“Once upon a time, life”, « Il était une fois, la vie » ; la suite … ; 14-ème partie ; Construction psychique : Après les biais Cognitifs ; le langage non-spécifique.
Un aperçu sur des concepts que nous utilisons sans en être conscients mais qui vont avoir une importance capitale dans nos échanges verbaux et notre non-dit. Décryptage.
Il faut aussi concevoir que notre cerveau saura interpréter les mots et les expressions que nous percevons par les sons sans que nous en comprenions toujours consciemment les liens. Plus nous aurons de vocabulaire et de connaissances dans une multitude de domaines, sans pour autant être des « experts », et plus notre inconscient fabriquera des connexions qui feront que les solutions et les interprétations que nous en ferons seront surprenantes.
Que ce soit nous qui nous exprimions ou que ce soit nous qui écoutions, le fonctionnement et le décryptage se feront d’une manière inconsciente mais qui aura un impact important dans notre interprétation et nos réactions puisque cela passe toujours par le filtre de nos émotions.
À ce stade et à ce niveau, on peut commencer à entrevoir les prémisses de l’influence que peut avoir le vocabulaire et la construction des phrases en fonction de l’auditoire et des messages qui vont être diffusés sans que le message « sous-jasant » soit perçu d’une manière consciente.
L’autre point à souligner qui peut être un privilège ou un inconvénient sera les connaissances que nous aurons apprises mais qui seront devenues pour nous des vérités absolues… et en cela, difficiles à remettre en question puisque pour nous, ce sera une vérité définitivement acquise et admise comme réelle puisque nous avons été formatés dans ce sens.
Voici quelques clés avec des exemples que vous pouvez transposer dans votre quotidien et dans des situations que vous avez à vivre :
1) Faire des équivalences complexes : Une équivalence complexe va faire que deux actions qui ne semblent avoir aucun rapport entre elles se renforcent pour atteindre un état que l’action simple ne peut obtenir. « Voilà, vous respirez profondément et cela vous aide à vous calmer et encore plus à être serein ! »
2) Faire des causes à effet : Une cause à effet, c’est tout simplement annoncer un effet avant qu’il ne se soit produit. « Si tu es sage et que tu m’écoutes bien, tu auras une belle et bonne récompense, tu seras libre de faire ce que tu veux ! »
3) Faire de la lecture de pensée : Elle se fait en annonçant des généralités communes et vagues que l’on interprète comme venant de notre esprit (pensée) qui a pour objectif de renforcer le pouvoir et la confiance en la parole de « l’expert ou de l’autorité supérieure ». « Cela peut vous paraitre un peu étrange que vous découvriez cette sensation agréable que vous êtes si nombreux à bien penser ! »
4) Utiliser des nominalisations : Elles sont intégrées dans la conversation ou le discours pour consolider ce que l’interlocuteur considère comme venant de lui et de ses croyances alors que ce n’est qu’un glissement sémantique pour renforcer l’empreinte (l’emprise), l’émotion étant la porte d’accès à la manipulation. « À m’écouter vous ressentez que nous nous comprenons et que nous avons les mêmes objectifs qui vont être la source de notre satisfaction, de notre joie et de notre bonheur ! »
5) Faire des origines perdues : Elles sont utilisées pour renforcer un propos qui se veut universel, inscrit dans le marbre mais dont l’origine a été oubliée avec parfois des oppositions dans le sens des mots et avec le fameux « ON » qui conserve une paternité indéfinie. « On dit souvent que le meilleur est l’ennemi du bien. »
6) Utiliser des opérateurs modaux de nécessité : Ils ont pour but de vous faire accepter certains changements qui ne se justifient pas mais qui sont présentés comme nécessaires. « Vous devriez commencer à voir des changements significatifs dans votre vie si vous mettez de côté quelques centimes d’€uros !».
7) Utiliser des opérateurs modaux de possibilité : Ils ont pour but d’activer en vous la potentialité que vous n’utilisez pas alors que vous avez les ressources pour cela mais que vous avez été conditionnés à ne pas croire en vous. « Si vous faites ce qui convient en utilisant vos capacités et votre argent, vous ne pouvez que réussir ! »
8) Utiliser des quantifieurs universels : Ils vont rentrer dans un narratif général tout en demeurant flou pour faire en sorte que ce soit vous qui agissiez en groupe en pensant que vos actions vont déboucher sur des résultats (concrets !). « Toutes les actions (manifestations ou pétitions) que nous faisons vont donner des résultats puisque nous nous faisons entendre ! »
9) Généraliser des croyances (″performativités perdues″) : La généralisation des croyances que j’appelle aussi la pensée autoréalisatrice se rencontre lorsque face à une situation qui se renouvelle ou qui est récurrente, nous nous accrochons à des actions qui ont fonctionné de nombreuses fois dans le passé sans réaliser que l’environnement et les interlocuteurs ne sont plus les mêmes. « Rien ne se fait par hasard ; il suffit de vouloir pour pouvoir puisque tout a une bonne raison d’être ; ceux qui nous ont précédés ont bien réussi ! »
10) Ne pas spécifier l’index de référence ou le distordre. Dans le langage courant, il est très courant que les orateurs n’utilisent pas d’index de référence ou s’ils en utilisent, ils font en sorte que ce soit toujours à leurs avantages pour souligner ce qu’ils veulent que vous intégriez. « D’après les études de nos spécialistes, il ressort que 66% des consommateurs sont très satisfaits. » (Rien n’est spécifique dans cette affirmation ! Avec 3 consommateurs et 2 satisfaits vous avez vos 66%).
11) Utiliser des verbes non-spécifiques : L’utilisation des verbes ou des mots non spécifiques permet d’être dans le vague et dans le flou où chacun interprètera ce qu’il veut. « Nous pourrons nous enrichir en cheminant et en découvrant ce qui nous intéresse. Un truc, un machin, … et par exemple la neige chez les inuits à 50 qualificatifs pour la décrire. »
12) Faire des phrases avec des comparatifs ou des superlatifs absents : Là encore dans le langage conversationnel ou dans des discours, il arrive souvent que comparatifs et superlatifs soient absents renforçant ainsi le propos. « Plus nous agirons et plus nous aurons de résultats et ce sera encore mieux …. ! »
13) Faire des omissions volontaires : À ce niveau, nous touchons avec elles à tout ce qui est présenté avec des solutions simples ou à ce que nous retrouvons dans les slogans masquant ainsi des problèmes complexes réels, qu’il n’est pas nécessaire de montrer ou qu’il ne faut surtout pas montrer. C’est souvent dans les omissions volontaires que se trouve les fausses bonnes idées. « Il suffit de mettre de nouvelles normes, de nouvelles lois, de travailler plus, de nouvelles caméras, … et les problèmes seront réglés ! »
Après ce léger décryptage dans la manière dont nous percevons le langage et de la façon dont nous nous exprimons avec ce langage non-spécifique, nous devons rester prudents dans nos affirmations et dans nos certitudes. Le risque est simple : obéir aveuglement, ne pas remettre en question ce que nous entendons, nous faire endoctriner et développer des croyances qui ne s’appuient sur rien d’autre que du langage. Pour confirmer ou infirmer comme l’ont toujours fait les vrais hommes de science, ce n’est que par l’observation, l’expérimentation et le doute avec la capacité de remettre en question ce que nous croyons qui fait que nous n’entrons pas dans des dogmes.
À suivre…
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À propos de l'auteur(e) :
Bernard Mourey
Gaucher contrarié, ingénieur et autodidacte, globetrotteur chercheur, passionné par les sciences humaines et les comportements mais pas seulement. Observateur des individus et des faits de société ; accompagnant ceux qui le désirent dans une autre vision du monde et de la perception d’eux-mêmes.