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Mode sombre

Le conseil municipal vu de l'intérieur - juin 2020

On erre à la recherche de sa place. Échanges de salutations cordiales, de loin, pandémie oblige, avec des têtes reconnues ou inconnues. Naturellement, il y a des agrégats qui se forment. Ceux qui fréquentaient déjà le même comptable, les mêmes manifs, le même député et/ou le même marché (bio ou pas), se retrouvent. Il faut dire aussi que certains ont travaillé ensemble pendant plusieurs années, et que tous ont beaucoup vu les membres de leur groupe durant les quelques mois de la campagne électorale. Dès lors, on ne peut pas nier que même en étant sociable et ouvert, les autres représentent un projet ou une idéologie qu'on a combattu. Pour réparer cela, justement, dans les discours d'inauguration de la mandature, la « majorité » souhaite pouvoir travailler avec les collègues de la « minorité », le terme d'« opposition » étant trop clivant. Effectivement. Je ne pense pas que les élus minoritaires présents aient l'intention de voter « NON » à tout. Mais pour ma part et celle de mes camarades, que ce soit à Dole ou au Grand Dole, je n'ai pas l'intention non plus d'avaler des couleuvres ou de vendre un vote pour un accord de partis et un strapontin.

La loi exige le vote à bulletin secret pour certains votes. L'élection qui généralement offre le moins de surprise en fait partie. 

Un candidat au poste de maire, une seule liste d'adjoints, on sait que le résultat sera de 6 votes blancs et 29 votes pour, mais on doit sortir l'urne et les enveloppes. Le processus est plutôt bien rôdé mais laisse largement le temps de savoir qu'il faut respectivement 5, 1 et 3 minutes pour faire voter les 35 conseillers municipaux, compter leurs bulletins, et les dépouiller (les bulletins, pas les conseillers). Écharpe à pompon doré pour le maire, argenté pour les adjoint(e)s. Photo de la presse et de la com interne. « Félicitations Républicaines » qui permettent à la minorité de prendre la parole et de s'esquisser déjà en opposition en lançant quelques piques. Même cet exercice semblent parfaitement codifié et accepté. Une véritable cérémonie, plus qu'un exercice de démocratie, conclue par un vin d'honneur et un tire de bouchon de mousseux du député vers les groupes de la minorité. Quelques aller-retour du maire, personne plutôt accessible, pour donner des informations utiles et préparer le prochain conseil. 

Mais tous les votes ne se font pas à bulletin secret. Le vote à main levée, c'est un peu le « vote par immobilisme » : « Qui vote contre ? Qui s’abstient ? » Si tu ne t'es pas gratté la tête à ce moment-là, tu as voté pour. S'abstenir ou voter contre demande même à être réactif, car cela va très vite ! 

Tous les votes ne se font pas à 29 « pour » contre 6 « abstentions ».

Il y a des mesures validées unanimement. Les mesures pour les agents de la villes et pour aider les restaurateurs touchés par la crise épidémique sont adoptées par tous, par immobilisme donc. La composition des commissions (groupes de travail qui préparent ce qui sera entériné par le conseil municipal) également car elles respectent le pluralisme et la proportionnelle imposés par la loi.

Il est aussi possible de faire consensus contre soi. Il y a des questions qui dérangent apparemment. Des questions que « l’étiquette » ne permet pas de poser. Par exemple, mettre en débat le montant de l'indemnité du maire. On peut évoquer ce que coûte la mesure de gratuité des parkings, mais la question des indemnités... Visiblement, entre élus aspirant à vivre de leur carrière politique ou d'en faire vivre des copains, ça ne se fait pas... et ne pas être dans ce schéma, c'est être des inadaptés au sein de l'assemblée des élus, des marginaux, et on vous le fait savoir. Soit.

Pour répondre, la majorité utilise les techniques suivantes :  

  • - « la mesure proposée est juste et justifiable », argumentation sur le bien-fondé ;
  • - « la mesure est comparable à ce que faisait l'équipe précédente » qui permet de dissuader l'opposition qui l'avait soutenu de tout commentaire, et, en même temps, de disculper la majorité de tout abus ;

ça aurait pu s'arrêter là. De toute façon, le texte va passer. Mais dans ce cas présent, une troisième technique est utilisée :

  • - la disqualification de ceux qui ont posé la question en leur rappelant leur position minoritaire, et surtout en les «excommuniant » au nom de la Démocratie et de la République.

Quand une question gène, elle est écartée, mais aussi ceux qui la posent, par ceux-là même qui prétendaient vouloir travailler ensemble... 

La ville a son maire, la majorité a son chef, l'ordre est établi : les républicains peuvent se mettre en marche pour faire avancer la ville. Alors peu importe que certains disent que la voie est sans issue…

 

Nico Mégot


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La Rédac'

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