Société, Humeur, Politique

Par où commence-t'on?

Publié le 13/06/2020 à 22:46 | Écrit par Margot Barthélémy | Temps de lecture : 03m37s

Elle commence où la lutte, et puis d’ailleurs, contre quoi lutte-on? Pourquoi cet acharnement à se battre, à s'insurger toujours plus ? Chez moi, ces questions appartiennent à un temps passé, ou plutôt, à un temps autre. Ce temps, je le saisis en une capsule d’interrelation continue de mes rencontres, de mes lectures, de mes choix et des hasards qui construisent la jeune sensibilité politique, éthique et morale, qui m’est propre aujourd’hui. Cette capsule n’est pas fermée, bien au contraire, elle doit être en perpétuelle évolution. Maintenant, si les questions du pourquoi reviennent au gré des périodes et m'alimentent, c’est celles du comment qui m’habitent davantage. 

 

Pourtant, le regard critique sur notre monde, celui qui déjà, cherche à le comprendre, n’est pas posé par tous. Il n'est pas rendu possible, ni envisagé, ou souhaité. D’ailleurs, il me semble que pour cette raison, nos écrits chez les Commères se veulent et essaient au possible d’être instructifs et démonstratifs lorsque par nos mots, une logique se déploie. Et heureusement que les plumes sont plurielles ! Sinon, par où commencer, quels mots poser, et sur quel sujet?

 

Rappelez-vous Marie, jeune doloise, qui dans notre échange sur LC nous a expliqué son initiative de créer une chaîne Youtube participative “ How to Revolution”, où pourraient être partagés des savoirs-faire manuels alternatifs et émancipateurs, des clés de réflexion et d’analyse de notre monde… etc. Mais avant le how to, elle s’est attelée dans sa dernière vidéo à une première démonstration du pourquoi. Du super boulot, avec un contenu richement articulé, sourcé aussi, et très complet. D’ailleurs, si je trouve son format et son ton assez pédagogique, il ne faut pas perdre le fil de ces 13 minutes. Mais Marie s’attaque à la complexité de notre système économique, il y en a des choses à dire!  

 

Ainsi, son argumentation prend comme point de départ (puisqu’il en faut bien un) la thèse du sociologue Ulrich Beck, la société du risque. En somme, l’ensemble des productions économiques sur le marché, en sur-approvisionnement qui plus est, comportent des limites: ce sont leurs conséquences, ou risques, qu’elles font encourir massivement au vivant. Le risque est d’autant plus important qu’il est incertain, propre à l’interconnexion et à la grande complexité de nos systèmes économiques. Je vous laisse écouter Marie pour son développement et son illustration de cette thèse. 

 

J’évoquais plus haut les multiples possibilités pour aborder un sujet, le casse-tête même, qu’est la tentative d’expliquer de manière claire des idées fondamentales. Au final, nous devons faire des choix. J’entends dans la démonstration des idées de la société du risque un registre plutôt technique: quels sont les processus inhérents au système, quels sont leurs mécanismes, leurs dynamiques, et donc leurs risques potentiels. Maintenant, si en plus, je veux poser la question de la raison d’être de ces processus, il faudrait un documentaire tout entier. Puisque la raison d’être, c’est politique, et là, on ajoute une facette à la composition de notre système. C’est alors l’heure des grands mots, ceux d’une idéologie: néo-libéralisme, capitalisme, dogme de la croissance économique, lois naturelles du marché. Marie en touche un mot, mais ce n’est pas là la substance de son propos. En plus, s’il faut parler d’idéologie, elle se fait plaisir dans sa première vidéo, ici!  

 

Définir un cadre pour y formuler son propos engage à choisir des notions par rapport à d’autres, et permet de leur donner l’ampleur voulue. En effet, en parlant des risques inhérents à notre système, d’un point de vue essentiellement technique, l’accent peut-être mis sur l’enjeu sécuritaire. Par exemple, s’assurer une sécurité alimentaire autrement que par des supermarchés dépendants de toute une chaîne d’approvisionnement instable et destructrice, ça parle objectivement à tout le monde, puisqu'il s'agit de notre survie individuelle et collective. Pas besoin de vouloir la tête à Macron sur une pique pour le comprendre.

 

En revanche, si les argumentations pour en venir au constat qu’on ne peut laisser le système se perpétuer sont multiples, leur fin, pour le coup, est la même: politique. Marie conclut en effet que décomplexifier le système, soit accepter de décroître, c’est rendre ce dernier plus compréhensible, moins hors-sol, et donc favoriser l’émergence d’un terrain propice aux décisions éclairées des citoyens, à la démocratie directe. Ces ambitions de démocratie directe jaillissent de plus en plus, et gagnent sans cesse en légitimité. Réinvestir notre rôle de citoyen dans toute la radicalité qu’il suppose apparaît en effet comme l’une des premières voies du comment. Mais face à des rivalités de taille, si indigestes que l’on peine encore à les appréhender correctement, nos moyens ne peuvent plus se permettre de ne pas être à la hauteur. Alors comment?


Margot B. 








À propos de l'auteur(e) :

Margot Barthélémy

Biographie en cours de rédaction.


Flâneuse dilettante

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