Culture

Avec la tronche de Jean-Pierre Pernaut

Publié le 28 oct. 2020 à 18:24 | Écrit par
Christophe Martin
| Temps de lecture : 02m07s

 

Je ne sais pas si le confinement qui se profile vous permettra de le voir tout de suite sur grand écran mais « Adieu les Cons » de Dupontel a été à la hauteur de ce à quoi je m'attendais. Tout ça pour vous dire que j'en attendais trop rien. Film France Inter, critiques plutôt bonnes, sortie très médiatisée, je me méfie. Dupontel m'a paru toujours aussi foutraque et pas abouti sur Thinkerview mais je partage les goûts cinématographiques du bonhomme et j'aime bien sa caméra.

« Adieu les Cons », c'est d'abord un titre accrocheur. Avec l'ami Antoine, on avait proposé « malgré les cons » pour l'association qui s'appelle aujourd'hui la Bobine. C'est moins clivant tout de même. Et le titre du film ne tombe pas comme un cheveu sur le guacamole : il est en plein dedans.

Cinéphile, Dupontel croise Brazil (la tuyauterie, la bureaucratie, Monsieur Tortle ou quelque chose du genre , les patronymes écorchés, Terry Jones dédicataire et Terry Gillians en guest star) et Amélie Poulain (l'aveugle qui décrit le trajet est purement génial, la bande son, le croisement amoureux, les bons sentiments). Et sans doute des tas d'autres films que je n'ai pas repérés ni vus. Le scénario est délibérément surréaliste mais logique et comme le dit ma belle-mère, « ça tient du conte » mais le monde absurde et impitoyable dans lequel nous plonge « Adieu les cons » ressemble étroitement au nôtre, mais en plus drôle. On rigole franchement. Il y a des scènes d'anthologie, des répliques de légende et même si mes copines ont trouvé la fin un peu dure, perso, je la considère en phase avec un tel engrenage social.

Dupontel s'est fait la tête de Jean-Pierre Pernaut avec le Qi informatique de Steve Job puissance 10. Pas étonnant qu'il se rate au début.

Il y aussi dans le cinéma de Dupontel tout ce qui en énerve certains chez Jean-Pierre Jeunet. Une petite préciosité kitsch très frenchy. Mais là n'est pas l'essentiel. Dupontel souffre dans ce monde de cinglés où se porter comme une fleur devrait soulever l'inquiétude. D'ailleurs tout le monde va mal dans ce bordel sauf une petite gonzesse jolie comme un cœur.

Dupontel a mis dans ce film bon nombre de ses angoisses et je les partage. Ce n'est pas pour autant un film militant, loin de là. Il reste dans son confort d'artiste, à l'abri du besoin et des attaques du système qu'il dénonce mais pas trop et surtout prêt pour un prochain long-métrage. C'est d'ailleurs son objectif. Pas changer le monde mais déciller un peu le grand public.

Maintenant, est-ce qu'on pourra encore aller au cinoche dans les jours à venir ? Ça m'étonnerait : Macron et les technophiles qui le conseillent sont favorables à la 5G et à la fibre, à la distanciation sociale, à l'individualisme forcené, à l'hyperconnexion, et c'est justement elle dont s'effraie jusqu'à s'en donner le vertige Albert Dupontel.



À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.

Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès
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