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Mode sombre

Il s’appelle François Villeroy de Galhau (NDLR: FVdG). C’est le gouverneur de la Banque de France depuis 2015. Depuis le 1er novembre exactement. La Toussaint, pile poil pour un béni oui oui. Gouverneur de la Banque de France, ça sonne bien. Je sais pas qui lui a rédigé sa fiche Wikipédia mais il doit avoir de la famille dans la maison. Et la famille, il n’en manque pas, eh oui, Villeroy & Boch, ça vous parle? Papa dirigeait déjà une banque. Maman s’appelle  Odile de La Lande de Calan et sa femme Florence Gilbert de Vautibault (NDLR: FGdV). Je ne dis rien sur les noms à rallonges, je constate. François Villeroy de Galhau est catholique et engagé dans la gauche libérale mais pas que puisqu’il a fait cinq enfants à sa femme Florence. Ils habitent rue du Faubourg Saint-Honoré (en jaune au Monopoly), dans le huitième arrondissement de Paris. FVdG, c’est vraiment le parcours sans faute : lycée Saint-Louis-de-Gonzague (chez les Jésuites, XVIème à Paris), Polytechnique, Ena (promotion Louise Michel, on ne dira jamais assez comme les bourgeois sont ignobles : donner le nom d’une militante qu’ils ont fait déporter à une promo de futurs profiteurs de la République, c’est ça le sadisme de classe), inspecteur des finances, DSK, Cetelem, BNP Paribas, Valls. « En 2016, en tant que gouverneur de la Banque de France, il gagnait 283 129 euros brut par an, ses deux sous-gouverneurs 223 255. Aucun ne bénéficie de logement de fonction, mais d'une indemnité de logement brute de 5 643 euros par mois. » Ça laisse de quoi louer autre chose qu’une chambre au CROUS. Et tout ça, c’est de l’argent public. C’est pas un peu celui qui manquerait en ce moment justement ? Pour gagner un tel salaire, il doit au moins avoir des compétences hors-norme, notre banquier. 

Je cite : « En 2017, il (NDLR: FVdG) appelle Emmanuel Macron à profiter de la reprise pour poursuivre les réformes et à défendre le modèle social européen comme un rempart contre les inégalités. » Ohhhh! « En 2018, il alerte sur l'urgence de contenir la dépense publique et prend l'initiative de lancer le "Network for Greening the Financial System" (NGFS), un réseau de banques centrales visant à explorer le rôle des banques centrales dans la promotion de la finance verte. » Ahhhh! « En 2019, il centre sa lettre sur l'euro à l'occasion des 20 ans de la monnaie unique, évoquant son succès incontestable, ses promesses tenues, le fort soutien populaire dont elle bénéficie et le rôle qu'elle a joué dans l'augmentation du pouvoir d'achat moyen des Français. Il appelle à renforcer l'union monétaire pour maintenir la souveraineté de l’Europe. » 

Je n’ai rien changé et ça prête à sourire sans forcer le trait. Dans l’état actuel de notre aliénation financière à la Banque centrale européenne, la Banque de France ne sert plus à grand chose. Si FVdG était compétent et non croyant, il nous avouerait que l’Euro ne fonctionne pas, qu’il faut en sortir au plus vite et que la Banque de France doit reprendre du service. Mais non, rien, pas l’ombre d’un sursaut de clairvoyance. Chez les Villeroy de Galhau, on est bourgeois de père en fils depuis le XVIIème siècle. Ça n’aide pas à comprendre le monde, à reconnaitre ses torts et à lâcher ses rentes. Poursuivons notre lecture, il y a du neuf. « À l'occasion de la crise liée à la pandémie de Covid-19, il (NDLR: FVdG) annonce une décroissance de 6 % de l’économie française au 1er trimestre 2020, et estime le coût de la crise à 1,5 point de croissance annuelle par quinzaine de confinement. L'économie française perd alors environ un tiers de son activité par rapport à la normale. » Mais son salaire ne varie pas d’un kopeck à notre copain. « Il relève néanmoins le rôle d'amortisseur majeur de l'État face à la crise : « L’intervention publique massive a absorbé au moins les deux tiers du choc, et réduit d’autant son impact pour les ménages et les entreprises.» Sauf qu’il n’y est pour rien puisque ça s’est décidé dans le sauna d’Angela Merkel. « Il relève également le grand consensus des économistes (fait rare)… alors là, Wikipédia prend un virage critique des plus courageux en reconnaissant que les économistes disent d’habitude tout et son contraire  …sur les mesures à prendre pour sortir de la crise et faire redémarrer l’économie au plus tôt et dans les meilleures conditions : la création d’un bouclier de trésorerie pour toutes les entreprises, la reprise des activités et le lancement de grands programmes d’investissement. » Plus interventionniste, tu meurs mais faut pas avoir couché avec Keynes pour annoncer un plan pareil. Sauf que ça n’est pas ce que Macron et sa clique vont faire. En apparence oui mais on attend toujours les lits d’hôpitaux, un vrai soutien au personnel médical, aux aide-soignants, aux enseignants, le renoncement à la privatisation des barrages, à la vente des forêts et des routes nationales, un vrai programme d’investissement dans la transition énergétique, la santé, l’éducation, tout le domaine public qu’on casse gentiment en donnant la molle impression de le défendre avant de le vendre au plus offrant pour rembourser des bailleurs de fonds qui se révèleront être les acheteurs. « L’augmentation de la dette publique étant une conséquence naturelle de ces mesures, qu'il faudra accepter. » Il faudra accepter quoi? Les mesures ou la dette qui va avec… parce que rappelez-vous cher monsieur CQfD, il fut un temps où vous auriez pu vous rendre autrement plus utile qu’en enfonçant toutes les portes ouvertes de Bercy. « Il estime notamment que « le meilleur investissement pour la croissance restera toutes les actions en faveur de l’éducation, de la formation professionnelle et d’un travail plus qualifié » 283 129 euros brut par an pour écrire ce que n’importe quel Gilet jaune aurait pu dire gratuitement… « si nous gérons bien cette crise, ce devrait être un choc très sévère mais temporaire ». Il prend pas de risque, le FVdG : si ça se prolonge, il aura qu’à dire qu’on n’aura pas bien géré. Ben, oui… François Villeroy de Galhau rappelle aussi l'absence de pénurie de billets (les points de distribution d'espèces étant bien approvisionnés) pendant le confinement et estime l'usage de l'argent liquide en baisse de 40 % à 50 % pendant le confinement, de même que pour les paiements par carte. » Bref ce type grassement payé avec les fonds publics aligne les platitudes et en tant que membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, cautionne tous les jours l’enterrement de la souveraineté financière de la France. Mais c’est un européen convaincu et il est sans aucun doute persuadé qu’il travaille pour notre bien à tous. Il est dans le moule depuis le début, le François. Et tout ça, c’est dans Wikipédia.

Le 14 décembre, FVdG est allé faire un tour chez Léa Salamé de France Inter. Il s’est levé de bon matin pour y répéter les mêmes fadaises. Dix minutes pour rappeler son existence à ceux qui paient pour son salaire et celui de la femme qui lui tient le micro. Une suite de truismes, de prévisions très approximatives, de propositions auto-réalisatrices qui ne mangent pas de pain et de chiffres arrondis à la truelle avec une conclusion digne d’une profession de foi européiste à la limite de la crétinerie : « Il ne s’agit pas de mentir aux gens, et il faut leur dire très clairement que l’annulation de la dette détenue par la Banque centrale n’est pas possible. Pour une raison très simple : quand nous avons signé le traité créant l’euro, nous avons dit que ce serait impossible. Ça voudrait dire pour la France sortir de l’euro. Il faudra rembourser dans la durée. »

Mais il manque un détail d’importance dans ce portrait, au final pas plus flatteur que ça, tellement le personnage est morne, une info que j’apprends par un article de l’Huma. FVdG est un grand ami de Jean-Pierre Jouyet. Si vous avez lu Crépuscule de Juan Branco, vous saurez ce que Macron doit à ce brillant personnage de l’ombre, bras droit de François Hollande. Tous ces gens sont allés enterrer Giscard (par contumace à cause du virus) avec la larme à l’oeil et l’Euro en brassard de deuil.

Si un jour, il prenait l’envie saugrenue à un marbré du bocal de me rédiger une page Wikipédia, j’espère qu’elle aurait tout de même une autre gueule que celle de ce grand serviteur (à pas grand chose) de l’État.


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À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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