Mode sombre

Dans le cadre des Élections européennes du 9 juin prochain, Libres Commères ouvre ses colonnes à toutes les listes présentes sur le Pays dolois afin d’éclairer notre lectorat sur l’enjeu de ce scrutin. Nul format imposé, nulle longueur exigée, nulle tonalité rhétorique requise : nous nous sommes engagés à ne pas retoucher les textes qui nous ont été remis. La tribune devait cependant répondre à ces deux questions :

  1. A quoi sert le Parlement européen ? (Pourquoi voter ?)
  2. Pourquoi voter pour votre liste ?

Nous vous livrons donc ces articles dans l’ordre de leur réception à la rédaction.  

Dans la mesure où nous n’avons pas toujours su où nous adresser, les responsables des listes non-contactées peuvent encore nous envoyer leur texte via la boite à courriels de notre site.

 

Cher CM,

Je vous remercie sincèrement pour votre soutien. Votre lettre a été une source de grande satisfaction pour toute notre équipe. C'est une excellente nouvelle que notre liste suscite l'intérêt de gilets jaunes motivés et déterminés comme vous !

Je joins à ce message un texte, dont une version modifiée a été publiée dans Marianne, qui pourrait répondre à votre demande. Nous serions profondément honorés d'être publiés chez les Libres Commères.

Je fais mienne la fière devise des Comtois : "Comtois, rends-toi ! Nenni, ma foi !" Son caractère obstiné me semble particulièrement approprié à notre époque actuelle.

Bien à vous,

Georges Kuzmanovic

 

 

A quoi sert l'élection européenne ? A être détournée par nous, le peuple !

A quoi sert l'élection européenne ? La question pourrait paraître provocatrice dans la bouche d'un partisan du maintien de l'indépendance française comme moi. 

Cette élection a bien des défauts. Elle n'a été créée que pour légitimer, par un organe d'apparence démocratique, une gouvernance conçue précisément pour contourner la démocratie – celle de l'UE depuis Maastricht. Malgré toute la communication sur la « colégislation » par « le Parlement et le Conseil », la réalité des rapports de forces à Bruxelles fait que la Commission impulse et que les gouvernements nationaux téléguident largement leurs compatriotes eurodéputés. L'excellente série Parlement diffusée sur les écrans de France.tv – qu'on ne peut pourtant soupçonner de propagande eurosceptique – le dévoile avec cruauté. 

Mais surtout, ce « Parlement »  reste soumis à une loi fondamentale – les traités – qui détermine pour l'éternité la vraie foi qu'il doit servir : la concurrence dans tous les domaines, la destruction des services publics, la suppression des frontières intérieures et extérieures pour les hommes, les capitaux et les marchandises, le gouvernement des juges contre la démocratie, l'exaltation des minorités, la soumission à Washington sur le plan international et à son idéologie communautariste, l'abaissement des nations, de leur voie et de leur destin propres...  

Les Français ne s'y trompent d'ailleurs pas : ils boudent largement cette élection et, dans le cas contraire, envoient souvent un « message » ayant peu de choses à voir avec ce que font les eurodéputés. A certains égards, cette élection pourrait être le symbole même de la crise de la démocratie que nous vivons - crise qui tient moins à une mauvaise représentation par les élus qu'à leur impuissance organisée : à quoi bon voter si cela ne change rien à notre vie ? 

Pourtant, avec ses innombrables défauts, l'élection européenne reste malgré tout une occasion pour s'exprimer devenue rare, très rare depuis que le pouvoir n'organise plus de référendum (2005). Paradoxalement, ses modalités en font une élection plutôt ouverte : pas de scrutin majoritaire par circonscription qui favorise les grands partis, comme aux législatives ; pas de 500 signatures de maires sous pression pour empêcher toute nouvelle candidature, comme à la présidentielle ; mais un scrutin national permettant aux listes ayant obtenu 5 % d'obtenir au moins cinq élus. Puisque aucun des grands partis ne remet sérieusement en cause les traités européens, cette élection est donc une occasion pour les Français de redire non. On peut détourner l'élection européenne.

Prendre ainsi la parole est d'autant plus indispensable que les forces européistes (Renew, PPE d'Ursula von der Leyen, PS de Raphaël Glucksmann, EELV) confrontées aux difficultés qui s'accumulent, sont attirées par une triple fuite en avant. D'abord vers la guerre, illustrée par les déclarations bellicistes irresponsables du président Macron, qui menace la Russie sans avoir les moyens d'être crédible ; ensuite vers l'élargissement, avec la promesse faite à l'Ukraine et à la Moldavie d'entrer dans l'Union, ce qui achèverait de ruiner des pans entiers de l'économie française ; enfin vers l'approfondissement, avec la fin programmée du vote à l'unanimité au Conseil – le tout sans demander le moins du monde leur avis aux peuples européens.

Nous voyons donc dans cette élection l'occasion d'imposer dans le débat public la voix du peuple français – ce peuple qui reste attaché au modèle français – universaliste, laïc, indépendant, axé sur des services publics et un système social solidaire – contre le travail de sape des pouvoirs successifs et de leurs alliés de Bruxelles. Nous voulons que puisse se faire entendre la voix de la France périphérique et des perdants de la mondialisation, des Français qui ne parviennent plus à survivre alors qu'ils travaillent dur, des agriculteurs et chefs de petites et moyennes entreprises étranglées pour que les multinationales puissent maximiser leurs profits, des habitants des banlieues pauvres qui veulent vivre en sécurité et en fraternité. Malgré la tripartition artificielle de la vie politique, les Français se retrouvent sur beaucoup de sujets, des émeutes en banlieue à la réforme des retraites, du soutien au mouvement des gilets jaunes ou des agriculteurs à la laïcité, de la tentative de privatisation d'ADP à l'insupportable marché européen de l'électricité.

Cette élection doit se transformer en referendum, pour que les Français puissent dire trois fois non : non à la dérive incontrôlée vers une guerre qui n'intéresse que quelques grands intérêts financiers ; non à la dérive vers un élargissement de l'Union à des pays avec lesquels la concurrence ne peut être que déloyale ; non à une fédéralisation qui confisquerait définitivement la souveraineté aux citoyens. A noter que, malgré le matraquage médiatique, les délires européistes ne sont soutenus que par une petite minorité de Français : 23% veulent envoyer des troupes au sol, 29 % veulent l'entrée de l'Ukraine dans l'UE et 31% pour une souveraineté européenne. Le camp du non de 2005 est plus fort que jamais.

C'est pourquoi j'ai décidé de me lancer dans l'aventure de la construction d'une liste citoyenne ouverte à toutes les bonnes volontés qui seraient prêtes à se rassembler autour de ces convictions partagées. Pour briser le monopole des politiciens professionnels à la vision hémiplégique, il faut proposer aux Français une liste à l'élection européenne qui leur permette de voter pour une France qui ne renie aucune des caractéristiques de son génie propre. C'est pour cela que je propose de l'appeler « Nous le peuple ».

Que feront les eurodéputés que nous espérons faire élire ? Ils voteront d'abord, lorsque c'est possible, en fonction des intérêts de la France – et de rien d'autre. Il ne seront pas prisonniers d'idéologies hors sol ou de solidarités partisanes absurdes.

Mais ces occasions de peser réellement sur la législation n'étant pas fréquentes, ils auront surtout à cœur de se faire les tribuns du peuple français - tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'hémicycle. Nous aurons enfin la satisfaction de voir et d'entendre des représentants français refuser haut et fort les simagrées en volapük et le prêchi-prêcha qui dominent les séances à Strasbourg, et revendiquer les principes républicains et français contre l'idéologie du libre-échange, de l'uniformisation et de l'atomisation du monde, de la destruction de l’État et de toutes les solidarités. Contre l'effacement volontaire de l'Europe devant le patron états-unien, ils défendront l'idée gaullienne d'une Europe européenne. Contre la prétendue écologie néolibérale et hypocrite du green-washing et de la destruction de l'agriculture française, ils défendront la planification, l’État stratège, le ferroviaire public subventionné et les circuits courts – évidences partagées par les Français mais interdites par les traités.

Le peuple français ne partage pas les décisions prises sans lui, contre lui depuis Maastricht. Les grands partis ne relayant pas efficacement la parole de la France du non, celle-ci a besoin d'un porte-voix fidèle : « Nous le peuple » !


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