Écologie

A toi mon pti bonhomme, à toi ma moitié, à vous paysan-nes

Publié le 29/03/2023 à 19:27 | Écrit par La Rédac' | Temps de lecture : 04m24s

Voici un texte de Vincent Perrin, un article publié dans le numéro papier de mars mais qui tombe à pic alors que les mégabassines de l'agro-bizness et les miliciens du gouvernement fascistoïde nous mènent à la catastrophe.

Des bribes de vie aux brèves de vie, on aurait sans doute le coeur qui balance quoique les bribes ont cette petitesse que j’affectionne comme cette humilité journalière. Année 2023 débutée en terminant 2022 comme 2021 et 2020, on aurait l‘espoir grandissant, frémissant, hésitant, haletant. Quoique ? Si je savais comment commencer, si je savais comment prendre le taureau par les cornes, vraiment je le ferais mais la maturité et la sagesse ont rebroussé chemin. Comment rester insensible, comment sombrer dans l’immobilisme, comment mettre mes deux mains devant ce crachoir qu’est ma bouche? Si le métier de paysan nous a embrassés, le monde qui nous entoure nous fait chaque jour un peu plus le « baiser du Malin ». Les crevasses de nos mains façonnées par la terre sont à la vue de bien trop peu de monde. J’ai peur du regard de mes yeux sur cette réalité mortifère. Quand la petite fille respire l’air de la campagne sur sa balançoire, les gyrophares au loin indique la position de son père. Lui, il a la volonté archaïque du produit, le genre de personnage qui te parlera rendements, médicaments pour les plantes au détriment de la santé de son enfant. Genre de schizophrénie devenu norme sous couvert de 40 ans de pratiques au productivisme affirmé et au surplus jetés avérés. La cathédrale devenue silos et stockage d’engrais, il n’y a plus que le son de cloche des enterrements pour peaufiner le tableau. 

Allez, je vous l’accorde, le décor du voisinage agricole, ça fait pas rêver mais une chose est sur, il s’agrippe à son destin de château de cartes. Au détriment de cette lâcheté humaine consciente et assumée, on aura bien la malheureuse réalité de regarder au bout du chemin. Chez nous, c’est la forêt comme on aime à le dire ! Pti bonhomme qui grandit à l’orée du bois on aura compté plus d’arbres tombés que de variétés d’oiseaux… envolées ! Les plaies de plus en plus nombreuses deviennent irrémédiables. Comment recréer demain ces colosses aux dizaines d’années qui en deux secondes se seront effondrés, résultat d’un climat qui se détraque. Papa, mettre des graines ! Oui je sais, mon petit, on mettra encore du cœur à l’ouvrage pour nourrir ceux qui restent et dont ta maman connaît chaque nom, chaque détails. J’te rassure, avant, les oiseaux mangeaient des insectes ! Si, si, je t’assures ! Poukoi Papa ? Je te rétorque ta phrase favorite, mon petit : Pake.

Mais tu sais, il y a des jours où l’oiseau picore dans le champ en face, tu sais là où nos cochons se prélassent au soleil et tu sais, c’est vertueux car ils consomment les parasites. A part hésiter à utiliser ces mots, je me demande encore quel est le pire des parasites. Il me semble et avec ta maman nous en sommes sûrs, il appartient à l’espèce humaine, de celle qui voudrait des paysans en blouses aseptisées, charlottes et sur bottes. Celle qui comme le pire des chiens de garde viendrait te saigner par le mollet. Celle qui te parlera SAS sanitaire et désinfection. Poukoi papa ? Pake, je te dis. Non, en fait, c’est compliqué mon amour ! Pake il faut pas que certaines maladies se propagent car le tiers de l’élevage de merde breton ne pourrait plus exporté ses saloperies en Chine. C’est quoi la Chine Papa ? Un pays ! C’est qui ? Ce n’est pas une personne comment te dire c’est pleins de gens dans des frontières. Ok, je sais que mon bambin ne capte pas tout et tant mieux car on  a mieux à faire que de palabrer sur la définition d’une frontière, concept fortement abject ! Papa moi shoote dans la poussière ! Oui je sais la terre est sèche, chaton. Comment lui dire? en fait j’ai pas envie de lui dire bordel ! Je peux pas, il est trop petit ! Partout les voyants sont au rouge depuis l’été dernier on a même inventé le concept de canicule d’hiver. Températures records et eau évaporée. Le dessin est mal barré. On va encore se fracasser la cervelle pour protéger nos animaux, nos plantes de ces dérèglements. Je pourrais continuer cette complainte à l’infini, mes amours mais nos vies valent plus que les statistiques et les notes du banquier, valent plus que ces humains destructeurs qui nous empoisonnent, valent plus que ce commerce mondial devenu archaïsme pour les générations qui arrivent, valent plus que l’individualisme et la jalousie de nos voisins exploitants agricoles qui tentent de nous affaiblir. L’avenir paysan et humain, si n’est pas déjà un pléonasme, on ne le pense plus pour après-demain mais déjà pour demain car il n’y a plus à attendre et à se pignoler sur des représentants à l’apparence d’une moyenne de bulletins de votes. Je te montrerai le regard de nos clients lorsque la sincérité, la vérité et la satisfaction se présentent, là, il y a le vrai. Hier, j’ai planté ce jeune pommier que ta maman a ramené, il fera partie de ces graines, de ces éléments vivants qui je l’espère seront la plus belle et la plus forte des armées de demain. Mon pti chou, je sais que l’on est gourmand de pâtisserie, nous sommes des paysans-nes, nous sommes de ceux que l’on oublie mais nous sommes avant tout des gourmands de la vie ! A l’heure où tu vas pas tarder à mettre ton ptit chapeau de grand frère, tu me diras que le tableau n’est pas très coloré, j’te l’accorde mais ta maman nous a ramené pleins de crayons de couleurs !

Vincent Perrin




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