Palestine / Israël : balle au centre
La polémique enfle. Adèle Haenel vient mettre un pavé dans la mare. Et, à juste titre, elle dénonce le génocide à Gaza et les États qui laissent faire. Sur le plateau de La Grande Librairie, elle déclare : « L’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. »
Tout le monde (ou presque) est d’accord.
Et c’est facile de l’être. Ou quasi impossible de ne pas l’être...
Je pense à une grand-mère palestinienne qui a perdu un enfant dans les années 50. À sa fille qui a perdu un proche une génération plus tard. Puis à une troisième génération meurtrie et qui souffre. Et parfois même à une quatrième génération qui a connu la mort de près. Voire, cette histoire commence avant, la Nakba en 1948. Sans remonter aux croisades, cette terre ne cesse d’accueillir des malheurs successifs.
Cet été, j’ai pu voir les cernes se dessiner sur le visage d’une amie dont le père et tout un pan de la famille vivent à Beyrouth.
Pour autant, il existe une autre mémoire.
Nous pourrions aussi trouver des familles israéliennes (juives ou non) qui ont souffert, elles aussi, sur plusieurs générations, des attentats, des tirs de roquettes et des actes de barbarie du Hezbollah ou autres mouvements intégristes, bras armés de puissances régionales qui entretiennent la haine et font de ces populations la chair à canon de leurs ambitions.
Mon idée est qu’une vision unilatérale de ce drame nous conduit à une impasse idéologique.
Alors, ne pourrions-nous pas avoir aujourd’hui un embryon de prise de parole libérée et pour autant indignée, qui nous montre les diverses vérités de ce drame ?
Marshall Rosenberg a travaillé avec des Israéliens et des Palestiniens. Il raconte notamment l’expérience durant laquelle « the Norwegian guy » avait réuni un Israélien et un Palestinien dans une maison pendant un week-end pour les faire réellement dialoguer. Ce huis clos avait permis davantage d’avancées que des années de négociations conventionnelles. Sortir des positions pour revenir aux besoins : sécurité, reconnaissance, dignité, justice.
De même pour le processus conduisant aux accords d’Oslo : négociations secrètes en Norvège (93). Un processus imparfait, mais qui avait rendu imaginable ce qui semblait impossible.
Cela a tenu quelques années ; le temps que les attentats, les extrémismes et les calculs politiques fassent dérailler ce petit miracle.
Plutôt que de laisser des politiques véreux (n’est-ce pas devenu un pléonasme aujourd’hui ?) s’emparer du sujet, le déformer, le manipuler, l’instrumentaliser, ne pourrions-nous pas ouvrir le débat et permettre à l’intelligence d’émerger ?
Parce qu’il s’agit d’un des sujets les plus graves du moment. Et qu’il nous concerne tous. En tout cas, ne pas y prendre part reviendrait à s’inscrire dans les pas des « spectateurs » qui ont permis 39-45 !
Cela ne retire rien au fait qu’en Israël, un pouvoir accusé de mener une politique génocidaire à Gaza tient toujours les rênes. Et que tout doit être tenté pour l’arrêter.
Mais surtout, ce sont les « pauvres gens » qui souffrent et se font briser par les belligérants.
Ceux qui n’ont aucune prise sur les décisions du Hamas, du gouvernement israélien ou de Téhéran. Adèle Haenel vient habilement de le rappeler.
Et, au-delà de la situation du Moyen-Orient, elle dénonce l’existence de paroles que l’on peut connaître et qu’il devient problématique de dénoncer publiquement (la médiocre direction de France TV finalisant la démonstration en retirant le replay « à titre conservatoire » — nouvelle démonstration que le ridicule ne tue pas, s’il en était besoin).
Avant elle, Stéphane Hessel. Ancien résistant et déporté, il faisait précisément de la situation en Palestine l’une de ses principales indignations et appelait à une « insurrection pacifique » !
Mais la première chose à faire n’est-elle pas d’aller aux sources afin de nous sortir de ce magma de manipulation et de désinformation ?
Surtout écouter ceux qui, des deux côtés, refusent cette folie.
Plutôt que de choisir son camp comme on choisit son équipe de foot, pourquoi ne pas essayer de comprendre, confronter les récits, revenir aux faits et faire émerger les besoins derrière les positions ?
Cela ne signifie ni renvoyer tout le monde dos à dos, ni relativiser les crimes, ni chercher un confortable « juste milieu ».
Cela signifie refuser de laisser notre rébellion être confisquée par la propagande des uns ou des autres.
Et si Libres Commères engageait le mouvement ?
Donner la parole.
S’indigner, évidemment.
Mais aussi essayer de nous aider à mieux comprendre.
Et permettre, à notre modeste niveau, à l’intelligence d’émerger.
Claude-Noël Viral.
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