"Je gagnais bien ma vie, je n'avais aucun intérêt à partir, mais rester n'était plus cohérent avec moi-même". A rebours des autres pilotes pour lesquels l'impact carbone de leur industrie n'est absolument pas un sujet de conversation, Anthony Viaux se dit éco-anxieux. Peu nombreux étaient ceux qui ont réagi à l'annonce de son départ, et dans ce cas, c'était pour justifier le fait que, eux, ils restaient : "ça sert à rien, tu seras remplacé par un autre" ou encore, "je ne pourrais pas faire comme toi, j'ai des crédits bancaires à rembourser". Le pilote repenti est venu faire une tournée dans la région à l'invitation de "Serre Vivante" ( http://serre.vivante.free.fr/ ) et, pour Dole, avec l'appui de l'union écologique et sociale (unionecologiqueetsociale@etik.com). Il a écrit son témoignage (https://editionsdelaube.fr/auteurs/anthony-viaux/) et les bénéfices de cet ouvrage sont reversés à une association.
Après le témoignage personnel, l'argumentation de sa position. Anthony Viaux ne veut pas supprimer l'aviation, mais il rappelle que beaucoup de trajets sont superflus et contribuent inutilement au réchauffement climatique. Il ne plaide pas pour un retour au voyage à cheval comme certains enfants gâtés pourraient le caricaturer, mais pour revenir au niveau de trafic aérien d'il y a 15 ans.
Il faudrait considérer que partir en vacances n'est pas forcément partir loin, que partir loin, ce n'est pas forcément en avion, et que prendre l'avion ça ne devrait être que pour des séjours longs et pas seulement des week-ends. Ça remet en cause certaines habitudes et surtout le mode de vie de quelques privilégiés qui volent en jet privé.
Il faudrait aussi que les alternatives soient favorisés ou au moins pas pénalisées : mettre fin à l'absence de taxation du carburant pour avions (c'est combien de taxes sur le gasoil routier déjà ?), aux subventions indues des collectivités etc.
De cet argumentaire chiffré et sourcé, le plus intéressant est que, pour beaucoup, les sources sont les publications des lobbies de l'aviation eux-mêmes, qui ne manquent donc pas de contradictions.
Les trajectoires de décarbonation de l'aviation en particulier. Que ce soit le SAF, carburants végétaux (dans les faits : huiles de fritures asiatiques qui viennent se faire transformer en Europe) ou synthétiques (par des procédés chimiques complexes et énergivores), il coûte 2 à 5 fois plus cher que le kérosène fossile. La production mondiale de SAF représentait 0,5% de la consommation de carburant d'aviation en 2024. Et l'augmentation de la production ne couvrirait même pas l'augmentation prévue du trafic aérien...
L'association des compagnies aériennes européennes l'annonçait il y a un an : "il n'y aura pas assez de SAF d'ici 2030 pour en incorporer 6% dans le kérosène comme cela devrait être le cas" (2% actuellement). Le patron de Ryanair se réjouissait il y a quelques semaines seulement : "Il faudra qu'ils repoussent l'échéance."
Le secteur de l'aviation n'a ni l'envie, ni les moyens techniques de réduire l'impact climatique. C'est pourtant ce qu'il met en avant pour ne surtout pas entraver sa croissance.
Ceux qui continuent de prétendre que la technologie va décarboner l'aviation sont soit des ignares, soit des menteurs.
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À propos de l'auteur(e) :
Nicolas Gomet
Elu municipal de Dole et communautaire du Grand Dole (?)