Écologie

Chauffe, ris, bois, trinque (champagne!)

Publié le 30/08/2022 à 20:10 | Écrit par La Rédac' | Temps de lecture : 02m34s

Cet article a été publié dans la version papier début juillet.

Une chaufferie supplémentaire utilisant des déchets de bois va être construite aux Mesnils-Pasteur pour alimenter le réseau de chaleur de la ville. Il faut rappeler que la chaufferie « biomasse » actuelle de 44 MW qui permet de chauffer les hôpitaux (principaux clients), la plupart des logements sociaux (Grand Dole Habitat) et des ouvrages publics (Mairie, CCAS...) dont les bassins de la nouvelle piscine, n'était jusqu'ici que mi-biomasse. Elle fonctionne au gaz pour près de la moitié de la chaleur produite. C'est pour remplacer ce gaz que l'installation de 8 MW va être construite.

Pris par des obligations professionnelles, je n'ai pas pu être présent lors du vote de cette délibération, et j'ai semble-t-il loupé un moment d'anthologie d'après ce qu'on m’en a rapporté. Ce projet « pensé et mûri durant des mois » d'après le Maire, il ne l'avait pourtant pas annoncé quand nous l'avions questionné en mars-avril sur les projets pour les terrains vagues du secteur. Il a répondu à cette remarque de l'opposition en précisant que « sa majorité n'était au courant que depuis 2-3 semaines »... L'opposition s'émeut souvent d'être tenue à l'écart des affaires de la ville alors même qu'elle demande des infos, les élus de la majorité ne semblent pas se plaindre de cette opacité : après tout, il n'y a pas besoin d'être consulté pour voter oui à tout. Le premier magistrat s'est ensuite proclamé en avant-garde écologiste avec ce projet... qui applique les objectifs d'une loi sur la réduction des gaz à effet de serre qui date d'il y a un an. La loi donne des objectifs aux élus locaux, et même ceux qui ne font que s'y adapter trouvent toujours moyen de se féliciter de leur propre réaction.

La publicité accessible au consommateur met en avant l'indépendance au gaz russe dont l'odeur n'est plus de sainteté depuis l'invasion de l'Ukraine, la baisse des tarifs de consommation après l'augmentation récente du prix du méthane et autres produits pétroliers, une énergie « verdie » qui n'utilisera plus lesdits produits qu'en appoint. On nous assure que la construction de 10 millions d'euros, moins 3,5 à 4 millions de subventions, est financée par l'entreprise délégataire qui gère le réseau actuel depuis 55 ans, laissant entendre qu'elle n'impactera ni le budget d'investissement municipal, ni l'usager. Pourquoi finalement fallait-il une délibération si la ville n'a rien à faire que de laisser faire ? C'est qu'il y a un contrat qui lie la ville et l'entreprise pour cette délégation et qu'il s'agissait de voter un avenant : prolonger le contrat de 10 ans et, à partir de la mise en service de la nouvelle chaufferie (vers 2023), ajouter de nouveaux termes dans l'addition qui calcule le prix de l'abonnement pour « le remboursement des investissements » (jusqu'à la fin du contrat en 2044). Le coefficient est réparti sur chaque kilowattheure souscrit et il y a même un terme de l'équation qui déduit la future subvention.

Que la nouvelle structure soit géopolitiquement correcte, utilise un combustible moins cher pour l'usager et moins sale pour le climat, très bien. Mais quoi qu'en disent les diaporamas municipaux, la filiale d'Engie ne fait évidemment pas dans le mécénat et est loin d'y perdre, ce qui est en fait le cas de toutes les délégations de service public : l'investissement se retrouvera bien sur les factures et le prochain appel à concurrence pour la délégation sera repoussé de 10 ans. C'est écrit dans les petites lignes, celles qui ne sont pas destinées au public.

Nicolas Gomet.




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