A la mémoire d’Aguigui Mouna

Publié le 08/02/2024 à 18:24 | Écrit par Christophe Martin | Temps de lecture : 01m44s

A ceux qui condamnent en bloc les réseaux sociaux, je recommande la page Histoire Populaire - Mémoire Sociale. Il y défile parfois d’excellents posts qui tirent de l’oubli de magnifiques souvenirs. J’ai ainsi récemment fait la connaissance d’Aguigui Mouna.

Entre le 1er octobre 1911 et le 8 mai 1999, vécut un clochard, philosophe et libertaire, pacifiste et écologiste avant tout le monde. Né à Meythet en Haute-Savoie, André Dupont, dit « Aguigui Mouna » ou simplement «Mouna», est descendu à Paris, après un crochet par la Côte d’Azur, pour y faire carrière de « dernier amuseur public de la capitale » et de « sage des temps modernes ». Il sillonnait les rues à vélo pour haranguer les foules et interpeler les consciences du Quartier Latin qui en avaient bien besoin et il a connu son heure de gloire en mai 68, même si les gauchistes ne l’appréciaient pas particulièrement : il était aussi poil à gratter et irrécupérable que les Situationnistes. On raconte qu’à la Mutualité, lors d’un meeting, il était assis à l’étage en jouant à faire monter et descendre un régime de bananes au bout d’une ficelle : « Le régime est bien bas », disait-il. Puis il a lâché la ficelle en criant : Le régime est tombé ! » sous une ovation générale. Le gonze était également en avance sur Bourdieu: « Les mass médias rendent les masses médiocres ». Au delà de ses interventions folkloriques et savoureuses, Mouna « donnait rendez-vous à ses amis dans un troquet rue Mouffetard pour des actions plus toniques (rassemblement pacifiste devant l'ambassade des États-Unis par exemple, avec "visite du commissariat " à la clé ). Mouna développait ses idées pacifistes, antimilitaristes et humanistes. Il tournait volontiers la politique de son temps en ridicule. Pierre Genève en a dressé un portait distrayant dans une sorte d’oraison funèbre bien sentie sur apophtegme.com . La fiche Wikipédia de Mouna regorge de ses facéties et même s’il ne faut pas en faire le plus grand philosophe militant de sa génération, il y a sans doute des idées à puiser chez ce doux dingue bien allumé, sorte de Diogène du XXème siècle. Il est notamment l’auteur d’aphorismes parfois croustillants parfois franchement mauvais et on aura l’occasion de reparler de sa devise dans les semaines à venir : « Les temps sont durs, vive le mou! ».

 

On peut le retrouver sur Là-bas si j’y suis.  

 

 




À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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