Humeur

Dérapages contrôlés ?

Publié le 05/06/2020 à 12:49 | Écrit par Christophe Martin | Temps de lecture : 04m03s

Trois de nos élus locaux ont récemment utilisé des raisonnements et des manières de faire qu’il n’est peut être pas inutile de mettre à plat. On commence par le plus âgé… des trois raisonnements. Celui du député Sermier. Je vous la fait brève : le représentant de la 3ème circonscription du Jura a signé une proposition de loi visant à rendre non identifiables les forces de l’ordre lors de la diffusion  d’images dans l’espace médiatique. Sanction : 15 000 € d’amende et un an d’emprisonnement. C’est antidémocratique ou radical, voire excessif : à chacun de voir selon sa conscience politique mais la réponse au Progrès peut laisser perplexe : « Cette proposition de loi est là pour mettre un vrai sujet sur la table, ce n’est pas l’alpha et l’oméga, et on sait très bien qu’elle ne sera pas votée. » 

On demande donc la peine capitale pour rire. Euh… On est dans l’immobilier, on marchande, on fait des coups de com’, des effets de manche, c’est la pesée avant le match de boxe ou… l’Assemblée nationale. Et si les députés de LaRem qui ont déjà offert les pleins pouvoirs au gouvernement votaient le texte tel quel parce que les policiers sont demandeurs et que le gouvernement s’écroulerait sans le soutien sans défaillance de la police et de la gendarmerie… On n’est tout de même pas à l’abri d’un dérapage… de la part de LaRem bien sûr. Tous ne sont pas de vieux briscard de l’Hémicycle comme le député Sermier.

L’autre inquiétude vient du maire de Dole. Mardi dernier, lors du premier conseil municipal, on votait pour les indemnités (voir notre reportage de l’intérieur du huis-clos). Hervé Prat (EELV) a regretté que Jean-Baptiste Gagnoux ne fasse pas un geste en annonçant une petite réduction (peut-être temporaire) de son indemnité. Il touche en effet 3889,38 € brut par mois et 3500 € ne l’auraient pas mis sur la paille. Au passage, signalons qu’il est également conseiller départemental. Mais on ne va pas barguigner pour quelques milliers d’euros. Ce qui nous intéresse, c’est la réponse de l’élu. Il juge la demande d’Hervé Prat « aux abords de la démagogie ». Effectivement, cela aurait été un geste démagogique en direction des masses à qui Muriel Pénicaud va demander beaucoup plus, un geste qui aurait pourtant été apprécié par la population et même par moi qui n’émargerai jamais à plus de 4000 euros par mois, ni même au salaire médian (si j’atteignais le SMIC en ce moment, ça serait pas de refus). Mais le pire est à venir : non seulement, l’élu campe sur ses positions mais annonce qu’à Dole, on pourrait demander plus, qu’ailleurs dans l’UE les élus municipaux gagne plus et que l’équipe de Jean-Claude Wambst elle-même touchait plus. Oui, un geste aussi symbolique que moral n’aurait pas été de refus.

« C’est du populisme ! » s’est empressé de clamer le sus-mentionné Sermier, venu en renfort. Je vous laisse apprécier ce commentaire d’un élu payé de longue date par les deniers publics pour faire ça, pas plus tard qu’hier…

 

 

Enfin c’est à Jean-Philippe Lefèvre (dont vous noterez bien que je site le prénom en l’absence de titre), conseiller municipal délégué (là je supprime les majuscules pléthoriques du site de la ville) chargé des politiques culturelles, patrimoniales et des relations internationales que revient la dernière banderille. Dans le Progrès du 2 juin (diantre, c’est à croire que je suis abonné chez la concurrence !), Christian Parent s’interrogeait sur le fait qu’Alexandre Douzenel, 10ème adjoint, chargé de l'évènementiel, de l'animation, de l'innovation et du numérique prenait la main sur Cirque et Fanfares : « Ce qui relevait de la culture devient maintenant de l'« évènementiel » et de l'« animation ». Ainsi le festival Cirque et fanfares, que j’avais imaginé et créé, procède d’abord d’une démarche culturelle, festive, en plein air et gratuite. C’est un festival populaire et comme tel, il a des retombées économiques. Et à mes yeux, c’est une erreur que de le considérer aujourd’hui comme une simple animation. »  La réponse est venue via Facebook : 

 

 

Christian Parent n’étant plus aux affaires, c’est absurde de lui reprocher de seulement soulever un problème (qu’on soit d’accord ou non) quand d’autres ont le mandat pour faire. La démocratie passe par le débat. Et Christian Parent n’est pas non plus inactif ni pour l’hôpital ni pour la culture. Le commentaire est donc un poil injuste… et carrément méprisant. On débine l’auteur de la remarque plutôt que de répondre sur le fond et la division des compétences. C’est comme si le maire disait que les adjoints minoritaires ne sont que des démagos populistes puisqu’« à la fin, c’est nous qu’on va décider de toutes façons ». Non, Jean-Baptiste Gagnoux ne ferait jamais une chose pareille et c’est pourquoi nos échanges sont toujours empreints d’une vacherie courtoise et réciproque. 

Résumons-nous. A chacun son boulot. D’un côté des élus au pouvoir qui croient savoir jouer sur les mots et vilipender les empêcheurs de tourner en rond tout en gardant le cap pour nous conduire droit dans le mur. De l’autre, les sales gosses qui dénoncent des exactions policières, les inégalités sociales et le massacre de la planète par une économie irresponsable. J’ai choisi mon camp. 




À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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