Mode sombre

Les fonds issus des cotisations et taxes des entreprises sont réorientés majoritairement vers la formation des demandeurs d'emploi, le financement des centres d’apprentis et autres alternants, le remboursement de la formation des salariés des entreprises de moins de 50 salariés (celles qui disent parfois qu’elles n’ont « pas le temps » d'envoyer leurs salariés en formation). Les salariés et travailleurs indépendants peuvent aussi choisir des formations éligibles au Compte Personnel de Formation (CPF), allant du permis de conduire au titre professionnel de secrétaire médical en passant par l’anglais commercial ou le traitement de texte. 500€ par an sont crédités virtuellement et plafonnés à 5000€, 800€ par an plafonnés à 8000€ pour les travailleurs handicapés. 

Après les nombreuses arnaques au CPF par démarchage téléphonique, et des formations facturées parfois sans qu'elles aient lieu, le ministère a davantage sécurisé la connexion aux comptes. Il y a eu 100.000 formations de moins fin 2022. 100.000 fraudes évitées par trimestre ou 100.000 formations avortées à cause de l’impossibilité de se connecter avec l’identité numérique ? La procédure peut en effet être insurmontable pour les personnes qui souffrent de phobie administrative (ne riez pas, même des ministres s'en disent atteints!) mais surtout d’illettrisme ou d’illectronisme, situations courantes pour les personnes en difficultés sociales et les travailleurs handicapés psychiques ou intellectuels. Il y avait donc déjà une difficulté d’accès à la formation pour des personnes susceptibles d’en avoir besoin, c’est désormais au portefeuille que les restrictions vont se faire. 

A l'automne 2023, le ministère parlait de « responsabiliser les bénéficiaires » du CPF en leur faisant payer une somme forfaitaire de 50€ pour le démarrage d’une formation à partir de janvier. En décembre, il était question d’un reste à charge de 10% (sauf pour les demandeurs d’emploi). En février, il a finalement été décidé qu’un forfait de 100€ sera demandé à partir de mai, ce qui peut être assez dissuasif pour une formation courte. Et fini l’alibi de « responsabiliser », c’est ouvertement pour faire des économies... Dans le même temps, des discussions autour d’un « statut de l’élu » sont en cours, et ce qui est sur la table est que les organismes de formation aux élus ne soient plus différenciés de ceux de la formation professionnelle. Il faut actuellement faire valider l’organisme et ses formateurs par une commission du ministère, pour pouvoir former des élus qui mobilisent les fonds de leur collectivité. Si ce n’est plus le cas, c’est la porte ouverte à de nombreuses dérives. Cette libéralisation de la formation des élus serait à contre courant du resserrement des contrôles et des plans d’économies qui limitent la formation des salariés. Le pire, c’est que ce n’est même plus surprenant de la part de ce gouvernement et de ses complices. 

 


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À propos de l'auteur(e) :

Nicolas Gomet

Scientifique polyvalent et explorateur des institutions locales.


Élu écologiste au conseil municipal de Dole

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