L’autre jour, je réfléchissais à l’Europe car décidément, elle me pose problème, la mâtine ! Et je me suis mis à chercher son étymologie… Un vrai dédale de significations possibles qui donne une idée de la complexité du sujet ! Et pour s’y frayer un chemin, il faut se résigner à un choix purement subjectif qui révèle davantage les préférences du lecteur qu’une vérité absolue difficile à vérifier… De fil en aiguille, ou plutôt de site en site, je me suis pris au jeu et suis allé de découverte en découverte… Sans nul doute, cela méritait le partage… à moins que vous ne sachiez déjà tout cela ! Et alors tant pis ! vous le réentendrez !... Sachez tout de même qu’Hérodote, le grand historien de l’Antiquité grecque, pensait que nul mortel ne saurait espérer en découvrir le « sens véritable ». Soyons donc modestes dans notre rêverie qui ne demeure qu’une rêverie, nourrie des hypothèses infinies que nous proposent les diverses époques et cultures, nous éclairant surtout sur les présupposés idéologiques de chaque interprétation…
J’ai donc appris que le mot pourrait venir du phénicien, de l’hébreu, du grec…
S’il provient du phénicien (le mot ereb désignant le couchant et assou le levant), c’est donc ce qui a donné, après un cheminement à travers les langues, les mots Europe et Asie. Ce qui est intéressant, c’est que la position du regard, en ce cas, est située dans ce que nous appelons le Proche-Orient, et par rapport à cet « œil », l’Europe désigne donc l’ouest et l’Asie l’Est. C’est toujours intéressant de décentrer le regard et de penser une carte non pas vue de l’Europe, nombril de l’univers, mais d’ailleurs… Vous noterez que l’Amérique n’existait pas, en ces temps bénis, alors que maintenant, pour nous Européens, l’Ouest, c’est elle, et l’Est commence à l’Asie mineure !
Si le nom provient de l’hébreu comme le souhaitait le XVIeme siècle chrétien (Goropius) en construisant une étymologie fantaisiste (E signifiant mariage légitime, Ur excellent, Hop espoir), la référence relève de l’histoire biblique de Noé et fait symboliquement allusion à la promesse de mariage par lequel le Christ a indissolublement lié son Église à l’Europe… On comprend que cette hypothèse s’ancre dans l’idéologie chrétienne de la Renaissance en lutte contre les nouvelles hérésies, une idéologie qui nourrit encore volontiers de nos jours certaine conception politique (coucou Zemmour !) de la civilisation européenne supposée « judéo-chrétienne » ! …
Si l’origine est en revanche la langue grecque d’où émanent plusieurs possibilités étymologiques (« large face ou pleine lune » ou « bon pour les saules », c’est-à-dire bien irriguée), le mot peut aussi se composer de Eurys (grand, large) et de Ops (les yeux, la vue) et désigner la princesse phénicienne aux grands yeux (Europe), d’une beauté sans pareille, que Zeus (vous savez ? ce fornicateur bien connu qui ne résiste pas au plaisir de forcer les jolies demoiselles et qui prend toutes sortes de formes inattendues pour échapper à la jalousie de sa femme, la très peu commode Héra !), transformé en un puissant (évidemment !) taureau blanc, séduit par sa douceur inhabituelle jusqu’à ce qu’elle grimpe sans crainte sur son dos … Et hop ! voilà le galant qui bondit dans les flots en emportant sa proie à qui il fera bien vite des enfants, dont Minos, le futur roi de Crète…
Mais ce qui a éveillé mon attention, c’est que l’étymologie phénicienne avait été radicalement écartée par le récit officiel de l’Union européenne (celle qui, en grec, « voit grand » !), une UE qui n’aime pas du tout qu’on la regarde d’un autre angle que le sien… qui plus est, depuis le Liban actuel, et pourquoi pas depuis la Palestine, centre du monde, pendant qu’on y est ! Vous n’y pensez pas !!! Non, le récit officiel, accrédité par l’UE, était donc que la « véritable » origine de l’Europe était la mythologie grecque (le poème de Moschos), la princesse Europe enlevée par le roi des dieux (le vrai, celui qui habite l’Olympe, et non son petit clône de l’Elysée !) avec l’aide d’Hermès, l’aigle prédateur que décrit Ovide, une histoire qui avait irrigué la culture européenne de l’Antiquité à nos jours et nourri notamment l’art renaissant, baroque et classique. Et justement, quand on contemple les innombrables tableaux de l’Enlèvement d’Europe, on mesure la diversité, voire l’antagonisme des interprétations, les uns montrant le prédateur arrachant sans ménagement la princesse affolée à son rivage natal, les autres la révélant consentante, voire voluptueusement abandonnée à son ravisseur…
Et moi de naviguer rêveusement de conjecture en conjecture…
Qu’est-ce que l’UE pouvait bien lire dans cette histoire qu’elle revendiquait au détriment de toutes les autres ? Se complaisait-elle dans l’identification à cette jolie princesse flattant son narcissisme ? Qui était ce taureau prédateur ? Qui était l’aigle complice de son méfait ? Avec qui l’Europe faisait-elle donc ainsi alliance ? Contre ou de son plein gré ? Pour quelles contrées s’envolait-elle donc ? Etait-elle proie ou complice ?... Et j’entrevoyais dans mes rêveries l’ombre de l’Amérique, taureau fondant sur sa proie, accompagné de son fidèle serviteur israélien, tenant fermement sa prisonnière entre ses pattes et la forçant à l’accompagner de gré ou de force par-delà les mers fonder de nouveaux empires en clamant la loi du plus fort…
Je vous laisse dériver à votre gré sur les rives de la poésie européo-étatsunienne en quête de sens … Bonne navigation !
Mistouflet.
Article mis à disposition selon les termes de la Licence
Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0
International.
À propos de l'auteur(e) :
La Rédac'
Donner la parole à ceux qui ne l'ont pas, voilà une noble cause ! Les articles de la Rédac' donnent le plus souvent la parole à des gens que l'on croise, des amis, des personnalités locales, des gens qui n'ont pas l'habitude d'écrire, mais que l'on veut entendre...