Écologie

Le bitume contre le coquelicot

Publié le 18/11/2021 à 16:15 | Écrit par La Rédac' | Temps de lecture : 04m15s

Biodiversité ? Qu’est-ce que la biodiversité ? Depuis quelques temps, ce terme revient en permanence. « Préservons la biodiversité », « la biodiversité s’est effondrée depuis 30 ans »…

Ce terme est composé du mot « diversité » et du préfixe « bio », qui en grec signifie « vie ». Donc en d’autres termes, biodiversité signifie hétérogénéité de vie. Selon l’OFB (Office Français de la Biodiversité), « la biodiversité désigne l’ensemble des êtres vivants ainsi que les écosystèmes dans lesquels ils vivent. Ce terme comprend également les interactions des espèces entre elles et avec leurs milieux ».

 

Dans ce combat pour préserver la biodiversité, les agriculteurs sont mis en avant : ce seraient eux es principaux responsables d’une perte de biodiversité au sein de nos campagnes par leurs différentes pratiques. Ce serait à eux de faire des efforts en replantant des haies, en installant des nichoirs à oiseaux et chauve-souris, à eux de préserver des bandes enherbées au bord de leur parcelle, réduire les produits phytosanitaires alors que l’on ne leur propose aucune aide pour un modèle agricole plus respectueux. Ils doivent continuer à faire comme avant, suivant un modèle destructeur et avilissant tout en préservant la biodiversité. Ce qui est incompatible sur le long terme.

 

En 1999, une étude avait été réalisée pour relier l’A39 qui traverse le Jura, à la Suisse. Suite à cette étude, deux scenarii ont été envisagés pour permettre une ouverture plus directe entre la frontière franco-suisse. Le premier envisageait de relier l’A39 à la Suisse par une route directe de 73 km passant par Champagnole, le coût estimé en 1999 était de 1 milliard d’euros. Le second prévoyait la construction d’une route plus longue de 94 km passant par Champagnole et Pontarlier, pour un coût d’environ 800 millions d’euros. Ce projet n’a pour le moment jamais vu le jour et semblait être aux oubliettes. 

Et non ! L’actuel président du Conseil départemental du Jura, Clément Pernot, appelle de tous ses vœux la concrétisation du projet. 

L’idée de la construction d’une ligne express entre Dijon et Lausanne via Poligny et Vallorbe est relancée. Pour Clément Pernot, cela permettrait de limiter la concurrence avec les stations de ski du Doubs, et de faciliter les échanges frontaliers. Actuellement, la seule liaison est la RN5. De plus, cette nouvelle route désenclaverait le Haut-Jura notamment, et offrirait une liaison rapide avec la 4ème ville Suisse. Pour le SRADDET (Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires), ce projet est prioritaire. Marie-Christine Chauvin, sénatrice du Jura, a quant à elle interpellé le gouvernement à ce sujet lors d’une séance au Sénat le 14 janvier 2021. « La départementalisation des routes nationales n'a pas changé les diverses solutions du projet puisque ces axes relèvent toujours d'une compétence nationale. Afin d'avoir une desserte routière digne de ce nom dans le Jura », elle demande au gouvernement « d'inscrire enfin ce projet au prochain contrat de plan État-région 2021-2027. » Dans son argumentaire, elle met en avant le trafic routier quotidien dense qui entraîne des nuisances et des problèmes de sécurité notamment pour la commune de Poligny. Enfin, pour Sylvie Vermeillet, elle aussi sénatrice du Jura, « la mobilité est toujours la clé du dynamisme des territoires ». A priori, l’actuelle Présidente de la Région, Marie-Guite Dufay se serait prononcée contre le projet (« Je vous annonce que la Région Bourgogne-Franche-Comté ne prévoit pas de relancer ni de financer ce projet de liaison 2×2 voies entre Poligny et Vallorbe » extrait d’un courrier faisant réponse à la demande d’un citoyen) mais pour le moment aucune décision nette n’a été prise par le Conseil régional. 

En parallèle, le département gère mal l’entretien de ses routes. Pour preuve, la route D57E1 entre Menétru-le-Vignoble et Château-Chalon. Depuis des années, celle-ci est en très mauvais état. Certes  peu empruntée, elle permet cependant de rejoindre l’une des deux communes sans devoir repasser par Voiteur en contre-bas, et elle permet aux vignerons du secteur de circuler plus facilement entre leurs parcelles notamment avec leurs tracteurs. La municipalité de Menétru a plus d’une fois alerté le département sur la fragilité et le besoin de renforcer cette route. Suite aux précipitations et aux orages de la semaine du 14 juillet (environ 150 mm de cumuls entre le 12 et le 16 juillet), la route s’est effondrée, entraînant avec elle des parcelles de vignes. Depuis cet épisode, le sol continue lentement de glisser. La route est condamnée et ce jusqu’à une date indéterminée. 

 

Les conséquences directes liées au dérèglement climatique se font de plus en plus sentir. L’année 2021 en est la preuve. Les agriculteurs et les viticulteurs en sont les premières victimes. Une vague de gel sans précédent début avril, des cumuls de précipitations au-dessus des moyennes, des orages de grêle, une pression sanitaire élevée, tous ces phénomènes éprouvent durement les agriculteurs. Évidemment, ils ne sont pas nouveaux, mais c’est l’accélération et le cumul qui mettent à dure épreuve les travailleurs de la terre. Si ce projet routier voit le jour, cela ne ferait qu’accentuer la situation. La gouvernance actuelle de notre département ne propose aucune solution concrète en faveur de la biodiversité et la protection de l’environnement. Bien au contraire, les actes parlent d’eux-mêmes.  La relance de ce projet de 4 voies prouve que la préservation de nos écosystèmes est subsidiaire. 

Au lieu d’investir dans de grands projets inutiles, c’est le moment pour la bifurcation écologique. N’est-il pas aberrant de subventionner des mesurettes « écologiques » d’un côté tout en artificialisant nos sols de l’autre? Notre planète est un bien commun, que nous devons collectivement préserver. Le coquelicot avant le bitume !

 

Mam'zelle Mouthe

 

 

 




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