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Mode sombre

Ne nous voilons pas la face : aucune religion au monde ne pousse à la tolérance. Elle la subit tout au plus, l’accepte au meilleur des cas sous le terme ô combien étouffant de bienveillance. La religion repose en effet sur la foi dans le dogme. La foi exclut l’erreur (sinon ça s’appelle l’opinion et ça se discute, ça se contredit et ça se réfute) et elle ne relativise pas la vérité transcendantale sur laquelle elle se fonde (la foi est inébranlable sinon ça s‘appelle un point de vue et on peut en changer si on n’est pas obtus…). 

Par conséquent, le fidèle croit et sa vérité crue ne peut pas être améliorée, tout au plus réactualisée, et encore, sur des points de détail (sinon, c’est le schisme et l’hérésie). Le dogme est une vérité mythique, indéboulonnable et indiscutable, et le soupçon n’y a pas sa place. Le fidèle ne peut qu’être… au pire fanatique, au mieux condescendant, mais il n’est jamais sur un pied d’égalité avec celui qui n’a pas reçu la bonne parole, le mécréant. Le croyant fait un pari imparable et s’il est prêt à partager le gros lot, il est cependant persuadé d’avoir tiré le bon numéro. Ce que croit l’autre ne peut donc qu’être moins bien (dans ce cas-là, on se retient et on pardonne) ou pas bien du tout (et là, on part en croisade et on inquisitionne pour faire taire et corriger). 

Cela ne signifie pas pour autant que toutes les religions sont intolérantes mais aucune ne peut voir l’un de ses fidèles quitter le cercle pour embrasser une autre foi en disant : « Bravo! Tu as trouvé chaussure à ton pied. Cette foi -là t’ira mieux que la mienne.» Mais dites-vous bien, amis fidèles, que ça tient pour n’importe quelle thèse irrationnelle, non motivée par une expérience rigoureuse qui peut battre en brèche la théorie comme elle peut étayer une thèse. Si certaines religions sont devenues tolérantes, c’est parce que la science et des lois laïques leur sont passées devant et qu’elles n’ont plus le pouvoir séculier ni l’exclusivité du pourquoi des choses. Je vous parle en connaissance de cause car je ne suis pas particulièrement tolérant. Si j’avais le pouvoir de persuader mes contradicteurs par la force, je les étranglerais et on n’en parlerait plus.

La vraie tolérance repose sur l’idée que la vérité se construit à partir d’une méthode hypothético-déductive (thèse, expérience, retour d’expérience, correction de la thèse), c’est à dire scientifique ou philosophique, la plus rigoureuse possible en tout cas. Si elle est construite, la vérité peut par conséquent être construite autrement et les vérités peuvent ainsi entrer en concurrence, se nourrir du débat, voire se bonifier mutuellement. C’est la plus heuristique, la plus explicative et malheureusement aussi souvent la mieux défendue, voire dans de nombreux cas la plus arrangeante qui l’emporte. Relative, la vérité ne mériterait donc pas qu’on décapite un homme, qu’on brûle une femme ou qu’on abrutisse un enfant.

Elle ne mérite pas non plus qu’on casse les couilles à quiconque n’est pas d’accord sauf si et seulement si cette personne a envie d’en découdre (intellectuellement s’entend) et surtout si l’intérêt général est en jeu. 

L’existence ou non d’un dieu quelconque ne changera pas la face du monde. Le dérèglement climatique en revanche si. La nature se fout pas mal de notre existence. Sans dieu(x), l’humain n’est pas au centre de l’univers. Loin s’en faut. Même pas au coeur de l’existence de la Planète. Elle survivra même très probablement mieux sans nous. 

Pour l’humanité, ça va être une autre paire de manches. Au rythme où va l’appétit du capitalisme pour les bonnes choses (ressources naturelles et humaines), la majorité la plus fragile est bien partie pour mourir à petit feu et à grands coups de cataclysmes, d’épidémies, de famines et de guerre civile. La foi de l’économiste libéral en une courbe exponentielle de profit dans un monde dont on connait les limites et en la capacité du marché à s’autoréguler est parfaitement irrationnelle. Mais autant l’existence de Dieu est une question qui restera en suspens, autant celle du capitalocène (idée que le capitalisme infléchit le climat) n’est plus à prouver. Le GIEC s’en est chargé (1).

Le choix est donc relativement simple. Soit on se laisse divertir par des histoires d’ontologie divine, des pinailleries théologiques, des débats sur le blasphème, de dérogation pour la messe ou de prière sur la voie publique,  soit on s’attèle véritablement au problème de fond que représente l’exploitation éhontée des ressources par le capitalisme, l’incidence du profit sans limite sur le dérèglement climatique et l’absolue nécessité de se sortir de ce système assassin (2).

Le fanatisme se nourrit du mal-être d’une communauté qui se pense mal traitée et méprisée. La colère et le ressentiment croissent sur l’injustice. La haine prospère sur l’aveuglement et le désespoir.

Les salafistes, les frères musulmans et les fondamentalistes de tout poil ont bien compris la combine et grâce à des promesses insensées, ils envoient au casse-pipe et au crime des gamins qui pètent les plombs face à leur misère, leur absence de repères et de perspectives, la tyrannie d’un oppresseur fantasmé, pendant que les parrains attendent leur heure à l’abri de la liberté de conscience qu’ils brandissent à la première occasion. Leurs idéologies rétrogrades et sécessionnistes gangrènent certains archipels précaires de notre république mais celle-ci est minée par les inégalités inhérentes au capitalisme en crise, à un État corrompu et une nation à vau l’eau. 

Fragilisé par les difficultés économiques et sociales, chacun se cherche un bouc-émissaire et les vrais coupables chargent les médias dominants à leur solde de le désigner à la vindicte communautaire. Autrement dit, l’islam politique nous décapite d’autant plus commodément pour le capital que celui-ci continue à nous enculer par derrière, profondément, sous sédatif, et parfois avec notre consentement. On se laisse sidérer par la lame du terroriste, quand ce n’est pas le crâne rasé du facho et la croix gammée du raciste que les journaux bien pensants nous désignent du doigt. On en oublie le système économique déséquilibré (soutenu par une philosophie libérale dévoyée) qui les fait naitre et qui nous fait courber l’échine. Elle nous met chaque jour un peu plus la tête sur le billot, le cul en chou-fleur et la planète à sac. 

Il est grand temps de se ressaisir par les deux bouts. 

D’un côté, on renvoie tous les ultras religieux dans leurs 22 mètres en leur rappelant que quand ils sortent de l’église, de la chapelle, du temple, de la mosquée ou de la synagogue, ils sont des citoyens comme les autres, soumis aux mêmes lois de la république, à l’éducation nationale, au tétracoq et à la piscine en maillot moulant. Voilà pour le côté laïque. On n’oublie pas non plus de leur rappeler qu’en France, la discrimination sexuelle et l’incitation à la haine du mécréant et au meurtre de l’infidèle est passible d’emprisonnement. Et que l’étranger qui n’est pas d’accord avec les principes républicains français peut toujours essayer la porte d’en face.

De l’autre côté, on fait face à une force économique plus abstraite qui détruit le tissu social, la nature et dernièrement, la moindre velléité de tenter un autre modèle. On lui résiste en expliquant et en ré-expliquant toujours comment fonctionne le capitalisme à ceux qu’il asservit, opprime et aliène : il peut bien changer de couleur, il n’en reste pas moins toujours taillé dans le même acier : l’exploitation à tout prix de tout ce qui lui tombe sous la main pour faire du pognon. C’est ainsi notre patrimoine naturel commun, et surtout celui de nos mômes, qui part en fumée. C’est scientifiquement établi et ça doit s’enseigner comme tel au même titre que la Shoah, les massacres après la Commune et le travail des enfants durant la révolution industrielle.

De la même manière qu’on ne peut pas laisser les obscurantistes en appeler à la liberté d’expression et aux Droits de l’homme, on ne va pas laisser les industriels et les financiers nous pourrir l’existence au nom de la libre-entreprise et du droit de polluer. 

Si tout le monde s’accorde sur la nécessité de mettre les extrémistes religieux hors d’état de nuire avant qu’ils ne passent à l’acte terroriste, la majorité si silencieuse doit prendre conscience qu’il va falloir en passer par des actions terrorisantes pour la bourgeoisie et sa sacro-sainte propriété privée afin de lui faire lâcher prise sur le pouvoir absolu qu’elle veut maintenir sur nous et la nature. Par « actions terrorisantes », j’entends tout ce qui touche à ses bénéfices, à son portefeuille et à son pouvoir économique car c’est là sa partie vulnérable, c’est à dire là où ça blesse quand on frappe. Voilà de quoi me faire censurer sur FB et chez Google.

Avec l’islamisme politique, le laxisme libéral et le capitalisme glouton, un bon coup de radicalisme hégétique et éthique (exercice strict de l’autorité légitime) s’impose et ne fera pas de mal : on ne peut pas tout laisser faire sans réagir au nom d’une liberté mal comprise. Si certains excisent, dérouillent ou voilent leurs filles et leurs femmes par tradition, continuent à prétendre que le Père Noël est le garant de la stabilité climatique ou créent leurs propres écoles privées pour que leurs mômes soient assurés de bien penser comme eux, il est temps de remettre toutes les pendules à la même heure et de reloger toute la nation à la même enseigne. Ni dérogation religieuse ni évasion fiscale. Ni négationnisme ni climatoscepticisme. Ni hydroxichloroquine en catimini pour les VIP ni réseau pédophile dans les sacristies. Ni sécession ni passe-droit. Ni complot ni censure.

Si on veut éviter que la France ne parte en vrille, il est impératif de rappeler les règles partout sur le territoire et qu’elles soient les mêmes pour tous. Les lois existent : il suffit de les appliquer. Et là où elles font défaut, la volonté populaire décidera. Il est grand temps de remettre tout le monde au même régime.

 

(1) https://citoyenspourleclimat.org/rapportsdugiec/

2) Quand je dis « système assassin », je pèse mes mots. L’article suivant parle de 20 millions de morts par an.

https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/261217/victimes-du-capitalisme-un-devoir-de-memoire


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À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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