Humeur

Macron-trottoir à Dole

Publié le 28/04/2023 à 05:00 | Écrit par Christophe Martin | Temps de lecture : 03m32s

Que retenir de cette visite éclair et surprise d’Emmanuel Macron à Dole en ce jeudi 27 avril? 

Qu’il y a encore des décérébrés qui veulent faire des selfies avec le fossoyeur de nos droits sociaux ou qui acceptent de lui serrer la main sans lui broyer les phalanges.

Que le président des Français qui traversent la rue pour aller à Pôle Emploi vient à la rencontre de ceux qui ne l’attendent pas pendant que ceux qui l’attendent vraiment sont déjà partis en voiture au Fort de Joux pour lui faire sa fête.

Que Jean-Baptiste Gagnoux, le maire de Dole qui travaille 60 heures par semaine pour mériter son salaire peut trouver deux petites heures en pleine semaine pour venir faire de la figuration dans le sillage du président de la République venu se refaire la cerise chez les ploucs.

Qu'alors que le maire de Dole a l’occasion, contrairement à la députée Gruet (voir plus bas), de s’entretenir avec le chef d’État entre les poires et les fromages, il ne trouve rien de mieux à aborder qu’un problème qui l’obsède depuis la disparition de la BAC dans sa petite cité sous vidéo-surveillance: la sécurité et les effectifs de police. Il a également parlé du besoin de régulation de l’émigration et de « la nécessité absolue de valoriser celles et ceux qui travaillent par rapport à celles et ceux qui ne travaillent pas », des thèmes chers à l’extrême-droite, à la droite extrême et tous ceux qui pensent que le RSA est la cause de tous nos maux.

Qu’Emmanuel Macron est capable de dire de telles « contre-vérités » que même Jean-Baptiste Gagnoux s’en aperçoit et ne peut s’empêcher de le dire au micro du Progrès, et même pas en off. 

Que le pétillant Fabrice Schlegel a pris fait et cause pour nos services publics de santé et ça, c’est une vraie surprise ! 

Qu’aux yeux de BFM, il reste un ex-gilet jaune. Et ça, c'est pas une surprise !

Que c’est un bon client pour sonder le fond de la pensée de la France qui paie trop d’impôts et pointe les problèmes « d’efficience de la dépense publique» à l’hôpital avec une acuité de spécialiste de plateau.

Qu’on a justement « une dépense publique folle qui ressemble à celle de l’ex-RDA ». Fallait la trouver celle-là.

Qu’on se demande qui est le faire-valoir de qui et qui est le plus opportuniste des deux.

Qu’on peut jouer à touche-touche avec Emmanuel Macron: il aime ça. Mais qu’aux Grandes Gueules, c’est Fabrice Schlegel qui l’emporte haut la main.

Que le président confond un journaliste de la Voix du Jura avec un marchand de chaussures.

Que l’ami de Bernard Arnaud et de tout le gratin des pantouflards de la République peut affirmer sans sourciller mais pas très naturellement non plus qu’il est choqué par les salaires mirobolants des gros patrons, mais que les actionnaires sont tout puissants et que l’État n’y peut rien. 

Qu’Antoine Cordier est quand même gonflé d’avoir voulu passer le cordon de sécurité avec son dispositif sonore portatif à la main.

Que Frédéric Vuillaume ressemble plus à Toussaint Louverture que Dominique Voynet qui constate tout de même fort à propos que 220 ans après sa mort en tôle, «nous ne pouvons que nous réjouir de la célébration d’un homme qui fut, toute sa vie, un révolté, un insurgé. Mais l’ironie de cet hommage ne nous échappe pas, à l’heure où le mouvement social est criminalisé, où tout manifestant est un suspect en puissance, de Sainte-Soline à Bure. » Bien vu.

Que Justine Gruet pousse des cris d’orfraie parce que l’Elysée ne l’a pas prévenue. Mais fallait prévoir de ne pas s’éloigner de Dole vu que Jean-Baptiste Gagnoux avait quant à lui eu vent dès lundi que nanani nanana… Et puis fallait pas voter la motion de censure du gouvernement. Macron n’a visiblement pas oublié le petit coup d'épingle à nourrice.

Que sur France Inter, on dit toujours Dôôôle sans se moquer.

Que tout cela a coûté pas mal d’argent pour servir l’égo de notre paraphrène national et vaguement faire croire que le dialogue est encore possible entre lui et des idiots utiles. 

Et puis surtout qu’il y a quand même des Dolois qui n’ont pas grand chose d’autre à foutre que d’aller à la rencontre du plus bouché d’entre nous sans casserole. Bref, la France qui regarde BFM, écoute RMC et lit le Figaro aura eu l’impression que Pasteur a fait des expériences génétiques ratées dans la région et qu’on en paye encore les conséquences dans la population doloise. Vivement la finale de laCoupe de France!




À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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