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Cet article est initialement paru dans l’édition papier de mai.

Il y a 50 ans, le 25 avril 1974, après 48 années de dictature, un coup d’Etat militaire connu sous le nom de “Revoluçao dos cravos” ("Révolution des Oeillets”) organisé par le Mouvement des Forces Armées renverse, grâce à l’appui du peuple portugais, le régime autoritaire de “O Estado Novo” (“Etat nouveau”) fortement installé depuis 1933.

Début 74, entre les diverses guerres coloniales (Angola, Mozambique et Guinée Bissau) dans lesquelles le pays est embourbé et la pauvreté du pays, la colère gronde au sein de l’armée. Diverses voix se font entendre pour prôner la démocratisation du pays. Une partie des officiers tourne le dos au pouvoir autoritaire de “O Estado Novo” et crée le Mouvement des Forces armées (MFA).

“O Estado Novo” est né suite à la “Ditadura Nacional” (Dictature nationale) instauré après le coup d'État du 28 mai 1926. Antonio de Oliveira Salazar en fut le premier ministre de 1932 à 1968, année où il démissionna pour cause de maladie, mais sa politique se poursuit avec Marcelo Caetano, alors Président du Conseil..

Après l’échec d’une première tentative le 16 mars 1974 pour faire tomber  Marcelo Caetano, successeur de Salazar mort 4 ans plus tôt, ce second soulèvement du 25 avril 1974 permet enfin la libération de tout un peuple. NB : Je vous conseille le film “Capitaines d’avril” de Maria de Medeiros (disponible à la médiathèque) qui relate cet épisode marquant de l'histoire du Portugal.

La révolution est assez remarquable car il y a eu peu d’effusion de sang. Quatre morts civils sont dénombrés, tués par la “Polícia Internacional e de Defesa do Estado” (PIDE, police politique). Aussi, cette révolution est portée par des militaires sans volonté d’installer un nouveau régime autoritaire. La chape de plomb tombée, les ondes peuvent de nouveau diffuser “Grandola, vila morena” (Grandola, ville brune) de Zeca Afonso, hymne de la Révolution des Oeillets, les œillets étant l’emblème de cette révolution pacifiste car fortement présents au marché aux fleurs, point de rassemblement des milliers de portugais descendus dans la rue soutenir les militaires insurgés. Certains d’entre eux mirent cette fleur dans le canon de leur fusil.

Le 2 avril 1976, le Portugal adopte sa nouvelle constitution, celle qui court encore aujourd’hui. Elle entre en vigueur, 2 ans jour pour jour après la révolution, le 25 avril 1976.

Alors quand le rédac chef nous a annoncé que l’on bouclait le numéro du mois de mai le 25 avril, j’ai eu envie de fêter cet anniversaire avec vous car mon histoire est intimement liée aux heures sombres traversées par mon second pays.

En 1972, mes grands-parents ont fui la dictature portugaise et sont venus s’installer à Dole, ma mère avait alors 2 ans. Grâce à ce passé familial, j’ai pu devenir binational. C’est ainsi que courant février, j’ai reçu mon nécessaire de vote par correspondance pour les élections législatives portugaises du 10 mars 2024. Ces élections ont été convoquées suite au scandale de corruption qui a secoué le pays et provoqué la démission du Premier Ministre socialiste Antonio Costa le 07 novembre 2023.

Les élections se déroulent dans ce contexte particulier et les résultats tombent au soir du 10 mars. L’opposition du centre-droit arrive en tête en se maintenant. Le parti socialiste est second avec 40 députés de moins qu’en 2022 (le parlement portugais compte 230 députés). De son côté, l’extrême-droite fait une percée assez historique en arrivant 3ème du scrutin et obtenant 18 % des suffrages dans un pays qui semblait plutôt préservé des montées nationalistes observées partout en Europe depuis de nombreuses années. Sous l’ancienne mandature, seuls 12 députés du parti d’extrême-droite étaient présents. Désormais, ils sont 4 fois plus nombreux. 48 ans de dictature il y a 50 ans, 48 députés d’extrême-droite aujourd’hui… L’avenir est-il un long passé?

 

Thomas Gaillard


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