Économie Politique

Vive la république !

Publié le 20 avr. 2026 à 10:12 | Écrit par
Jean-Luc Becquaert
| Temps de lecture : 03m43s

L’Occitanie, que dis-je, la France entière respire. Airbus restera à Toulouse.

La crainte était grande de voir ce fleuron de l’industrie nationale fuir nos contrées pour se réfugier à Hambourg, dans cette terre germanique où l’on ne rigole pas avec la tradition patronale. 

Les faits : au premier tour de l’élection municipale de ce mois de mars 2026, un candidat menant une liste de La France Insoumise arrive en tête de la gauche avec 27,56 % des voix devant la liste du Parti Socialiste (24,99 %). Bien sûr le maire sortant, arborant bien haut sa crête du parti Les Républicains, est loin devant avec 37,23 % des voix, mais cela en cas de report donne théoriquement les clés de la ville à une éventuelle fusion LFI / PS.

Dès lors la panique s’empare des plateaux de télévision, la troisième ville de France aux mains de l’ultra gauche !!! Ension et dame de fer, le pays est sur le point de sombrer dans le chaos anarcho-communo-trotsko-mao-islamo-melenchoniste. Très vite la meute des chiens (et chiennes héhé) de garde reprend du poil de la bête, tous s’accordent sur le fait que les ennemis du premiers tours ne fusionneront jamais au second. Las, dès potron minet le lendemain, les deux frères ennemis annoncent qu’ils feront liste commune pour entrer au Capitole. Pour les béotiens du nord-est, il est bon de rappeler que le Capitole est pour partie la mairie de Toulouse, et pour moitié l’opéra de la ville, son nom vient des Capitouls qui dès le Moyen-Age obtinrent le privilège de gérer librement Toulouse pour la prospérité du commerce du pastel et des draperies de luxe.

Les grands patrons toulousains, fidèles à la tradition du commerce dominateur, et les chroniqueurs de l’audiovisuel français, fidèles quant à eux aux mains qui les nourrissent, se mettent en toute hâte à fourbir leurs armes pour le dimanche suivant. De fausses publicités du genre « Dimanche prochain je vote LFI et je garde le haut » asséné par une dame cachée par un chador se multiplient sur les réseaux sociaux ; les menaces de mort fusent sur les candidats “scélérats“ lors de la cérémonie annuelle d’hommages aux victimes de la tuerie de l’école Ozar Hatorah ; la rumeur qu’Airbus a déjà son plan de déménagement en cas de défaite de la droite municipale se répand dans la ville. Il s’avère finalement que les fausses publicités font l’objet d’une enquête des services de renseignements français qui soupçonnent des officines barbouzes liées au gouvernement israélien ; que les perturbateurs de cérémonie sont liés de près au maire sortant lui-même très lié au patronat local ; et que la rumeur bénéficie avec beaucoup de complaisance des pages de la Dépêche du Midi qui n’en peut plus de pourfendre les ennemis de la France dans la droite(!) ligne d’un de ses anciens administrateurs généraux, René Bousquet.

Le succès espéré sera au rendez-vous, trente mille toulousains horrifiés sursautent et apportent à la droite les voix qui manquaient au premier tour. Le soupir de soulagement s’est, parait-il, entendu jusqu’en Australie.

Dès lors, que faire de ce moment historique le plus important depuis la prise de la ville par Alphonse II d’Aragon et la croisade contre les Albigeois en 1181 ? 

Pour moi, deux pistes de réflexion s’ouvrent. La première, le MEDEF, à l’origine de la rumeur a des dirigeants aussi puissants que ridicules (évidemment on ne déménage pas sur un coup d’humeur un complexe de 68000 salariés implanté sur 200 hectares de bureaux, hangars, laboratoires, chaines de montage et pistes d’atterrissage). Mais quand on songe qu’en 1981 (exactement 800 ans après Alphonse… je ne crois pas aux coïncidences), le CNPF (les papis des jeunes chacals du MEDEF) avait prédit l’entrée des chars russes sur les Champs  Élysées en cas de victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle, on cesse de réfléchir et on passe à la deuxième piste.

Celle-ci est plus sérieuse. On doutait fortement depuis longtemps du caractère démocratique de l’élection des dirigeants politiques, on a maintenant la preuve que c’est un processus pleinement droitard. Qu’est-ce que l’élection en fait ? Une compétition pour atteindre un pouvoir de plus en plus absolu et impossible à remettre en cause pendant un nombre d’années fixé à l’avance. Dans « compétition » et « pouvoir » on peut chercher longtemps les valeurs de la gauche populaire et humaniste. Ajoutons que pour gagner, il faut tricher, mentir et manipuler en toute impunité. 

Nous ne serons pas naïfs car il n’est en rien étonnant qu’un système politique imposteur serve à protéger un système économique qui est lui-même une imposture (voir les cancoillotte papers dans nos numéros précédents). 

Et à nouveau est-ce une coïncidence, ces deux systèmes se qualifient de « libéral »…

De notre correspondant permanent à Moissac-Occitanie, Jean-Luc Becquaert.



À propos de l'auteur(e) :

Jean-Luc Becquaert

Né dans une famille aimante et néanmoins de droite, j'étais destiné à une (brillante) carrière de DRH ou de responsable qualité dans la grande distribution. Ma rencontre à 18 ans avec l’éducation populaire dans une cave du XVIIIème (siècle) transformée en théâtre m’a définitivement détourné du libéralisme. Aujourd’hui, mon seul point commun avec Jacques Chirac, c’est le goût de la bière et de la tête de veau.

Anarchiste touche à tout et promeneur solidaire.
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