Politique

Grévy, l’anti 49-3

Publié le 02/07/2020 à 21:41 | Écrit par La Rédac' | Temps de lecture : 03m36s

Cet article est paru initialement dans Libres Commères version papier de mars 2020. Il n’a rien perdu de sa verdeur. Mieux il se préparerait des trucs du côté de Mont-sous-Vaudrey pour la mémoire de Jules dans les mois à venir.

 

Ca y est ! On l’a eue ! Notre première complainte pour « diffamation » ! Pas de quoi s’alarmer, c’est le prix à payer quand on dit des choses qui déplaisent. Qu’importe ! En bon juriste de formation, je suis allé fouiller : décrets, lois, constitution... pour m’assurer qu’on allait pas nous demander 10 000 balles pour rien et aussi un peu par passion, parce que supporter la fac de droit te mène à avoir des hobbies bizarroïdes, du genre lire des textes juridiques pendant un match de foot, tout en zappant sur BFM. Bilan : le pas content aura son droit de réponse s’il le souhaite, ni plus, ni moins.

C’est ainsi que, presque par hasard, je tombe sur la signature de Jules sous la grande loi sur la liberté de la presse de 1881. Notre Jules. Le seul, l’unique, LE Président de la République Made in Jura, j’ai nommé Mister Jules Grévy. Ah ! En ce temps-là, République rimait avec liberté. Lui qui a fait ses études à l’Arc, on lui a donné une place, mais on pourrait lui faire construire un musée. Ce serait un beau pied de nez que de le faire inaugurer par l’auto-proclamé Jupiter. Parce que notre Jules, loin de se prendre pour César,  a été un Président de son temps, bien conscient de son rôle temporel, quand celui qu’on a en ce moment a l’air de se prendre pour un dieu et a bien l’intention de marquer l’Histoire de son empreinte divine, en étant celui qui aura définitivement renié tout rôle à l’Assemblé Nationale.

Laisse-moi t’en dire plus sur ce Président dolois. Tu lui marches dessus régulièrement, après avoir garé ta bagnole pour aller chercher ta baguette. Il t’a accueilli pour une soirée mousse improvisée après la victoire en Coupe du Monde. Il offre une tribune au porte-voix à chaque manifestation. Mais connais-tu son histoire ? Sais-tu à quel point nous aurions besoin d’un type comme lui en ce moment ?

Nous n’avons jamais ressenti, même sous Sarkozy, le délire de puissance d’un seul homme. Il a beau être jeune et dynamique, ce Macron-là fait peur : seul contre tous les partis, contre les syndicats (même le Medef), le monde associatif, la majorité des français, et même contre une partie de sa majorité dont on sent qu’elle doute, il imposera sa réforme. Comme un gosse qui détruit son château de sable. Comme Jupiter qui joue avec la foudre. Il a décidé. Pour lui, le reste est de l’ordre du détail : il restera dans les livres d’Histoire, les turbulences n’auront le droit qu’à quelques lignes.

Jules Grévy, lui, n’est pas dans les livres d’Histoire. Ou trop peu. Il a compris que ce n’était pas là le but de sa fonction. Il était là pour apaiser le pays. Qu’importe qu’on lui donne une couronne de lauriers pour cela, ou simplement une plaque sur une place dans sa bourgade d’origine. Après une centaine d’années d’une Révolution qui n’en finit plus, il accède à la fonction de Président de la République en 1879. Le pays avait connu jusqu’alors une crise politique de 80 ans avec deux Républiques, deux Empires, et trois monarchies constitutionnelles, et son arrivée stabilise la IIIème République qui durera 60 ans. Comment a-t-il accompli ce miracle ? Par une seule déclaration. Une simple déclaration : il n’ira jamais « contre la volonté nationale ». Comprenez : je viendrai couper les rubans et manger les petits fours quand vous me le demanderez, mais l’Assemblée Nationale est la seule gouvernante de ce pays. 

En effet, il succède au Maréchal Mac Mahon, qui avait tenté d’imposer sa volonté au peuple et à ses représentants en étant en minorité dans le pays, mais en brandissant une Constitution qui lui donnait alors des pouvoirs extravagants. Ça vous rappelle quelqu’un ? Mac Mahon, lui, a perdu. Et Grévy fut nommé après sa chute.

Pour assurer la paix sociale, il a renoncé à son pouvoir. C’est comme cela qu’a agi le seul Président jurassien de l’Histoire. Préférant le    collectif avec tous ses défauts, au pouvoir d’un seul homme. Je ne sais pas si son origine a quelque chose à voir là-dedans, mais ça a du croustillant, et j’espère que les Dolois feront vivre sa mémoire. Elle nous rappelle que tout Jupiter ou tout Jules qu’ils soient, nous sommes la limite à leur pouvoir. Il s’agit simplement de le leur rappeler de temps en temps. Et espérer que le prochain à prendre la place ne soit pas un énième mégalo.

 

Baptiste Longet




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