Écologie

Imposture au composteur (la suite)

Publié le 27/03/2024 à 17:25 | Écrit par Christophe Martin | Temps de lecture : 02m24s

ÉPISODE N°2.- Cher Monsieur SICTOM,

Tout d’abord, merci pour le petit bioseau et les sacs qui vont avec. J’étais tellement impatient d’apporter ma petite contribution pour la planète que je suis allé dès samedi dernier au marché couvert pour retirer mon p’tit siau. Il est trop chou avec sa p’tite poignée marron et son couvercle qui se soulève facilement. Et merci aussi pour le grand sac plastique où les dames du Grand Dole avait tout mis dedans que ça doit coûter une blinde vu qu’il y en a pour tout le monde du centre-ville. Et merci aussi pour toute la documentation qu’il y a sur le magnet que j’ai fait de la place pour lui sur le frigo à côté de celui du Mont-Saint-Michel. Avec ma femme, on était tellement excité en déballant tous les cadeaux qu’on s’est attelé dare dare à cuisiner une soupe de légumes, une tarte au citron et on en a profité pour se goinfrer une banane et des oeufs durs et on a fait du jus d’orange, sans oublier qu’on a décortiqué le moindre sachet de tisane. Bref, dès dimanche soir, le siau bio débordait d’épluchures. On avait pourtant bien pris soin de tout couper en p’tites lamelles sauf les croûtes de fromage parce que c’est déjà des lamelles. Et me voilà donc dimanche soir en route pour le dépose-pelures du Prélot comme indiqué sur le prospectus avec la carte, le siau à la main et le sourire aux lèvres, trop content d’accomplir mon devoir de citoyen écolo-responsable. Et là, patatras mon rêve s’écroule : pas l’ombre d’un composteur, ou d’un bac à épluchures. Je fais quand même trois fois le tour du jackpot à ordures ménagères, je regarde partout, mais rien, juste une dalle en béton où je me dis que la grande poubelle pour le compost, elle aurait dû se poser là. Avec mon siau toujours en main, je décide de pas me laisser abattre et de pousser jusqu’au point d’apport volontaire de Nodier-Garibaldi en me disant qu’on n’a quand même pas reçu des sacs vides à n’en plus savoir où les mettre pour les jeter dans la benne à déchets ordinaires. Mais là-bas, toujours rien. J’ai hésité à le ramener chez moi le sachet plein ras bord, histoire de le laisser pourrir dans ma cuisine le temps que vous vous décidiez à appliquer la loi du 1er de l’an 2024 dans mon quartier car je l’ai lu de fond en comble la documentation pour valoriser mes biodéchets naturels. Mais j’ai imaginé la tête de ma femme à la vision du sachet pas jeté et j’ai tout benné dans le canal pour nourrir les silures. Je compte sur vous, Monsieur SICTOM, pour veiller à faire le nécessaire pour ne plus qu’une mésaventure de la sorte ne se reproduise à mon encontre parce que j’espère bien que vous allez m’aider à sauver not’ pauv’ planète qui a bien d’autres soucis à se faire avec le réchauffement climatique et la guerre nucléaire qui se prépare que de se faire du mauvais sang pour nos matières à compost.

Bien à vous tout de même et mes hommages à Madame.




À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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