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Mode sombre

Je ne l’ai jamais caché, je n’ai jamais été très Charlie. Et alors que s’ouvre le procès des attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et de Montrouge, ma position se confirme.

Tout d’abord, la dernière une de Charlie hebdo ne me fait pas rire, elle ne m’inspire guère de réflexion même si au fond, je suis d’accord avec la rédaction : tout ça pour ça! Je me suis fait la même réflexion à l’ordination en grandes pompes et en mondiovision de deux prêtres que j’ai couvertE ce dimanche pour le canard local (notre document photo). Tout ça pour ça! La religion est assez anecdotique pour moi. Elle n’entre guère dans mes préoccupations même si je m’intéresse aux mythes et à la magie dont elle se nourrit. Comme les dessinateurs de Charlie, c’est la tartufferie des prélats et des mollahs qui me hérisse le poil, le détournement de la religion par les notables et les politiques et le fait que la loi de 1905 sur la laïcité, on s’assoit dessus ces derniers temps. Macron pue le bénitier mais les caricatures de Mahomet ne me font toujours pas rire, ni l’humour de Charlie, ni les jeux de mots à la con du Canard Enchainé, il faut bien l’avouer.

Mais venons-en au falbala médiatique qui a précédé et qui entoure l’ouverture de ce procès-fleuve qui a déjà pris l’allure d’un feuilleton à rebondissements même si les héros et les méchants ne sont plus là pour la plupart. Bien sûr, ce procès est nécessaire et je signale au passage le courage des avocats de la défense à la place desquels je n’aimerais pas être : certes, c’est l’occasion de se faire un nom mais en marchant sur un champ de mines. Les journaux se doivent donc de couvrir l’évènement, on est bien d’accord mais doivent-ils en faire l’évènement de l’année?!

Il y a une hypocrisie crasse sur France Inter, sur BFMTV ou dans le Monde à défendre le droit au blasphème quand il est quasiment impossible de remettre en cause les dogmes sur lesquels reposent notre société. La consommation est notre credo, la relance est notre urgence, nos élites méritent leur place au sommet, l’Union européenne est notre salut, l’Allemagne est notre modèle, le gouvernement sait ce qu’il fait, l’État oeuvre pour le bien général, Macron est une lumière et le port du masque partout à tout moment va sauver l’humanité. Les médias main stream nous distillent la propagande gouvernementale sans sourciller et les voilà en train de claironner que la liberté de la presse et le droit à la caricature et patapoum et blablablah.

Je reste donc pas très Charlie à cause de l’exploitation indécente que les médias et les bien pensants vont encore faire de ce procès. Le plein d’émotions pathétiques, la nécessité d’être tous unis dans la douleur et l’impératif républicain contre l’obscurantisme vont couler à flot dans un consensus moralisateur insupportable. Très peu pour moi !

Voilà, c’est dit. Sans faire offense aux victimes, à leurs familles et aux rescapés qui ont toute la compassion dont je suis capable, je pense qu’il ne faut pas laisser l’émotion nous brouiller la vue avec des larmes. Déjà qu’on nous musèle avec un masque-baillon, il ne nous restera plus que notre trou de balle pour hurler notre courroux et faire retentir notre esprit critique. Ah oui, au fait, je reste carrément Desproges !


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À propos de l'auteur(e) :

Christophe Martin

Passionné de sciences humaines mais d'origine bretonne, je mets mes études en anthropologie et mon humour situationniste au service de mon action politique et sociale.


Formateur dans l'industrie et pigiste au Progrès

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