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Mode sombre

On pouvait difficilement trouver pire. Plus réac, plus moche, plus riche, plus corrompu, plus provincial, oui, mais plus ringard, ça non ! J’entends déjà les Pyrénées qui se soulèvent pour venir me traiter de tous les noms. Eh bien sachez, amis du sud-ouest, que seule la musicalité de sa prosodie m’est sympathique chez ce gratte-papier mais quand j’ai vu sa tête, je me suis dit : « Tiens, ils ont remplacé Jean-Pierre Pernaud sur TF1 ! » Mais non, c’est le nouveau premier ministre. Je consulte le net et je vois que ce gros bosseur archi-diplômé a écrit un livre en 2017: « La ligne de chemin de fer de Perpignan à Villefranche: prélude de la ligne de Cerdagne » Volume 7 de Les carnets du train jaune aux Editions Talaia… j’avoue que j’hésite un peu à commander ces 103 pages pour égayer mes vacances. Je regarde le pédigrée du bonhomme et je me dis que Macron a encore cherché à créer la surprise en dégotant un homme vraiment sans surprise. Je ne pensais pas que c’était possible un parcours aussi morne. Je vous passe les détails. Allons direct à ce qui fâche ! 

En 2017, il s’indigne officiellement contre les « violences policières contre les électeurs catalans rassemblés pacifiquement pour exercer leur droit de vote ». Bravo ! Et puis plus rien. Pas un mot sur la France. Rien. Comme BHL, encore un qui pense que les élans démocratiques, c’est formidable mais à l’étranger. 

Et puis rien d’autre à se mettre sous la dent, à part cette histoire de gros revenus, de missions par wagons entiers, de mandats à la pelle, bref, c’est un cumulard LR (qui vient de rendre sa carte parce qu’à Perpignan… gna gna…), un classique du genre, le relevé de compteurs mensuel et légal auquel se livre toute notre petite clique politique et administrative. Mais pas loin de 200 000 boules par an. Il y va pas avec le dos de la cuiller, le Castex. Et là, je me suis mis à craindre, les futurs slogans de septembre. Avec Philippe, on avait évité la turlute. Avec Castex, ça va être du Gainsbourg.

Je me suis donc branché sur le replay de TF1. Rien que le choix de la chaine nous ramène chez Sarkozy. « Je ne suis pas ici pour chercher la lumière. Je suis ici pour chercher des résultats ». Hors contexte, je n’aurais pas compris : on aurait pu se croire aux toilettes. Castex se présente donc comme un tâcheron, un besogneux, un laborieux et à l’entendre, je n’ai aucun doute. « Je suis un homme politique enraciné dans mon territoire, je suis un homme politique local, je suis un homme politique de la vie quotidienne des gens, et cela me rend très fier. » A 200 000 boules par an, ça doit pas être facile de jouer les gens simples dans une bourgade de 6000 et quelques âmes. Et toujours ces mêmes phrases toutes faites, sorties d’un bouquin de rhétorique pour les ploucs à deux balles. On sent que le mec n’a pas inventé le palindrome du siècle. Quand il parle de responsabilité, il renvoie à celle du citoyen mais jamais à celle du personnel politique en place et que je te cire les pompes du prédécesseur ! « L'écologie n'est pas une option, elle est entrée dans toutes les têtes, transcende la classe politique. » Oh ! « Je suis un gaulliste social » Pasqua aussi l’était ! « Je souhaite ouvrir des discussions afin de trouver des solutions pour un nouveau pacte social ». Monsieur Déconfinement est là pour rassurer les adhérents du Club Dentelle et Tradition qui sentent l’encaustique des salles de classes de la IIIème république laïque et coloniale, bourgeoise et paternaliste. On va faire mine de décentraliser mais le pouvoir reste dans les mêmes mains avides des mêmes capitalistes cinglés. Il n’y a rien à attendre de nouveau de la part de ce premier ministre ringard qui brasse autant qu’il masque : ce bourgeois qui donne l’impression d’arrondir les angles ne sera que le cache-sexe d’un pouvoir qui bande même plus. A la télé, il parle de sa maman institutrice mais il oublie de signaler que son grand-père était déjà sénateur. De la famille pantouflard, je demande le petit-fils. Jean Castex revendique une « communauté de valeurs » avec Édouard Philippe. A la bonne heure, nous voilà fixés. Mais c’est quoi au juste, les valeurs d’Édouard Philippe ? Je reste perplexe… les intérêts d’Édouard Philippe, je vois bien mais ses valeurs…? Ça, c’est une nouveauté. La seule. 

Christophe Martin


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À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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