyant être le seul a y penser ! Personnellement mon expérience de la réalité me fait supposer qu’aucun d’entre eux n’en tirera bénéfice, un outsider arrivera et emportera le pactole. On peut juste espérer qu’il ne soit pas mal-intentionné.

 

Je poursuis en précisant que je suis plutôt optimiste et j’offre à V une rasade de version re-digérée d'un article d'Alain Damasio dans Lundi Matin sur le marquage positif de la pandémie.

 

R. M. : S'il ne fallait garder que l'essentiel, la population a vu que ce qu'on lui présente habituellement comme complètement impossible peut devenir parfaitement possible. C’est donc qu’une question de volonté pour enrayer le changement climatique.

V : Ou d’intérêt.. Sauf que je sais pas si tu es au courant, mais 7 milliards offerts pour Air France avec aucune contrepartie coercitive, juste une recommandation de diminuer les lignes si elles sont sur des trajets qui font concurrence à la SNCF. On fait 2 mois de faible pollution et à peine on voit la fin du confinement que leur seul souçi c’est de rattraper le retard ! Sans vouloir être pessimiste, je pense que les choses vont hélas revenir à la normale... Avec tous ces gens qui sont tellement pressés que tout redevienne comme avant.

R. M. : Oui je suis d’accord une bonne couche de déni va recouvrir cette expérience, croyant bien faire, on va associer quelque chose de positif, par exemple, on n’a jamais été aussi proches de ses voisins, on a réussi à s'organiser ensemble pour s’entraider... Et les contraintes qu'on a subies vont par magie être enregistrées comme... justifiées.

 

V: Et ça va permettre de passer de nouvelles lois liberticides, pas éloigné du concept de biopouvoir de Foucault, par exemple limiter le nombre de personnes autorisées aux manifestations...

R. M. : C’est certain le sillon est bien ancré et peut-être que la parenthèse sera vite refermée et qu’on retournera dans nos ornières avec juste encore plus de contrôle, de traçage, de violences policières, de terrorisme d’état. Cependant jamais il ne s'était produit une pareille sortie, une bifurcation en dehors des impératifs de production du capitalisme telle que celle-ci. Et la prochaine fois qu'une crise similaire se produira l'empreinte sera là, telle une plaie dans le verre, une cassure dans la paroi de nos bocaux de poissons rouges, prête à devenir une vraie porte de sortie vers l’océan du possible.

 

V : Je souhaite que tu aies raison, mais bon... on verra bien.

Il me demande de me pousser de devant le portail pour rentrer son véhicule.
Croyant qu’il allait rentrer, afin de me donner une contenance je sors mon beau combiné old fashion de téléphone portable. Mais il revient pour me dire encore une chose.

V : Je savais même pas que ça existait. Il est délire ton combiné, mais c’est pas un peu volumineux à se trimballer ?

R.M. : Si si, en général je le garde à la main quand je le prends.

V : Tiens dans les sales coups qu’ils nous réservent, tu savais qu’ils ont relevé le plafond des cartes bancaires et retiré de la circulation les plus petites pièces de centimes, ça m’étonnerait pas qu’ils interdisent les chèques bientôt. Ceux qui veulent travailler au noir devront se faire payer en troc.

R. M. : Bah c’est ce qui est machiavélique dans le soft power, le jour où on pourra payer juste avec son portable ou une puce sous la peau, ils n’auront même pas besoin de nous interdire quoi que ce soit, la pression sociale achèvera les plus réticents. Heureusement il reste les monnaies virtuelles le Bitcoin par exemple qui n’est pas tracé.

V : Oui, mais la monnaie que développe Zuckerberg et Gates, tu es sûr que justement ce n’est pas une monnaie traçable pour empêcher ce genre de transactions ? Quand elle sera devenue la norme ils interdiront le Bitcoin...

R. M. : …ou plus personne ne l’utilisera.

Enfin on s'est salué, sans contact aucun, d’une révérence, un peu désolés de cette distance contrainte et nous sommes repartis chacun de notre côté.

 

Ce qui me semble important dans une entrevue, c'est de permettre au propos de la personne interrogée d'émerger. Particulièrement en évitant que le point de vue du journaliste ne l'écrase.

Même si on peut s’approcher de cette subjectivité dans une version non expurgée, en réalité, la plupart du temps elle est biaisée par les questions, leur formulation et ce que le journaliste choisit de conserver dans la version finale. J'apprécie beaucoup mes camarades de Libres Commères, car j’ai l’impression que la plupart d’entre elles et d’entre eux sont des chercheurs, des expérimentateurs, des sceptiques qui refusent tant les certitudes, que les consensus. Et surtout ont assez d'empathie, de capacité d'écoute pour se mettre en retrait. Et aussi qui ont suffisamment de personnalité, pour ne pas avoir besoin de s’accrocher désespérément à un point de vue unique, comme si tout n’était pas relatif. Et encore, s'intéressent sincèrement à ce que l'autre peut apporter. Hélas comme dans l’essai d’Henri Miller « Lire aux cabinets » il faut croire que j'ai trop le cul engoncé dans mon siège d’ordinateur pour percevoir à quel point est stérile de creuser la conceptuelle, que le concret est là dans ce qu’a dit V. Si son exemple est probant, l'idéal est secondaire pour les adultes qui doivent assurer leur subsistance, actuellement la seule question qui compte, c'est :
- Va-t-on pouvoir continuer à travailler au noir ?
Et c'est extrêmement révélateur, car à l'autre extrémité du système, la principale préoccupation juste derrière comment profiter au mieux de la crise est sans doute :
- Va-t-on pouvoir continuer à pratiquer l'évasion fiscale ?

En fait, on ne peut rien construire de vrai sur une illusion. Tout ce qui est réel s'effondre, seul ce qui est fictif, les projections, les fantasmes, les storytellings ont leur place. Et c'est là où nous vivons, nous ne sommes que des monstres qui veulent avoir bonne conscience, des purs produits de la morale judéo-chrétienne. On ne veut pas se sauver, sauver les autres ou la planète, juste paraître, faire semblant de le faire comme prôner les énergies renouvelables au lieu de la décroissance, faire de la musique libre au lieu de l'expérimentation musicale, ou du journalisme indépendant au lieu de l'exploration psychonirique. On essaie de se persuader que c’est un premier pas alors que c’est la meilleure façon de se vautrer. Et de toute façon la planète serait déjà sauvée depuis longtemps si on avait commencé tout un chacune et chacun à se sauver. Merci d’avoir pris le temps de me lire jusqu’au bout. J’espère qu’un jour un peu de mon plaisir d’écrire librement éveillera ton désir de partager tes rêves et de créer un autre monde.


Cet article a été écrit par Robot Meyrat. Dole le 7 Mai 2020.
Article et illustration diffusés sous licence libre https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/deed.fr
L’illustration est la pochette de l’album Retour à l’Anormal de la 6ème République. https://archive.org/details/LA_SIXIEME_REPUBLIQUE_RETOUR_A_L_ANORMAL
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À propos de l'auteur(e) :

Robot Meyrat

Éternel débutant, Chercheur de singularités, Créateur de chimères, Expérimentateur d’inédits. Inscrit dès la naissance à l’école de la Vie. Il m’arrive d’être drôle à mon insu. Je suis mon chemin. Résister au courant principal jusqu’à la Mort et au-delà.


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