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Mode sombre

« Ce n'est pas un signe de bonne santé mentale d'être bien adapté à une société malade », enseignait Jiddu Krishnamurti. Diantre ! quel démarrage ! on se croirait sur Thinkerview avec un magnifique argument d’autorité, teinté d’un biais de notoriété de toute beauté parce qu’honnêtement, je ne sais rien de bien précis sur la philosophie de cet homme dont je ne connais que le nom, la réputation de sagesse et la coupe de cheveux. Mais débuter un édito par une citation, ça en impose toujours un peu, au rayon philosophie de comptoir. 

L’essentiel reste pourtant la pertinence du raisonnement. Ce qui est dit prime sur qui le dit, même si le messager n’est pas sans importance. Mais il arrive qu’un connard sorte autre chose qu’une connerie, que les élites déraillent et qu’un post sur Facebook soit plus cohérent qu’un décret gouvernemental.

Nous traversons ainsi une double crise d’autorité et de cohérence sur fond de pandémie, d’effondrement économique et d’apocalypse écologique annoncée. 

Ça craque de partout ! Ça crise à tout va ! Tout part en sucette. Chacun affirme tout et son contraire et s’y croit autorisé. Les responsables ne répondent plus de rien. Les journalistes répondent à tout. A qui faire confiance dans ce grand merdier ? Le virus travaille-t-il pour le gouvernement ? Raoult a-t-il son permis poids-lourd ? Christophe Barbier baise-t-il avec son écharpe ?

Il n’y a pas de vérité en soi. Une vérité scientifique se construit avec des hypothèses cohérentes, un protocole expérimental rigoureux et une reconnaissance de la communauté des spécialistes diplômés. En revanche, une connerie peut être émise par n’importe qui sur des observations débiles et ne tient sa valeur que de son succès. 

Ces temps-ci, la médecine a un peu perdu pied face à un virus invité surprise et coriace à saisir. Les politiques sensés prendre des décisions préventives ont merdé à l’allumage, menti sans démenti, joué avec les chiffres et la peur, édicté des lois d’urgence privées de bon sens et des règles contradictoires inapplicables. Personne ne reconnait ses erreurs parce qu’en politique, c’est un aveu de faiblesse quand en science, c’est une preuve d’honnêteté intellectuelle. 

Il faut du courage pour admettre qu’on s’est trompé, qu’on doute et qu’on tâtonne. Il faut de l’audace, du calcul et de l’humilité quand on cherche. Comprendre un peu ce qui se passe réclame de l’énergie. Les sachants, les ignorants et les ténors des médias savent tout et n’ont besoin de personne pour avoir raison. Les vrais chercheurs connaissent la fragilité des hypothèses, le prix de la modestie et la valeur du collectif.

Pour autant, il ne faut ni se fier aux échos du pouvoir, ni se soumettre à la peur que les autorités organisent, ni s’adapter aux conseils de la sagesse bourgeoise. Il faut continuer à chercher des solutions, là où la société malade est incapable de regarder. Prendre l’oligarchie à contrepied. Refuser de foncer droit dans le mur. Être là où on ne nous attend pas vu qu’on marche de travers.


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À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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