Politique

Bourgeoisie, faux-culerie et conséquences

Publié le 30 mars 2025 à 07:30 | Écrit par
Un radis noir
| Temps de lecture : 05m51s

Voici quelques réflexions autour d'éléments de l'actualité récente, énièmes variations de problèmes chroniques de notre monde.

Affaire Bétharram. Encore une affaire de violences physiques et sexuelles sur mineurs dans une institution catholique. Et derrière, l'affaire Bayrou. Il savait. Il a menti. Il n'a rien dit, rien fait, sinon apporter son soutien à… Bétharram ! Encore une affaire de notable de province qui couvre ses proches tout en faisant de grands discours sur le respect de l'ordre, de l'autorité, de la loi… (Toute ressemblance avec des acteurs locaux…)

De nombreuses révélations ont été faites ces derniers jours par Médiapart, figure de proue de la presse irresponsable – celle qui préfère faire son travail d'enquête et d'information du public plutôt que servir la soupe aux pouvoirs établis. Et encore un scandale éclaboussant le gouvernement traité sans aucun empressement par les médias bourgeois, pourtant toujours prompts à mettre à la une la moindre polémique sur un mot de LFI décrété scandaleux ou sur la tenue vestimentaire d'un(e) arabe.

Bétharram qui nous offre une fois de plus le spectacle saisissant de la droite catho qui affiche sa pudibonderie et sa soi-disant supériorité civilisationnelle et qui cache et nie jusqu'au bout ses affaires de mœurs bien glauques. On n'attend évidemment pas grand chose du clergé catholique et de ses politicards affidés, mais au XXIème siècle, il serait peut-être temps de se détendre du point de vue de ses tabous (célibats des prêtres, homophobie, etc.) pour faire tomber les murs derrière lesquels se planquent tant de délinquants sexuels. Même le pape François avait déclaré il y a deux ans que “l'homosexualité n'est pas un crime” : on sait que les cathos intégristes le trouvent trop à gauche, mais à un moment donné, il faudrait peut-être penser à devenir moins cons. À bon entendeur (local), salut…

Autre “affaire” : la non-censure du gouvernement. Malgré les casseroles et les mensonges de Bayrou, et surtout malgré son budget de turbo-droite, le PS a choisi de sauver les fesses de Fanfan-la-truffe. Le PS a-t-il obtenu le retrait de la dernière “déforme” des retraites ? Non, mais ils ont obtenu plein d'autres trucs askip. Et surtout, ils ont fait preuve de res-pon-sa-bi-li-té. Déjà qu'avec la censure précédente, on a failli perdre les cartes Vitale, les pensions de retraites et les indemnités chômage (selon Élisabeth Borne, “une très bonne technicienne”, “formée au plus haut niveau des services de l'État”, “une personne fiable, correcte” comme le disait il y a peu une célébrité politique locale).

Ah, le PS… Après n'avoir voté aucune des censures sur le budget au nom de la famosa “responsabilité”, ils en ont déposé une autre de leur cru pour dénoncer ce gouvernement qui cède “aux passions tristes de l'extrême droite” (c'est beau !), une motion qui n'avait évidement aucune chance de passer, une motion pour de rire, donc sérieuse et responsable selon la bourgeoisie, puisqu'elle ne servait qu'à prolonger la funeste farce de l'impuissance politique, par et pour les institutions bourgeoises. Le même PS qui avait refusé de voter pour la procédure de destitution initiée par LFI en septembre parce qu'elle était “vouée à l'échec”. Le PS souffre d'un gros déficit de crédibilité dans une bonne partie de la gauche. Allez comprendre pourquoi…

Bref, les actualités se suivent et se ressemblent, les scandales et les trahisons sont devenues routinières. Jusqu'à ce que Trump reprenne la Maison blanche et y installe un régime dont même les commentateurs plus frileux commencent à lui trouver comme un air fascistoïde. Mais se pourrait-il qu'il y ait un lien de cause à effet ?

Déjà, quel lien entre Bétharram, Bayrou, le PS et les médias bourgeois ? La défense des “zinstitutions”. Les “zinstitutions”, c'est un totem, quelque chose d'abstrait, d'“intangible” et de “sacré” (au contraire de ce que pense Retailleau de l'État de droit). Les “zinstitutions”, ça ne doit pas bouger, ça doit être stable.

On notera que toutes les institutions ne sont pas des “zinstitutions” : la Sécurité sociale telle que la classe ouvrière l'a construite après guerre, par exemple, on peut la foutre en l'air. On doit la foutre en l'air, même ! Comme l'écrivait en octobre 2007 Denis Kessler, ponte du Medef : “Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement [de Sarkozy] s'y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale, et de portées diverses  : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… À y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance.

Les institutions, c'est comme les chasseurs : il y a les mauvais et les bons ; mais la distinction entre les deux est plus claire pour la bourgeoisie. Les mauvaises institutions, ce sont celles qui entravent la soif de toute-puissance capitaliste : protection sociale, droits des plus faibles, État de droit, démocratie, etc. Les bonnes “zinstitutions”, sont au contraire celles que la bourgeoisie considère comme importantes à la perpétuation et à l'accentuation de sa domination sur la société.

Bayrou et la droite catho défendent les “zinstitutions” catholiques, car ils considèrent notamment qu'elles facilitent le dressage de la population à la soumission (on en profite pour saluer l'extrême-droite islamophobe qui répète à l'envi la signification du mot “islam”) : où l'on retrouve les mantras de droite sur l'autorité, l'ordre, etc.

Le PS défend les “zinstitutions” de la Vème République (régime (semi)présidentiel, système représentatif…) parce qu'un certain nombre de ses barons en vivent grassement, surtout lorsqu'ils ont réussi à se construire un fief (comme Delga, Hidalgo, etc.). Remettre en cause la Cinquième pour une République plus démocratique constitue donc un risque pour leurs intérêts.

Les médias bourgeois tirent à boulets rouges sur la gauche radicale, ne critiquent pas trop le pouvoir (voire le lèche carrément), ne donnent pratiquement jamais la parole au bas peuple, et font de la propagande néolibérale, parce que leurs vedettes, cadres et dirigeants tirent du système actuel des bénéfices symboliques (starisation, quasi-monopole sur la parole publique) et matériels (les vedettes de la télé peuvent avoir des salaires mensuels à cinq chiffres), sans parler de l'entre-soi et de l'endogamie du monde politico-médiatique (voir les couples célèbres : Salamé/Glucksman, Cabana/Blanquer, Ockrent/Kouchner, etc.). 

La bourgeoisie tient à ses “zinstitutions” garantes de ses privilèges. Elle les défend. Mais évidemment, elle ne l'assume pas du tout. Alors elle fait semblant. Elle joue la comédie.

Mais à force de ne défendre que la stabilité des “zinstitutions” au détriment de l'intérêt général de la population (la protection des enfants, la défense des droits et revendications des travailleurs, une information de qualité, la démocratie, les intérêts des français, etc.) et de se foutre de la gueule du peuple, les zélateurs des “zinstitutions” se discréditent et se rendent odieux aux yeux des citoyennes et citoyens ordinaires.

Et au bout d'un moment, les gesticulations hypocrites des pitres ne fonctionnent plus, la routine déraille, une masse critique bascule – entre ceux qui ne veulent plus jouer le jeu de dupes et ceux qui se tournent vers n'importe quoi pourvu que ça soulage leur frustration, leur ressentiment, leur haine d'un système qui les traite ouvertement comme de la merde. Et alors : Trump, Musk, et tous leurs avatars fascistoïdes à travers le monde.

Honnis soient la bourgeoisie et ses faux-culs irresponsables et inconséquents. À bas le capitalisme et sa version hardcore fasciste. Vive la démocratie !



À propos de l'auteur(e) :

Un radis noir

Être radical, ce n’est pas être extrémiste ni fanatique : c’est s’intéresser à la racine des choses… À la racine des mots, pour pouvoir aiguiser les idées et les concepts… À la racine des maux, pour pouvoir espérer y remédier.

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