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Mode sombre

Quand on dit vérifier ses sources, qu’est-ce qu’il faut faire? Chercher la petite bête dans le curriculum de l’auteur, forcément la trouver, répandre le bug sur une prise de position qui nous parait juste et justifiée, pour enfin tout mettre à la poubelle avec l’eau du bain et l’argent du beurre sans garder le bébé de la crémière. Bref décrédibiliser l’adversaire sans finalement réfuter ce qu’il dit à l’instant T.

Le Tronche en Biais se fait fort de repérer les usurpateurs et c’est très louable de la part d’Acermendax qui, avec ses comparses, fait un superbe boulot sur le net en popularisant la zététique, sorte « d’hygiène préventive du jugement ». C’est ce qu’on appelle par chez moi l’épistémologie (contraire d’idéologie et recherche sur les conditions d’émergence des idées) et par ailleurs la pensée critique ou l’esprit critique. 

Ces derniers temps, la Tronche en Biais s’acharne sur Jean-Dominique Michel et sur Didier Raoult. Au second, on reproche, dans un excellent article, des faiblesses épistémologiques de taille. Je décommande l’article aux non-initiés mais il est passionnant. Je n’adore pas Raoult mais je ne prends pas non plus prétexte de cette faille intellectuelle pour ne plus l’écouter du tout. Je fricote suffisamment avec les sciences humaines pour savoir qu’on ne fait jamais que des hypothèses qu’on cherche ensuite à valider. C’est déjà pas facile, alors chercher systématiquement à falsifier sa propre théorie, ça relève souvent du voeu pieu. Raoult est donc faillible mais en tant que médecin, je l’écoute. Je rappelle qu’un médecin soigne, qu’un épidémiologiste étudie les maladies infectieuses dans les populations humaines, leur fréquence, leur évolution dans le temps et dans l’espace, ainsi que les facteurs influant sur la santé et qu’un virologue est un spécialiste des agents infectieux qui nécessite un hôte pour se répliquer. Ce sont trois métiers différents mais ces temps-ci, c’est pas mal d’être un peu (et même beaucoup) les trois. Comme tous les soignants, Raoult tâtonne un peu ces jours-ci mais ses résultats ne sont pas si mauvais que ça, me semble-t-il. Il ne faut pas que Raoult en tire gloriole, ce serait déplacé, mais on constate que sa méthode pas toujours très orthodoxe certes fonctionne plutôt moins mal que ce qui s’est fait ailleurs. On était tout de même en période d’épidémie. Y avait urgence. Naturellement, ça attise les jalousies car il y a des amours-propres et des intérêts plus sales sous ces blouses blanches. Et quand il y a le feu au lac de Big Pharma, les chiens de garde du système font feu de tout bois pour éteindre l’incendie en allumant les trouble-faits. La Tronche en Biais se trouve aujourd’hui du côté de la meute mais je ne condamne pas pour autant toutes leurs émissions et je continuerai à lire et écouter ce que l’équipe me propose (enfin quand j’ai le temps car leurs dossiers sont épais…), y compris sur le Covid-19.

Pour Jean-Dominique Michel, Acermendax (alias Thomas C. Durand) a attaqué sur le flanc académique (notez le c à flanc) en reprochant à l’anthropologue suisse de ne pas pouvoir produire un CV avec des références universitaires suffisantes et des publications dans des revues prestigieuses. Je connais quelques zététiciens qui n’ont pas de diplômes en la matière à agiter sous notre nez qui font pourtant un travail de débunkage (démystification) souvent intéressant. Ce qui est le cas d’Acermendax à qui Philippe Vergnes consacre un excellent article.

Ce matin même, je découvre un post d’Aurélien Benoist sur son mur FB. Il se trouve qu’Aurélien Benoist est un zététicien amateur éclairé dont je prends toujours connaissance des communications à caractère scientifique. Il est principalement artiste mais ce n’est pas pour autant que je balaie ses avis d’un revers de main et ce matin donc, je lis ceci : « Vous voulez pas arrêter de partager les frasques du "professeur Perronne". Le mec a eu le temps d'écrire un livre pendant le pic d'hospitalisation, alors même que le reste des professionnels de santé étaient sur le pied de guerre. Il s'est fait allumer pendant la crise sur son préprint qualifié de « cas d'école pour savoir ce qu'il ne faut pas faire ». Y a pas un truc qui cloche pour vous? J'ajoute que ce personnage était connu avant ses interventions inutiles car il affirme que l'explosion de la maladie de Lyme, cachée par « l'armée américaine et les scientifiques sous sa coupe », est due à une prolifération mal contrôlée de tiques trafiquées par le chercheur en virologie nazi Erich Traub  réfugié aux États-Unis. J'ajoute que même son idole Didier Raoult en parle sous ces termes « confrère qui a pris une position de leader du Lyme, sans bagage scientifique spécifique dans ce domaine, autre que ses croyances et le support de ses disciples». Y a aussi ses études sur retiré pour des anomalies majeures et dont il n'a pas apporté de réponse correcte. » J’en prends acte mais je n’aurai pas le temps d’aller vérifier tout ce qui est avancé dans ce post. Je fais donc ici confiance à Aurélien Benoist qui est généralement bien informé. Cependant je lui ferai remarquer que Christian Perronne a peut-être écrit rapidement son essai polémique parce qu’il avait déjà de la matière sous le coude et que l’expression « pied de guerre » me rappelle le vocabulaire présidentiel. J’observe aussi un point Godwin disqualifiant et une référence très futée à Raoult qui n’épargne décidément personne. Bref Aurélien Benoist sait lui aussi tailler un short. 

Reste que le point de vue de Christian Perronne continuera à m’intéresser. Je m’en méfierai toutefois davantage ces jours-ci, pas par ce que je viens d’apprendre, mais parce qu’il continue à aller dans un sens qui me va comme un gant : quand on critique le système, je bois du petit lait. C’est ce qu’en pensée critique, on appelle le biais de confirmation qui est la tendance à ne prendre en considération que ce qui nous arrange et a contrario à discréditer sans discernement ce qui nous dérange. Ce que vient de me révéler (sous réserve de vérification mais je ferai confiance à l’auteur pour le coup) Aurélien Benoist ne m’arrange pas mais j’en prends note.

Cela dit, un peu de polémique et de controverse, ça ne fait jamais de mal. La prochaine fois tout de même, on tâchera d’attaquer sur des points précis et non sur le passé et les à côtés des locuteurs. Pour l’heure, on peut continuer à exercer son esprit critique en se documentant sur ses sources mais aussi en s’attachant à la cohérence des arguments, au recoupage des informations et à la vérification des données scientifiques et statistiques. C’est un gros boulot mais c’est à ce prix-là seulement qu’on peut tout de même continuer à dire quelque chose. Pas la peine non plus d’avoir bac + 10 pour ne pas être dupe.


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À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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