Politique Économie

L’impérialisme, stade suprême du capitalisme

Publié le 24 févr. 2026 à 12:01 | Écrit par
Stéphane Haslé
| Temps de lecture : 05m03s

Il est des livres, et des auteurs, dont on nous dit qu’ils n’ont plus rien à nous apprendre, parce qu’ils ont été condamnés par l’Histoire. Ceux qui disent cela, en général, ne comprennent rien à l’Histoire, ils travaillent dans les médias et ne connaissent du temps que le présent auquel ils sont tellement collés qu’il est leur seul et unique maître. Louis leur conseille de lire un ouvrage qui fut célèbre naguère, d’un auteur qui fut, lui aussi, célèbre (et célébré !) : L’impérialisme, stade suprême du capitalisme du camarade Lénine. Celui-ci écrivit cet ouvrage en 1916, exilé à Zurich, au cœur de la Première Guerre mondiale. En voici un passage : « L'impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s'est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l'exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s'est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes. » Qui, aujourd’hui, pourrait mieux synthétiser notre époque ?

L’actualité médiatique est “trumpomaniaque”. Elle nous assène quotidiennement, sur fond d’angoisse, que la politique menée par les États-Unis serait sans précédent, une rupture absolue dans l’ordre du monde. Louis pense que c’est faux. L’ordre du monde, depuis deux siècles, est l’ordre du capitalisme et c’est toujours son expansion qui détermine le destin humain. La phrase de Lénine vaut en 2026 exactement comme elle valait en 1916. Qui ne voit la marche des empires chinois, russe et américain ? Qui doute encore que les interventions américaines (annoncées ou effectives) au Vénézuéla, en Iran ou au Groenland, voire au Canada, ne sont et ne seraient conduites que pour assurer aux trusts américains les matières premières qu’ils réclament pour développer leurs profits économiques et commerciaux ? Ce qui évolue quelque peu, c’est la localisation de la domination, mais nullement sa nature. 

Quelle est sa nature ? Soumettre toutes les populations à un seul et unique mode de production des richesses, assurer l’hégémonie d’une minorité sur l’immense majorité et écraser toute velléité de sortir de ce modèle suffocant. Ce que fait Trump, c’est qu’il veut également soumettre à son imperium ceux qui, jusque-là, partageaient – a minima - avec lui l’exploitation de la Terre et de ses habitants. Nous distinguions deux manières, pour le capitalisme, d’imposer sa logique : 1) Par la négociation, la diplomatie, par exemple en signant des traités type Mercosur ou en organisant des alliances comme l’Union Européenne. Ne jamais oublier que ces organisations sont et restent au service du Capital. 2) Par la violence et la puissance militaire, à la façon de Trump ou de Poutine, en soumettant les rivaux ou en écartant les obstacles par la force et la menace. Depuis Montesquieu, nous pouvions croire que le « doux commerce » allait supplanter la guerre pour assurer la production des biens nécessaires à la vie des êtres humains. L’auteur de L’Esprit des lois postulait que le commerce entre les pays permettrait à toutes les parties contractantes dans les échanges internationaux de satisfaire les besoins des peuples sans passer par la violence, le rapt et le pillage des biens utiles à tous. 

Le capitalisme trumpien n’a que faire de la douceur et si cette dernière est moins efficace que la violence, il faut la laisser tomber. L’erreur serait de croire qu’il s’agit là d’un nouveau visage du capitalisme. Ce visage n’est nouveau que pour les classes dirigeantes et les fameuses élites, c’est-à-dire l’ensemble de ceux qui ont accédé au pouvoir et qui en jouissent dans le monde néolibéral.

Pour les autres, rien ne change, ils subissent toujours la loi des plus forts, l’exploitation de leur travail et le développement des injustices générées par la volonté d’enrichissement effrénée d’une classe bourgeoise sans limites. Dans les médias d’avant la crise provoquée par Trump, la situation des dominés n’est quasiment jamais dénoncée, jamais sérieusement dénoncée, il semble aller de soi qu’il ne peut en être autrement, que le système capitaliste génère certes des inégalités abyssales, mais qu’il reste le moins mauvais des systèmes possibles, puisqu’il permet tout de même l’amélioration des conditions de vie de tous sur la planète. En 2024, les Nations-Unies considéraient que l’on était dans l’extrême pauvreté avec un revenu inférieur à 2,15 dollars environ par jour, ce qui était le cas de 700 millions de personnes. Or, elles étaient deux milliards 10 ans auparavant, d’où un constat : la pauvreté recule (à trois dollars par jour, c’est le jackpot ?). Partant de tels chiffres et de telles conclusions, il est impossible de comprendre pourquoi l’on voudrait détruire un tel Eldorado ! Dès lors, les radars médiatiques ne sauraient alerter l’opinion sur la profonde misère sociale provoquée par le capitalisme, sauf aux marges, et les discours sur le mode du tout-n’est-pas-parfait-mais-demain-sera-mieux-qu’aujourd’hui-à-condition-de-ne-rien-changer (qui reconnaissez-vous ici ?) continuent d’être le refrain entonné chaque jour par la plupart des journalistes, lesquels s’accommodent fort bien des dégâts causés par ce système, d’abord parce qu’ils ne les voient pas et, secondairement, parce qu’ils pensent en profiter (de moins en moins cependant).

En revanche, les agressions (verbales, mais pas seulement) de Trump envers des États et des groupes non américains, sont exacerbées par les médias qui les présentent comme une mise en danger des équilibres mondiaux. Traduisons : par la mise en danger des modes d’acquisition de la classe dominante et de ses représentants non états-uniens, en Europe en particulier. Quant aux agressions quotidiennes et validées par les lois du capitalisme depuis deux siècles à l’endroit de l’immense majorité des hommes et femmes des classes dominées, que valent-elles donc ? Qui les nomme et les dénonce ? Qui appelle à leur suppression, à leur dépassement ? Quasiment personne depuis Lénine !

Louis estime que Trump a le mérite (est-ce le bon terme ?) de rappeler l’évidence : le capitalisme n’est au service d’aucune morale humaniste ni d’aucune politique d’émancipation. Si un ennemi se dresse et ralentit ses processus d’enrichissement, tous les moyens sont bons pour l’éliminer, la négation du droit en première étape, puis la guerre, comme Lénine l’avait bien compris dès 1916. 

La traduction du titre de Lénine est toutefois discutable. Une édition, en français, était sortie, autour de 1920, sous le titre : L’impérialisme, dernière étape du capitalisme. Optimisme dépassé ? se demande Louis.



À propos de l'auteur(e) :

Stéphane Haslé

Convaincu que l’universalisme est une particularité nationale, je me considère comme un citoyen français du monde (intellectuel), définition possible du philosophe. Agressé chaque jour par les broyeurs à idées qui nous environnent, je pense que la résistance, même désespérée, ne doit pas être désespérante.

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