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Mode sombre

Bon, je suis vivant, pas hospitalisé et en pleine possession de mes facultés intellectuelles. Je me suis baigné dans la Loue hier et la nuit a été calme sans fièvre ni boutons. On a pu ravoir mon short de bain à la machine : les algues qui s’y étaient incrustées n’ont pas résisté à un petit programme à 40°. Tout va bien.

A Parcey, le niveau de la Loue a très sérieusement baissé. On peut toujours nager. Des canoës descendent encore le cours mais l’eau est assez trouble : outre les particules habituelles, il y flotte et dérive des milliers de lambeaux d’algues comme celles qui ont fini par s’accrocher à mon short. Pour être tout à fait juste, j’y ai aussi vu des centaines d’alevins frétillants.

Le 26 juillet dernier, je n’ai sans doute pas été le seul internaute à visionner les 8 petites minutes d’un sujet de Plan B, relayé par le Monde. Un mois auparavant, un long article plus documenté encore a été relayé Le blog de la Loue et des rivières comtoises. Il s’appuie sur une longue étude scientifique qui partage les responsabilités pour ce qui est de l’état médiocre et inquiétant de nos rivières comtoises. Mais la production de comté est en cause, ou plus exactement la tentation de la surproduction de cet or blond. Pour l’aspect vraiment technique, je vous renvoie au blog. 

Pour la partie agricole, je vous la fais courte. Plus on veut produire de fromage, plus il faut de lait, plus il faut de pis, plus il faut de montbéliardes, plus il faut de pâturages, et pour encourager l’herbe à pousser, il ne suffit pas de lui chanter des chansons douces : un petit coup de pouce, d’engrais et de pesticides, ça aide à accélérer le bizness, et parce que le sol comtois est très perméable, une partie du bouzin (ce sont des vaches !) finit par rejoindre les rivières.

Au final, des substances chimiques tuent les poissons et les insectes quand les engrais font pousser les algues qui prolifèrent et le rapport des scientifiques est formel : les excès d’azote qui contaminent la Loue ont des origines principalement agricoles.

Pas question pour autant de pointer du doigt les éleveurs et la filière comté qui sont assujettis à un cahier des charges qui vient d’être à nouveau fixé en juin. Pas question non plus d’arrêter de manger du comté. Mais il va falloir que tout le monde s’y mette. Pas à consommer du comté : on en mange bien assez comme ça pour nos artères qui se bouchent. Mais comme toujours dans notre société de surconsommation et de profit, la tentation est grande de produire plus pour toucher d’autres marchés et engranger le pognon. 

L’apéricube de chez Bel se vend à prix d’or au Japon et les producteurs de comté aimeraient bien viser la Chine. Mais après un développement déjà très significatif au cours des dernières années, le comté a-t-il besoin d’autres débouchés à l’étranger? Dans une logique capitaliste, sans doute… mais on ferait bien de se rappeler le sale coup que les Chinois nous ont déjà joué avec le concentré de tomate italien… et avec toute notre technologie d’ailleurs. Ils disent ok pour des importations ou des implantations d’usines mais à condition qu’on leur refile la recette du produit avec. Résultat : on consomme sans le savoir du concentré de mauvaise qualité qui vient de Chine alors qu’au départ, les Chinois ne mangent même pas de tomates. On peut leur faire confiance pour nous rejouer la même arnaque, d’autant qu’il ne faudra pas compter sur la Commission européenne pour faire du protectionnisme en notre faveur.

Sur le plan économique, le comté se porte bien : les Français, mais aussi pas mal d’étrangers, raffolent de ce fromage, encore faut-il en conserver la qualité qu’il doit notamment au temps d’affinage et ne pas l’acheter en grandes surfaces. Quand j’étais môme, j’adorais l’édam (sans jeu de mots ! On peut être sérieux deux minutes, merde !) : mes parents m’avaient emmener au Pays-Bas et je l’avais vu se vendre sur les marchés traditionnels. Aujourd’hui, chez Carroufe, il vient de Tunisie sous cellophane. A qui profite le crime ?

Au niveau écologique, la situation n’est semble-t-il pas encore irréversible. Comme j’ai pu ravoir mon short, on peut récupérer la Loue et on y a particulièrement intérêt, pas seulement parce que ma peau préfère encore l’azote de la rivière au chlore de la piscine. Mais si on laisse parler les gros sous…

Christophe Martin

Dernière minute: la baignade est actuellement  (nous sommes le 6 août) interdite au pont de Parcey.


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À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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