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Comment les explications d’une militante sur les risques de toxicité du milieu militant s’avèrent être une véritable déclaration d’amour.

Publié le 25 août 2026 à 08:09 | Écrit par
Robot Meyrat
| Temps de lecture : 04m40s

Ce qui est appréciable avec l’urgence, c’est que l’on va droit au but. Je n’avais pas l’intention de faire une série d’articles, mais la conférence gesticulée « Je t’aime camarade » à tellement bien complétée mes réflexions du moment, que je ne peux que faire un retour dessus.
Tout d’abord, revenir sur mon article du mois précédent. C’est intéressant de pouvoir faire marche arrière pour corriger ses erreurs. Cela me semblait nécessaire d’exposer certains dysfonctionnements, sauf qu’entre temps, j’ai lu le très bon dossier sur le sujet dans le Socialter du printemps qui traîne dans mes toilettes. Alors j’ai appris que ce que j’ai fait s’apparente à un « calling out » et pourtant la pureté militante, c’est loin d’être mon trip. Il y est expliqué que faute d’attaquer... une multinationale et de pouvoir difficilement constater un effet, c’est plus facile sur des proches qui s’écarteraient de la ligne vertueuse. Sauf que c’est problématique, un peu comme de se bouffer un des bras qui nous aide à lutter. Je pense, qu’en voulant ne plus laisser le copinage faire passer sous silence des pratiques nuisibles, j’ai rejoins la ligne de certaines commères, sans me rendre compte que ce n’est pas forcément ma façon de fonctionner. A minima, j’aurais eu besoin de trouver l’énergie pour en discuter dans un premier temps avec les personnes concernées et garder cela en dernier recours. Justement, l’opposition frontale, c’est tout ce qu’on évite au resto trottoir. Pas par peur du conflictuel, au contraire, on peut avoir des discussions très animées, mais par choix. Et c’est aussi tout ce que j’évite dans le militantisme, donner son énergie a un adversaire, plutôt que construire des projets alternatifs, très peu pour moi. A l’avenir, je serai plus vigilant pour ne pas me laisser emporter dans des façons de lutter qui ne me correspondent pas.
Pour en revenir à la conf, il faut avouer que comme elle était présentée, les personnes des différentes organisations présentent, en venant n’avaient pas forcément pris la mesure de la critique sans langue de bois à laquelle elles allaient s’exposer. Lorsque nous nous sommes poséEs la question d’accepter ou non de participer avec le resto, j’avais été me renseigner et avais remarqué que le contenu semblait curieusement assez différent de ce que laissait à penser l’affiche. Effectivement les presque deux heures sont passées en un clin d’œil.
A la fin, j’ai discuté avec un membre de l’UES et j’ai eu l’impression qu’il avait lui aussi trouvé cela passionnant, mais... comme un spectacle ou au mieux un essai. Pourtant, il m’a semblé que ce n’était pas juste une invitation à réfléchir à ces problématiques, mais plutôt l’incitation pour toutE militantE a créer sa propre connaissance, grâce entre autre à l’analyse de nos pratiques ou tout autre forme qui permette d’éviter d’être les pantins du système tout en ayant l’illusion de lutter contre. Je lui ai d’ailleurs fait remarquer que souvent, faute de se donner le temps, c’est le genre de chose que l’on passe à l’as. Par la suite, j’ai continué un peu de discuter avec la gesticulante, entre autre sur ce qui renforçait son analyse. Je l’ai aussi remerciée pour m’avoir permis de comprendre que nous ne sommes pas, ou peu, dans une logique (trop scolaire) de "bien faire", mais bel et bien dans une logique de Do-It-Yourself ou plus exactement de : "faire nous même". C'est une clef de changement importante, la question n'est pas « d'aller vers », mais de « partir d'où » : d’êtres humains conscients que nos choix de fonctionnement se traduisent dans nos actions, peu importe lesquelles, elles engendreront le monde qui nous correspond. C’est une approche holistique. Nous ne sommes pas les rouages d’une organisation qui sert une cause et qui agissent par devoir. Nous sommes les racines d’une expérimentation collective pour être et agir ensemble. Un générateur de possibles, construit sur une base qui n'est pas le capitalisme et le colonialisme, mais les liens (être capable), se réaliser ensemble et l’expérimentation (tester) pour reprendre certaines idées que je partage avec cette gesticulante. Ce qui est remarquable, c’est que la façon qu’elle a montré de faire naître des individus capables de lutter réellement, car ils sont en phase dans leur être avec leur pratique, s’applique aussi au groupe et rejoint ainsi un écosystème du vivant. Si bien symbolisée par le cœur qui est moteur de la lutte sur son schéma.

Elle a cité entre autre le livre « joie militante » où il est proposé _plutôt que ce qui est appelé théorie, à gauche et se traduit par deux courants, soit donner une direction de lutte ou faire émerger d’une critique de la société un pour et un contre_ de chercher des questions ouvertes. C’est ce genre de transformation qui mène à un système de pensée vivant. Pour reprendre une des citations sur la maison du maître affichée durant la conf, cela donne en inversé : « La révolution se fait avec des outils révolutionnaires ». Si chacunE développait une intelligence non dogmatique, les processus de compréhension pourraient être grandement facilités par une véritable communication, en lieu et place des guerres d’opinions et autres querelles de chapelles. C’est pourquoi, j’ai aussi partagé avec elle certaines difficultés que j’ai relevées dans ma propre pratique. Exemple, à force de reformulations, l’origine du resto _qui est que les Dolois Réfractaires ont apporté, avant le 10 septembre, dès les premières réunions des légumes récupérés à se partager et ainsi montrer concrètement la solidarité_ a finit par être zappée dans mes écrits. Cela montre que même en voulant bien faire, l’individu est fondamentalement défaillant. Il n’y a pas besoin de stratégies pour éviter ce genre de dérives, c’est plus simple, je dirais que c’est l’amitié qui permet un bon fonctionnement, mais dans le milieu militant il y a un mot pour ça : c’est la camaraderie !



À propos de l'auteur(e) :

Robot Meyrat

Éternel débutant, Chercheur de singularités, Créateur de chimères, Expérimentateur d’inédits. Inscrit dès la naissance à l’école de la Vie. Il m’arrive d’être drôle à mon insu. Je suis mon chemin. Résister au courant principal jusqu’à la Mort et au-delà.

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