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Planter la paix

Publié le 28/03/2024 à 17:37 | Écrit par La Rédac' | Temps de lecture : 03m38s

L'association ADN a été fondée en 2013 par Lucien Converset à son retour d'un voyage à pied de Dampierre à Bethléem pour interpeller sur la Paix, avec un groupe de militants opposés à la fabrication et à la vente par la France des armes nucléaires. Son président actuel est Pierre Jacquin-Porretaz, entouré du bureau (André Boiral, Michel Cuche-Rousset, Claude Chevassu, M.T. Bailly-Béchet) et d'une cinquantaine d'adhérents et de sympathisants.

Le siège de l'Association est à Dampierre dans le Jura, mais elle travaille en liens constants avec des structures régionales et nationales, dont ICAN (Interdiction des Armes Nucléaires) dont elle est co-fondatrice, ainsi que le MAN (Mouvement pour une alternative non-violente)...

ADN organise des formations et des conférences sur la non-violence et le désarmement ; elle a ainsi fait venir à Dole Jean-Marie Muller, philosophe de la non-violence, Paul Quilès, ex-ministre de la Défense, René Brauman fondateur de Médecin sans frontières...

Elle manifeste pour que les banques cessent de financer l'armement, pour que se reconvertisse  le C.E.A. de VADUC  qui menace toute la région Bourgogne Franche-Comté par ses activités d'entretien des ogives nucléaires de toute la France, à quelques dizaines de Dijon. Une vigie rassemble chaque mois les militants à Dijon et à Molloy.

ADN propose aux communes de demander au Président de la République de signer le traité d'interdiction des armes nucléaires. À la date du 15 janvier 2024, 93 États ont signé et 70 ont ratifié le Traité des Nations unies sur l'interdiction des armes nucléaires (TIAN) : Dernière ratification réalisée le 15 janvier 2024 par Sao Tomé et Principe.

ADN propose aux communes de planter un ginkgo pour rendre vivante cette inquiétude que fait peser sur chaque citoyen la menace de l'arme nucléaire par un pays détenteur. Onze communes dont Besançon ont déjà planté un ginkgo anti-nucléaire dans leur territoire.

En janvier 2023, Godefroy de Saint Albin, le nouvel abbé d'Acey  dans le Nord Jura, qui a passé 10 ans de sa vie comme officier dans les fusiliers-commandos de marine, décide, en lien avec ADN, de planter un ginkgo biloba « pour le désarmement nucléaire » devant l'entrée de l'abbaye. La cérémonie se déroule devant près de 150 personnes. Il a fait graver sur la plaque au pied de l'arbre le message du responsable de Tibhirine, Christian  de Chergé :

« Désarme-moi, désarme-nous, désarme-les. »

Le 3 août 2023, Godefroy se tue lors de l'ascension de la Dent de Blanchère dans les Alpes fribourgeoises en Suisse.

Le message de paix déposé par Godefroy ne peut rester lettre morte : novembre 2023, c'est sur le promontoire de Géronde dominant le Rhône à Sierre, dans le Valais suisse, qu'est planté un nouveau ginkgo militant pour le désarmement, grâce à la volonté de la petite communauté cistercienne.

Et le 11 février, la Suisse s'implique à nouveau dans la résistance à la folie nucléaire au sein de vallon de Hauterive, près de Fribourg. 

Extrait du discours de Marc de Potuau, abbé de Hauterive.

« Souvenir  pour chacun qui passera par ici, de l’effroyable expérience d’Hiroshima, de la menace permanente et totalement irrationnelle que l’arme nucléaire continue de faire peser sur l’humanité qui aspire pourtant à la paix. Il n’est pas incongru en cet instant de donner tant de place à l’amitié. Avoir la bombe c’est déjà l’utiliser, c’est investir des moyens colossaux en vue de faire peur au lieu de bâtir la confiance. La bombe tue avant même d’avoir explosé : elle tue les relations diplomatiques, elle affame des peuples entiers qui tentent de l’obtenir, en Corée par exemple. Menacer l’autre m’empêchera toujours de le rencontrer pour construire avec lui la paix. » 

Cette plantation en Suisse a certes moins de portée politique qu’en France où sur ce point aussi, on reste sourds aux appels insistants du pape François. Elle garde cependant toute son importance car si la confédération helvétique, fidèle à sa vocation de promotion de paix, s’est engagée dans le traité de non-prolifération de l’arme nucléaire, elle peine à le faire aussi pour le traité d’interdiction. Nous savons aussi que partout, en tout temps, la vigilance est urgente et nécessaire. Et d’abord en nous-mêmes, car le fratricide couve partout où la fraternité n’est pas cultivée activement, consciemment et résolument. 

En France comme en Suisse, l'association ADN est plus que jamais résolue à faire entendre une autre voix que celle du réarmement, qui ne sert que les intérêts des marchands d'armes et tue impunément en Ukraine, à Gaza, au Soudan et en tant d'autres points de la terre. Ce dont nous avons besoin, c'est de négociateurs, de porteurs d'autorité pacificatrice, de politiques faisant passer la force morale et le droit avant les intérêts mortifères des fabricants d'avions militaires et d'armes assassines.

Le ginkgo, qui a survécu à la bombe d'Hiroshima, rappelle avec la patience et la longévité d'un des plus beaux arbres de la planète, qu'il nous appartient de « planter la paix ».

Antoinette Gillet




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