Société

Les sans-papiers du Ministère de l’Intérieur

Publié le 16/09/2020 à 21:28 | Écrit par La Rédac' | Temps de lecture : 01m49s

Peut-on travailler pour le Ministère de l’Intérieur en étant en situation irrégulière sans papiers ? Je donnerais une réponse à cette extravagance plus loin.

J’ai été amenée à accompagner dans leur pratique une équipe de travailleurs sociaux de Paris qui devaient prendre en charge 360 personnes (180 SDF, 140 migrants et des malades mentaux, toxicomanes, errants) hébergés dans un hôtel réquisitionné. Le ministère de l’Intérieur et celui de la Santé avaient mis sur pied ce dispositif pour mettre à l’abri ces personnes de la rue pour cause de Covid.

Quand je suis arrivée pour la première fois, après avoir été contrôlée par des vigiles, « l’atrium » de l’hôtel ressemblait à une cour des miracles. J’avais déjà une certaine vision des difficultés rencontrées par les travailleurs sociaux, avec ce mélange étonnant de personnes et de pathologies.

Et au milieu quelques clients de l’hôtel qui devaient traverser ce hall pour rejoindre le restaurant.

La salle de travail était tapissée de caisses de bière afin d’éviter un sevrage trop brutal pour certains hébergés.

L’équipe de 21 travailleurs sociaux ou intervenants sociaux était majoritairement composée de jeunes africains ou maghrébins. Et parmi ces 21, certains étaient sans papiers, en situation irrégulière sur le territoire français selon la loi sur l’asile. C’est à dire que des sans- papiers prenaient soin de personnes pour la plupart citoyens français, les accompagnaient dans leur vie quotidienne et leurs démarches. Malgré le refus du Ministère de l’Intérieur de leur donner un titre de séjour ou une autorisation de travail.

Les 21 travailleurs sociaux étaient tous des intérimaires, aussi précaires que les 360 personnes dont ils s’occupaient. Une extravagance totale !!!

Cela ne peut que rappeler que Marx et Engels dans leur volonté de catégoriser les populations ne s’intéressaient pas aux malades, marginaux, déviants, prisonniers car ils n’étaient pas producteurs de plus-value. Ils nommèrent ces populations le « résidu » contrairement au  prolétariat honorable agent social. Le capitalisme a repris à son compte ce morcellement entre les utiles et les inutiles, les productifs et les improductifs.

A l’heure actuelle de nombreux « productifs » se ressentent de plus en plus marginalisés et éprouvent différentes formes d’exclusion.

C’est l’honneur du travail social d’essayer de rompre la stigmatisation du « résidu » et ce serait à l’honneur du Ministère de l’Intérieur de donner leurs papiers à ces intervenants sociaux.

Samia Coupat.




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